Pourquoi la réussite financière dépend moins de l’intelligence que de la personnalité de chacun. Certains utilisent habilement leur fortune pour améliorer leur vie, d’autres sont contrôlés par leur richesse.
Matthias Niklowitz
Les marchés financiers rappellent que la richesse ne garantit ni la sérénité ni le bonheur, mais amplifie surtout les choix et les comportements humains. Keystone
Avant de devenir un auteur à succès, Morgan Housel a travaillé en tant que voiturier devant des hôtels de luxe américains. C’est là qu’il a croisé des Ferrari et des Lamborghini, des richesses qui dépassaient son imagination. Mais l’éclat des carrosseries se reflétait rarement chez leurs propriétaires. Comme l’auteur l’a récemment décrit dans une interview pour le podcast de Bloomberg (Masters in Business) avec Barry Ritholtz, beaucoup de ces hommes étaient tout sauf heureux, mais plutôt aigris, brisés et en conflit permanent avec leurs compagnes. Ce contraste a profondément marqué sa vision sur la fortune. Il a constaté que les gens de la classe moyenne de sa ville natale semblaient souvent bien plus satisfaits de leur vie.
Pour lui, gagner de l’argent, investir et dépenser sont indissociables du caractère. Il estime que notre attitude face au risque et au capital est étroitement liée au fonctionnement de nos amitiés et de notre propre santé. Pour l’auteur, on retrouve sans cesse les mêmes schémas psychologiques fondamentaux: la mécanique des intérêts composés, la gestion des risques et la force destructrice de l’envie. Cet aspect de la personnalité est particulièrement évident lorsqu’il s’agit d’hériter d’une fortune. «Pour devenir riche, il faut de l’optimisme et une propension au risque. Pour rester riche, il faut presque exactement le contraire, à savoir une certaine dose de paranoïa et de conservatisme.» Il soutient que l’argent peut contrôler entièrement la personnalité. Il a récemment décrit comment la fortune est devenue un diktat pour de nombreux riches en déterminant le mode de vie ou le choix du conjoint, ainsi que le paradoxe des produits de luxe. Leur valeur perçue est souvent à son maximum lorsqu’on les désire encore ou qu’on les a déjà perdus, alors que leur possession effective a un effet désenchanteur. Comme dans le cas d’une addiction au jeu, la dopamine agit comme un «coup de fouet» pour des achats toujours nouveaux, sans pour autant procurer de satisfaction durable. Morgan Housel s’est rapidement rendu compte qu’il existait des dizaines de milliers de livres sur la façon d’accroître sa fortune, mais pratiquement aucun sur ce qu’on peut en faire.
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L’argent fait-il le bonheur?
«Pour le bonheur personnel, ce sont des facteurs tels que les relations, la santé et la clarté d’esprit qui sont déterminants. Une personne déjà malheureuse, anxieuse ou dépressive ne verra guère son humeur s’améliorer grâce à plus d’argent. Un divorce, par exemple, fait chuter la courbe du bonheur si bas que presque aucune somme ne peut compenser cette douleur.» Ce qui fait dire à l’auteur que l’argent est avant tout un amplificateur: il n’a que peu d’effet sur une personne insatisfaite, mais chez une personnalité saine et épanouie, la fortune agit comme un levier qui amplifie encore le bonheur existant.
Prendre conscience de la valeur
Dans son dernier livre, The Art of Spending Money, il rappelle que les finances personnelles ont bien plus à voir avec la personnalité qu’avec les mathématiques, c’est pourquoi il n’existe aucune formule universelle pour le bonheur. «L’argent reste un outil qui n’agit qu’indirectement.» La conclusion de Morgan Housel est très claire. Au final, l’argent n’a aucune valeur en tant que levier de qualité de vie si l’on n’a pas appris à maîtriser ses propres exigences.