1- La gestion de projets: un investissement crucial

A la fondation de Serendipity en 2017, son agence de branding et de communication, Orlane Perey mise d’instinct sur le modèle de réseautage. «Le domaine de la communication s’est extrêmement complexifié. S’il fallait réunir à l’interne toutes les expertises requises, je serais devenue une agence d’une centaine de personnes, dit-elle. Cela m’aurait obligée à me limiter à une clientèle capable de payer pour cela.» La Lausannoise n’y voit aucun intérêt: «J’aime cette idée d’accompagnement, c’est-à-dire que je vais monter une équipe en fonction du projet, des compétences requises pour le réaliser et des besoins du client. Ce mode de fonctionnement apporte davantage de valeur, mais il exige plus d’investissement dans la gestion de projets. Mais c’est ce qui fera la différence à la fin.»

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2- Collègues et concurrents ou l’art de définir les rôles

Dans l’audiovisuel, le travail en réseau est un modèle vieux comme le monde. A Vevey, le réalisateur, monteur et caméraman Laurent Bersier l’expérimente depuis 2006, et depuis six ans au sein de Kaosmovies, sa propre agence. Les mandats qu’il décroche, il les mène seul ou en collaboration avec d’autres réalisateurs indépendants de son réseau: «Ce sont des amis de longue date, des collègues et mes concurrents, insiste Laurent Bersier. Quand ils bossent pour moi, il faut être clair sur les rôles de chacun. Si je mandate, je garde le contact avec le client. De même, je ne vais pas aller démarcher les clients des autres, sauf si ce sont eux qui viennent à moi et me demandent un devis. Notre petit réseau fonctionne parce que la confiance règne. C’est peut-être mon meilleur conseil. J’ai confiance en mes capacités, dans le marché dans lequel j’évolue, en mes collègues et dans le fait d’avoir suffisamment de mandats. Un indépendant qui n’a pas confiance va flipper toute sa vie.»

3- Tester son réseau

Laurent Rochat n’a jamais voulu s’associer dans une même structure. Le fondateur et directeur général de la société de conseils genevoise Innovations Atelier a monté sa propre SA, tout seul. Mais comme tout entrepreneur qui se lance après des années de salariat, Laurent Rochat a dû se constituer son réseau d’indépendants: «Dans mon domaine, l’analyse de données, les profils recherchés sont très pointus, et il n’y en avait pas tant que ça sur le marché suisse.» Laurent Rochat a commencé à expérimenter sur des plateformes internationales de freelancing: «On y trouve des profils de grande qualité, des doctorants par exemple. Mais pour éviter les mauvaises surprises, il faut tester les candidats sur des mini-projets avant de leur donner plus de responsabilités.»

4- Qui gagne et combien?

En 2017, Clément Drévo fait cavalier seul dans l’indépendance avant d’intégrer Codesign-it. Cette structure sans chef est spécialisée dans la mise en place de dispositifs d’intelligence collaborative au sein des petites, moyennes et très grandes entreprises pour les aider à régler des problèmes complexes. L’association regroupe une quarantaine d’indépendants: «Nous créons des équipes pour chaque mission.» Reste à régler l’épineuse question de la rémunération entre les apporteurs d’affaires, ceux qui la mènent et les autres. «Nous avons des leaders par projet. Nous décidons collectivement qui en sera chargé en fonction du temps et des compétences. Car on peut apporter une affaire sans avoir le temps de la faire.» Quant à la répartition des bénéfices, Codesign-it a mis sur pied une charte de rémunération stricte et intouchable, qui octroie 70% de la valeur du travail aux personnes qui vont travailler avec le client.

A Genève toujours, François-Louis Noël mise sur le proverbe «les bons comptes font les bons amis» pour soigner son réseau d’indépendants. Depuis la fondation de Minds & Makers, sa société d’ingénierie en communication, il y a cinq ans, il s’appuie sur un «noyau dur de trois personnes». Tout le reste est externalisé au sein d’un réseau efficace d’indépendants. «Quand je recrute des équipes, toute la facturation passe par moi. Nous faisons en sorte de payer nos partenaires très vite, quitte à ne pas avoir encore été payés par le client. Cela nous permet de garder nos talents externes.»

5- La transparence totale

Vindou Duc est consultante indépendante spécialisée dans l’architecture des organisations. Et depuis treize ans qu’elle expérimente ce modèle, l’ancienne DRH, qui a travaillé plusieurs années dans de nombreuses multinationales suisses, américaines et françaises, a eu diverses fortunes avec d’autres indépendants: «Une des bases fondamentales avant de collaborer avec un autre indépendant est de s’assurer que vous avez les mêmes valeurs. Il s’agit d’une mise à niveau importante, car nous passons de l’indépendance au travail d’équipe. Que cela soit avec des amis, des personnes de confiance, je conseille de mettre toutes les choses sur la table avant d’aller de l’avant. Il faut mettre les choses au clair, car les clients parlent. Tout se sait et tout se dit.»