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«Les quatre faillites que j’ai traversées rassurent nos investisseurs»

Renvoyé de l’école à 15 ans, Yann-Yves Bengui dirige aujourd’hui un groupe d’hospitalité actif entre Genève et Dubaï. Alors que l’Alma vient de rouvrir ses portes, l’entrepreneur retrace son itinéraire hors norme.

Sophie Marenne

Yann Yves Bengui, associé gérant du groupe d’hospitalité Uniq.
Yann Yves Bengui, associé gérant du groupe d’hospitalité Uniq. Karine Bauzin

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«J’ai arrêté l’école à 15 ans. J’ai été renvoyé pour une histoire de vente de radios miniatures qui permettaient à mes camarades d’obtenir les réponses aux tests. Aujourd’hui, je suis associé gérant du groupe d’hospitalité Uniq, qui chapeaute une dizaine de restaurants entre Genève et Dubaï.
Après mon exclusion, mon unique moteur professionnel tenait en une idée: éviter à tout prix un retour chez McDonald’s. J’y avais travaillé après l’échec de ma première entreprise, une petite société d’événementiel. Après divers boulots en télémarketing et vente, j’ai lancé ma deuxième entreprise à 19 ans, en livraison à domicile 24 h/24. C’était en 2004, bien avant Smood ou Uber Eats. L’expérience était précurseure, mais épuisante. Je dormais souvent au bureau.
A cette période, je suis entré dans l’univers de la conciergerie de luxe, l’art de décrocher la lune pour des clients aisés. Avec le soutien financier d’un client, j’ai tenté de racheter la structure qui m’employait. Pour toute réponse, j’ai été licencié. En 2007, j’ai donc fondé ma troisième boîte, Bengui Service. L’activité fonctionnait bien, malgré des revenus irréguliers.

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Mes clients me répétaient que j’étais doué dans le service et l’hospitalité. Je me suis donc tourné vers la restauration. En 2013, j’ai eu l’opportunité d’ouvrir le premier Sushitime à Plan-les-Ouates. Pour me former, j’ai insisté jusqu’à obtenir un stage au Domaine de Châteauvieux chez Philippe Chevrier, la meilleure cuisine du canton.
Sushitime fut une cinglante leçon: non seulement le concept n’a pas pris dans la zone industrielle où l’arcade était située, mais je n’étais pas préparé à la gestion des charges que le milieu exige. En 2014, j’ai fait faillite avec l’établissement d’origine. Les années de recouvrement de dettes ont été un enfer. Avec le recul, je suis certain que cette expérience a façonné l’entrepreneur que je suis devenu.
En 2018, j’ai lancé une agence de voyages pour les familles rencontrées en conciergerie. Deux ans plus tard, le covid a mis fin au projet. Une autre opportunité s’est vite dessinée: avec la pandémie, mes contacts étaient en quête d’un outil Click&Collect, pour vendre des plats à récupérer. J’ai repris contact avec l’équipe de Sushitime. Nous avons travaillé pour Pouly, The Hamburger Foundation ou encore le groupe M3.
Nos activités se sont diversifiées en 2021 avec Elise Cars, une app de location de voitures électriques haut de gamme. Après avoir levé 8 millions de francs et constitué une flotte de 40 véhicules, nous avons vendu la technologie trois ans plus tard. Un autre défi nous attendait: Dubaï.

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Des amis investisseurs y faisaient des acquisitions dans la restauration et voulaient nous en confier la gestion, à moi et à l’équipe qui m’accompagne depuis dix ans. C’est ainsi qu’est née Uniq, qui opère les marques Caviar Kaspia, Joël Robuchon et BeefBar à Dubaï, et y exploite également le gigantesque complexe hôtelier Terra Solis. En 2024, nos partenaires ont racheté les restaurants du groupe Shelter à Genève – l’Alma, que nous venons de rouvrir après rénovations, Khora et Sauvage –, ce qui me permet de conserver un ancrage local via Uniq Suisse.
Nous développons désormais un logiciel d’optimisation pour groupes de restauration, en déploiement chez de premiers grands clients. Uniq emploie 700 collaborateurs, dont une centaine en Suisse. Notre chiffre d’affaires dépasse 40 millions de dollars. Cette structure ombrelle me permet de bâtir dans la durée, plutôt que de sauter d’un projet à l’autre (rires).
Je n’ai pas de diplôme, hormis la patente de restaurateur. Au milieu de la vingtaine, j’ai tenté de m’inscrire en droit pour valider mes acquis. J’ai échoué à l’examen d’entrée. Plus tard, j’ai songé à m’inscrire à l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL). Mais j’ai compris que les quatre faillites que j’ai traversées ont été mes professeurs, et que mon parcours rassure nos investisseurs.»

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Les dates clés

2007

Il lance son entreprise de conciergerie de luxe, après un licenciement.

2014

Il fait faillite avec Sushitime.

2024

Uniq, dont il est associé gérant, reprend les restaurants du groupe Shelter.
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

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