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Le Britannique Simon Sinek, auteur de best-sellers sur la motivation, est l’undes conférenciers TED les plus suivis. Parmi ses thèmes phares, les soft skills. © J.Duncan Davidson

Soft skills, les clés pour faire évoluer sa carrière

A l’heure de la robotisation et de la mutation du marché du travail, les compétences comportementales sont devenues indispensables. Décryptage.

Près de 60% des métiers de 2030 n’existent pas encore, prédit une étude d’Ernest & Young datant de 2017. Aussi, penchons-nous sur les compétences à développer pour rester dans le coup professionnellement. Certains prévisionnistes, à l’image de l’institut McKinsey, estiment que les hard skills, ou compétences techniques, seront l’apanage des robots. Que restera-t-il donc à l’humain? «A l’inverse des compétences techniques, il n’est pas possible de déléguer aux robots les compétences comportementales», écrit Jérôme Hoarau, coauteur de l’ouvrage Réflexe soft skills.

La clé pour réussir dans l’univers du marché du travail 4.0 se trouverait-elle dans les soft skills? Nous avons demandé leur avis à un chasseur de têtes, à un cabinet de recrutement traditionnel, à un professionnel de l’intelligence émotionnelle en entreprise et à une experte de la politique de formation en Suisse. A l’unanimité, les personnes interrogées estiment que les «compétences douces» sont un précieux sésame. Dès lors, quelles sont ces fameuses compétences comportementales que l’on oppose généralement aux hard skills – alors qu’ils sont complémentaires?

Les «soft skills» incontournables

Ce sont des compétences transversales et humaines qui font appel à l’intelligence émotionnelle. Le sens de la communication, de la flexibilité, de l’adaptabilité, de l’efficacité, du collectif et la créativité ou l’esprit d’initiative sont largement cités. Pour Laura Perret, première secrétaire adjointe à l’USS, il s’agit avant tout de la capacité à «apprendre à apprendre». Avec des partenaires sociaux, son équipe réfléchit aux métiers de 2030 et aux formations que la Suisse devrait offrir, de l’école obligatoire aux filières universitaires ou professionnelles. «Les exigences du futur ne sont pas connues. C’est pourquoi la compétence d’apprendre à apprendre est plus que jamais essentielle, pointe-t-elle. Avant, les carrières évoluaient de manière linéaire. Aujourd’hui, elles deviennent transversales, avec l’acquisition de nouvelles technologies, des changements de profession, un cadre de travail plus mobile, des mélanges de cultures. On doit faire preuve de flexibilité dans sa façon de penser et se préparer à cela.»

Egalement mentionnés par nos intervenants: l’écoute active, le questionnement dans la curiosité et non le jugement, la capacité à donner un feed-back, la sensibilité au développement durable, cela pour tout type de métier, l’ouverture d’esprit face aux nouveaux modèles de travail tels que les slashers, les indépendants ou les collectifs professionnels. Enfin, l’aptitude à gérer une activité multi-facette, sans un cahier des charges précis et face à des clients très variés, tant en taille qu’en besoins, revient régulièrement.

Ce que les employeurs recherchent

On l’a compris, la flexibilité est le chouchou des employeurs. Cependant, un autre paramètre est très demandé, une tendance relativement nouvelle, estime Vincenzo Ganci, fondateur du Ganci Partners, cabinet de recrutement actif tant en Suisse qu’à l’étranger. «Nos clients recherchent des collaborateurs équilibrés, relève le chasseur de têtes. Ils ne souhaitent plus engager seulement des techniciens purs ou des développeurs brillants. Avoir une work life balance et être capable de travailler en équipe est devenu important. Les hard et les soft skills doivent être présents à pourcentage égal, même si les 50 premiers pour cent restent les compétences techniques. Les soft skills sont la clé pour s’adapter, influencer le changement ou l’anticiper.»

Jacques Laurent © DR

Il faut se lâcher, se décrire avec des adjectifs qui ne soient pas trop standards.

Un avis partagé par Jacques Laurent, conseiller chez Engineering Management Selection (EMS), cabinet de recrutement technique pour dirigeants. Lui-même est un pur exemple de l’ingénieur, docteur en science des matériaux un brin «fermé», pour reprendre ses mots. Il a su s’ouvrir aux soft skills lorsqu’il dirigeait la fondation EPFL Innovation Park. «Les compétences sociales, c’est ce qui fait évoluer une carrière, insiste-t-il. Il ne faut pas rester isolé dans sa mission. Beaucoup de personnes sont surqualifiées et oublient de développer leurs compétences humaines. Dans notre recherche de talents, nous regardons la formation, mais également les centres d’intérêt, même si ceux-ci n’ont rien à voir avec le poste. Cela montre que la personne est ouverte à d’autres choses et cela permet de comprendre ce qui la motive en dehors et dans son travail.»

Bien les mettre en valeur dans son CV

Le hic, avec les soft skills, c’est qu’on obtient rarement un diplôme qui prouve qu’on est flexible et qu’on a le sens du collectif. D’où la difficulté de les mentionner dans un CV. C’est pourtant possible. «Dans les CV qu’on reçoit issus de l’ingénierie, parler de ses compétences sociales n’est pas encore la norme, observe Jacques Laurent. Certes les compétences techniques et professionnelles sont importantes, mais il faut ajouter ses soft skills. Dire seulement que vous avez l’esprit d’équipe ou de la facilité à communiquer ne suffit pas. Il faut se lâcher, expliquer pourquoi, se décrire en quatre ou cinq lignes avec des adjectifs qui ne soient pas trop standards.» Une autre manière de les signaler est de les faire ressortir sous la catégorie formation continue, même s’il s’agit de développement personnel sans lien avec votre activité.

En revanche, «évitez le résumé de présentation trop élogieux, qui citerait que vous êtes directeur RH avec une grande expérience internationale, expert de la communication… Cette attitude arrogante marque un self-marketing mal vu. Le mieux est de mettre vos soft skills en relation avec un résultat», conseille Vincenzo Ganci.

Sur LinkedIn, l’application avec Chrome Crystal se propose de donner davantage d’informations sur votre personnalité. Cela permettrait à votre interlocuteur sur le réseau social de savoir, par exemple, quel est le ton le plus adapté pour entrer en contact avec vous. Les chasseurs de têtes contactés affirment ne pas utiliser ces outils. Ils se montrent même plutôt méfiants face à ces solutions gadgets loin de l’humain. «Nous utilisons différentes technologies telles que Boolean Search pour combiner les moteurs de recherche à des mots-clés. Mais ceux-ci concernent uniquement les hard skills, mentionne le CEO de Ganci Partners. Détecter les compétences humaines ne peut pas être délégué à une machine.»

Comment les développer?

Avant tout, il faut les identifier en se reconnectant avec son intelligence émotionnelle. Une question utile à se poser serait: que feriez-vous de votre vie si l’aspect financier et la formation n’étaient pas des obstacles? Un exercice proposé par Philippe Vaneberg, lors d’une conférence de Coaching Square Swiss sur le défi des enjeux humains en entreprise.

«Ralentir, ne pas céder à l’arnaque du perfectionnisme et se repositionner pour aller dans une intelligence plus fine qu’est l’intuition permettent de développer des compétences plus adaptées à l’univers professionnel actuel et où le chaos devient la norme», suggère-t-il après avoir rappelé que les PME naviguent de plus en plus dans un monde VUCA. Cet acronyme anglais pour Volatility, Uncertainty, Complexity et Ambiguity (volatilité, incertitude, complexité et ambiguïté) a été créé par l’armée américaine et adopté depuis par les entreprises.

Passez ensuite de la théorie à la pratique. Exprimer une frustration ou proposer une solution alternative ne sont pas forcément dans les habitudes. «Les émotions sont très souvent bannies du travail, rappellent les conférenciers de Coaching Square Swiss. Or elles peuvent être sources de performance. Mais il faut comprendre leur déclencheur et les réguler dans leur intensité, la durée et le contexte.»

Et la performance dans tout ça?

Acquérir un savoir-être, est-ce le bon vecteur de performance? Le glissement vers le trop d’estime de soi peut effrayer. «Avoir confiance, c’est à la fois la confiance en soi pour faire face, mais aussi la confiance aux autres et en l’avenir», précise Jérôme Hoarau dans une interview à Forbes.

En guise de réponse, Laura Perret soulève la question suivante: «Quelles sont les principales difficultés à résoudre dans une entreprise et qui entravent sa performance? Très souvent ce sont des problèmes relationnels ou de santé au travail, bien plus qu’une carence en compétences techniques.» Manque de communication, jeux d’ego, absence de vision ou d’anticipation des changements du marché, voilà ce qui empêche la croissance ou le bon fonctionnement d’une PME. Les soft skills poussent à voir la solution, plutôt que le problème.