L’art de diversifier son portefeuille passe par la Suisse
Les actions suisses comptent dans les portefeuilles en franc, mais ne sont pas uniformes: au-delà des grandes capitalisations, des pépites discrètes brillent.
Cet article a été rédigé par Sylvain Bornand, Senior Fund Manager, BCV, et Eric Chassot, responsable de la gestion des actions, BCV. BCV
En période de tensions sur les marchés, l’attention se concentre sur les valeurs défensives. Un réflexe qui mène souvent aux grandes valeurs suisses. Or le marché helvétique regorge de titres capables de faire de l’ombre aux stars. Plus discrètes, donc moins exposées que leurs grandes consœurs, elles affichent une performance supérieure au SMI et même au Nasdaq depuis le début des années 2000 pour un investisseur en franc. Elles, ce sont les petites et moyennes capitalisations du marché suisse. Regroupées au sein du SPI Extra, elles affichent des atouts qui devraient encore les porter cette année au-delà des tensions géopolitiques, valorisant ainsi leur pouvoir de diversification dans les portefeuilles.
Moins exposées
Les petites et moyennes capitalisations suisses s’avèrent globalement moins exposées au marché américain que les grandes capitalisations du SMI, mais elles sont plus sensibles à la situation conjoncturelle en Europe.
1. Innovation
Les entreprises de ce segment du marché suisse présentent globalement un savoir-faire qui leur a permis de s’imposer dans des niches à l’international, des positions qu’elles parviennent d’autant mieux à défendre qu’elles disposent d’une capacité d’innovation particulièrement forte dans un environnement sociopolitique stable. Cette compétitivité leur permet de générer historiquement une croissance de leurs résultats plus dynamique que celle des grandes sociétés.
Le SPI Extra présente ensuite une plus grande diversité sectorielle que le SMI. La pharma y pèse moins lourd que dans l’indice phare. Les titres industriels reflètent l’image de la Suisse manufacturière multiple. Soulignons par exemple les différents titres exposés au développement technologique lié à l’intelligence artificielle (IA), et plus particulièrement aux data centers avides de besoins en système de refroidissement ou en signaux de communication. Autres domaines porteurs, la décarbonation ou la santé.
Qui dit diversification n’évoque pas seulement des secteurs d’activité. Il est aussi question de modèles d’affaires. Dans l’industrie, les entreprises ayant diversifié leur positionnement dans la chaîne de valeur réalisent de bonnes performances en relatif. Le développement de services à la clientèle leur permet de présenter un visage moins cyclique que leurs consœurs concentrées sur la vente pure de produits.
3. Dividendes
Ajoutons encore l’environnement monétaire. Historiquement, les périodes de taux bas soutiennent les valeurs de croissance, à l’image de la santé. A cela s’ajoute le fait que nombre d’entreprises représentées dans le SPI Extra rémunèrent bien leurs actionnaires. Les titres à haut dividende représentent ainsi une autre source d’apport dans un portefeuille.
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4. Un terrain à apprivoiser
Alors oui, des incertitudes demeurent. Celles entourant les droits de douane américains ou l’évolution de la situation internationale. Et donc l’évolution du franc, courroie de transmission entre Alpes et Jura des problèmes mondiaux. Mais les petites et moyennes capitalisations suisses s’avèrent globalement moins exposées au marché américain que les grandes capitalisations du SMI. Elles dépendent plus, en revanche, de la situation conjoncturelle européenne. Elles devraient ainsi tirer avantage de l’important plan de relance allemand ainsi que de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Leur stratégie pour atténuer les risques de change importe également. Une attention doit ainsi être portée aux lieux de production des sociétés et à leur potentiel de pricing power, de pouvoir de fixation des prix. Pour naviguer au mieux au sein de ce segment du marché suisse, les échanges réguliers avec les équipes dirigeantes constituent un élément central d’appréciation dans un processus d’investissement.
Passablement recherchées ces dernières années, elles ont vu leur avantage en matière de valorisation se réduire. Le ratio cours/bénéfice prévisionnel à douze mois se situe actuellement légèrement au-dessus de sa moyenne de long terme. Un niveau qui demeure cependant raisonnable au regard des fondamentaux.
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5. Une sélection acérée
Ainsi, cette année devrait encore permettre à ce segment de marché de poursuivre son apport diversifiant dans les portefeuilles, à condition d’opérer des choix appropriés. La sélectivité a toujours été une exigence dans le monde des petites et moyennes capitalisations. Les inefficiences y sont, en effet, plus nombreuses qu’au sein des grandes, la couverture des analystes est plus limitée et la volatilité plus marquée. Ces spécificités créent des opportunités, mais elles imposent également une grande discipline. A ce titre, 2026 ne déroge pas à la règle. La dispersion des trajectoires des petites et moyennes sociétés s’est même intensifiée, rendant l’approche de «stock picking» plus déterminante encore que ces dernières années.
Sylvain Bornand, Senior Fund Manager, BCV, et Eric Chassot, responsable de la gestion des actions, BCV