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Les slashers, ces nouveaux pauvres?

L’économie ubérisée engendre une génération de travailleurs qui cumulent plusieurs emplois.

Ils sont à la foisagents immobiliers et photographes, mais aussi développeurs de sites internet et enseignants. On les appelle les «slashers», en raison du signe «/» (slash en anglais), qui sépare leurs différentes activités. Dans un marché en crise, ces travailleurs de l’économie ubérisée cumulent plusieurs emplois salariés dans une même semaine. Leurs statuts et leurs motivations varient. C’est parfois la solution pour tester des idées d’entreprise sans perdre la sécurité du salariat. D’autres le font par nécessité pour accroître leurs revenus. Enfin, une dernière catégorie opte pour le slashing par souci d’équilibre et de qualité de vie, puisque cette solution leur permettrait de se réaliser dans une activité professionnelle qui leur plaît vraiment.

Le phénomène apparu en 2007 dans le sillage d’Airbnb et d’Uber prend une telle ampleur aujourd’hui qu’il inquiète. Car si une majorité de slashers revendiquent la liberté, ils le sont devenus par nécessité. Car l’ubérisation engendre aussi des emplois irréguliers et peu rémunérés. D’autant que les entreprises en profitent. Elles externalisent une partie de leur travail à cette main-d’œuvre qualifiée – souvent un ancien employé qui a fait le choix de l’indépendance. Ainsi, elles mobilisent ces travailleurs au gré des besoins en faisant l’économie des charges sociales. Cette pratique grippe le marché de l’emploi puisque l’entreprise n’engage plus, ou moins. Autre source d’inquiétude face à l’évolution du slashing? La précarité qui guette cette nouvelle génération de travailleurs. En tant qu’indépendants, ils font souvent l’économie des assurances perte de gain et accident pour ménager leur niveau de vie. Ils cotisent aussi peu à l’AVS et n’ont pas nécessairement de 2e pilier. De plus, l’arrêt d’une ou de plusieurs de leurs activités ne donne pas droit au chômage, alors que la perte financière est immédiate. Si cette évolution du marché du travail crée des souplesses, elle complique la gestion des RH et pose d’épineuses questions juridiques.

Un slasher assumant un 40% d’indépendant pour une entreprise peut-il prétendre à des conditions similaires à celles d’un salarié? Une certitude, le monde du travail va devoir tôt ou tard s’adapter à cette nouvelle réalité.

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Nicolas Marsault, mi-apiculteur avec sa société de ruches, Bees4You, mi-contrôleur financier en tant qu’employé.
Nicolas Marsault, mi-apiculteur avec sa société de ruches, Bees4You, mi-contrôleur financier en tant qu’employé. © S.LIPHARDT
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Entrepreneur à temps partiel