Abo
Recrutement

En recrutement, l’IA sacrifie les juniors et sanctifie les soft skills

L’automatisation des tâches pousse les PME à revoir leurs critères d’embauche. Le savoir-être devient vital, alors que la formation de la relève est menacée. L’avenir du recrutement est au programme de la soirée Vision Entreprise, à Lausanne.

Sophie Marenne

L’impact de l’IA sur l’embauche sera un des thèmes abordés lors de Vision Entreprise, un événement organisé par l’Unil, HEC Lausanne et «PME».
L’impact de l’IA sur l’embauche sera un des thèmes abordés lors de Vision Entreprise, un événement organisé par l’Unil, HEC Lausanne et «PME».Fabrice Ducrest/Vision Entreprise

Publicité

La ritournelle est connue: la Suisse manque de main-d’œuvre qualifiée. Selon le Centre d’études conjoncturelles (KOF), environ 400 000 personnes feront défaut sur le marché du travail helvétique au cours de la décennie à venir. Et le recours à l’intelligence artificielle (IA) n’aidera pas forcément à pallier cette pénurie persistante. En peu de temps, la capacité à bien maîtriser cette technologie est devenue le cœur des parcours de recrutement.
Cette intégration fulgurante de l’IA révèle aussi une fracture sur le marché. «Dans nos enquêtes, si 57% des décideurs de grandes entreprises considèrent la maîtrise de cette technologie comme un enjeu stratégique majeur, seuls 48% des dirigeants de PME partagent cette urgence», avance Eric Jeannerod, directeur général du groupe Manpower en Suisse. Un décrochage qu’il justifie par les coûts d’implémentation et formation vis-à-vis de cette technologie, pénalisant les PME moins armées financièrement pour y faire face.

La revanche des compétences relationnelles

La généralisation de l’IA a cependant eu une conséquence inattendue: celle de doper l’importance des soft skills. «A quoi bon être ultra-précis dans ses calculs? L’IA le fait très bien. L’important, c’est d’avoir des capacités de gestion et de création de valeur, autant de compétences qui manquent souvent chez les candidats actuels», précise Rafael Lalive, professeur à l’Université de Lausanne (Unil) spécialisé en économie du travail. Même son de cloche du côté de Manpower: «Nos clients veulent des collaborateurs capables de communiquer, de travailler en équipe et qui ont le sens des responsabilités», décrit Eric Jeannerod. Et ce dernier d’ajouter que, paradoxalement, un profil purement technique intéresse moins par rapport à «une personne capable d’exposer clairement une idée et d’argumenter».

Contenu Sponsorisé

Cette réorientation pose un défi aux départements des ressources humaines, qui doivent réinventer leurs outils d’évaluation pour diagnostiquer ces compétences intangibles.
Participer à Vision Entreprise
Pour prolonger le débat, Sandra Carmignani, Eric Jeannerod et Rafael Lalive se retrouvent le 8 octobre 2026 lors de la première édition de Vision Entreprise. Organisé conjointement par l’Université de Lausanne (Unil), HEC Lausanne et le magazine PME, cet événement 100% gratuit se dessine comme le nouveau rendez-vous romand dédié à l’avenir du travail.
Entre la généralisation de l’IA, les menaces liées à la cybersécurité et la réinvention du management, entrepreneur·e·s et chercheur·euse·s y croiseront leurs opinions et expertises, pour offrir au public des leviers d’action concrets afin de naviguer à travers les défis stratégiques des douze prochains mois.

Risque sur l’emploi des jeunes

Autre conséquence de la généralisation de l’IA en entreprise: le frein à l’embauche des débutants et stagiaires. Selon une étude de Jobs.ch parue cet été, la part des postes juniors publiés en Suisse a chuté de 32% en 2025 par rapport à l’ère pré-IA, entre 2019 et 2022. Une baisse qui frappe surtout le marketing, l’administration, la finance et l’informatique.
«Historiquement, les tâches chronophages ou ingrates permettaient aux jeunes diplômés d’apprendre le métier. Si l’IA exécute ces tâches instantanément, comment ces juniors vont-ils développer leur esprit critique?» interroge Sandra Carmignani, anthropologue et consultante en culture d’entreprise. Et Rafael Lalive d’ajouter que ce danger pèse aussi sur les postes «dont les tâches sont substituables à plus de 50% par l’IA: recherche de données, brouillons, synthèses… Ces profils connaissent un taux de chômage plus élevé.»
Une PME peut donc être tentée de ne pas recruter pour ces postes afin de réaliser un gain de productivité immédiat. «Détruire cet espace d’apprentissage pour les stagiaires et les juniors, c’est détruire l’expertise de l’entreprise de demain», prévient Sandra Carmignani, ce qui crée «une coquille vide pour son avenir», renchérit Rafael Lalive.

Publicité

A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

Publicité