L’intelligence artificielle transforme la fonction financière des PME, entre automatisation des tâches et nouvelles capacités d’analyse. Selon Alexandre Buga, l’enjeu n’est pas de remplacer le directeur financier, mais de lui permettre de se concentrer sur les décisions stratégiques.
Selon la dernière enquête CFO de Deloitte, près de neuf directeurs financiers sur dix s’attendent à ce que, dans trois ans, le travail humain reste prépondérant dans leur fonction. Leur rôle va néanmoins changer: moins de traitement des informations financières, davantage d’interprétation et de décisions. L’IA traitera des volumes de données plus importants, tandis que les responsables financiers garderont la maîtrise des décisions.
Le potentiel est réel. Les CFO suisses envisagent notamment d’investir dans la gestion et l’analyse des données, l’efficacité opérationnelle ainsi que la planification et le reporting. Mais le retour financier sur investissement n’est pas immédiat. Investir dans l’IA n’est pas nécessairement synonyme d’économies: cet investissement doit avant tout créer de la valeur pour l’entreprise.
Pour une PME, le traitement des factures fournisseurs est un bon exemple. L’IA peut extraire des données, repérer des doublons, des montants inhabituels ou des changements de coordonnées bancaires, puis les signaler à la personne responsable pour vérification. L’IA est idéale pour traiter d’importants volumes; l’humain reste responsable d’analyser les anomalies. L’approbation finale d’un paiement reste soumise aux contrôles usuels. L’objectif n’est pas de supprimer l’intervention humaine, mais de la concentrer là où le risque est le plus élevé.
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Autre exemple intéressant: améliorer la prévision de sa trésorerie. L’IA peut analyser les flux historiques, les factures ouvertes, les habitudes de paiement et les données opérationnelles afin de produire plusieurs scénarios prévisionnels. Face aux variations de commandes, aux retards de paiement ou à des coûts volatils, cette analyse aide la PME à anticiper les risques. Mais prévoir n’est pas décider. La direction doit encore apprécier les scénarios et intégrer les informations qui ne figurent pas dans les systèmes, par exemple lorsqu’un client annonce une restructuration. Elle doit ensuite décider s’il faut préserver des liquidités, ajuster les dépenses ou rechercher un financement.
De l’expérimentation à une utilisation maîtrisée
Cet équilibre entre automatisation et prise de décision est essentiel. Selon notre étude swissVR Monitor, de nombreuses entreprises ont instauré un cadre de gouvernance pour l’IA générative, mais moins d’une sur cinq fait valider tous les contenus par une personne. Une directive sur l’utilisation de l’IA ne suffit donc pas. Il faut décider concrètement quelles tâches peuvent être automatisées, quelles exceptions doivent être vérifiées et qui en assume la responsabilité.
Dans la pratique, de nombreux projets d’IA restent au stade de l’expérimentation. La difficulté est de l’intégrer aux processus, aux contrôles et aux responsabilités de l’entreprise. Pour passer de l’essai à une utilisation concrète, une PME doit désigner une personne responsable, fixer les coûts, les résultats attendus et leurs critères de mesure, puis évaluer l’application après une période définie et l’adapter ou l’arrêter si nécessaire. Ce qui compte, ce sont le temps gagné, les erreurs évitées et de meilleures décisions.
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Une PME qui utilise l’IA doit respecter la législation suisse sur la protection des données. Cette exigence doit également guider le choix de l’outil. Avant de transmettre des données concernant ses clients, ses fournisseurs ou ses employés, l’entreprise doit savoir où elles sont traitées, à quelles fins elles peuvent être réutilisées et qui peut y accéder. Pour une PME, il est donc essentiel de privilégier des outils professionnels adaptés et d’établir des règles simples sur les données qui peuvent, ou non, y être utilisées.
L’IA ne remplacera pas le directeur financier, mais elle fera évoluer son rôle, notamment dans les activités de consolidation et d’analyse des données. La véritable ambition n’est pas d’automatiser le plus possible, mais d’automatiser ce qui peut l’être sans externaliser la responsabilité à une machine. Le directeur financier pourra alors consacrer davantage de temps à ce qui ne se délègue pas: le jugement, le dialogue avec les parties prenantes et la qualité des décisions.