Vous connaissez la fameuse contrepèterie belge: il fait beau et chaud. Haha. Le problème, c’est que désormais, comme le chantaient les Parisiennes en 1964, il fait trop beau pour travailler. Trop chaud surtout. Et cela pose deux questions existentielles majeures. Premièrement, les horaires. Oui, au-delà des 30°C (perso ça commence vers 26) nous sommes ramollis, flapis, flagadas. Le problème, c’est que nous avons des horaires de travail nordiques, et ils sont fixés dans notre ADN. Nous, les Romands, on a beau passer auprès des Suisses allemands pour les Grecs de la Suisse, vous savez, le fameux «ach les Welsches, chamais travail touchour rigole», nous sommes quand même paramétrés pour bosser de 8 à 12 et de 14 à 18, en gros. Et accessoirement, dans beaucoup de foyers, pour manger à 19, avant le journal. Donc nous adapter à des horaires plus méridionaux, avec sieste l’après-midi, reprise du boulot vers 17 h et repas vers 22 h 30, cela va nous prendre quelques siècles. Et culturellement, piquer un petit clopet en pleine après-midi, c’est comme recevoir un rappel de facture, cela va contre nos principes protestants. Pour le dolce farniente à la sauce helvétique, il va nous falloir une petite révolution. Mais il faudra bien bouger. Les calendriers aussi. Les examens fin juin dans la fournaise, la rentrée scolaire non climatisée mi-août avec des élèves liquides qui prennent déjà la forme du meuble où on les installe, les chantiers que l’on planifie exprès en été (enfin, les chantiers en plus de ceux qu’il y a déjà toute l’année, hein). Quand on voit des ouvriers du bâtiment ou des paysagistes torse nu à 14 h sous le cagnard fin juillet, c’est de la maltraitance. Le travail de nuit serait une option. Pas facile, mais si on paie un peu plus (je sais, ça pique de dire ça, ce n’est pas culturel non plus dans les milieux économiques protestants), ce serait au moins un peu plus humain.
Deuxièmement, les tenues. Aaaah, vaste sujet. Il fait 33°C, votre corps réclame le short informe et la liquette ou le top sans soutif, parce que avec la chaleur c’est insupportable. Et les tongs ou les schlaps, natürlich. Seulement voilà, vous n’allez pas vous présenter au taf en tenue de plage, déjà même à la plage, vu l’état de votre summer body (en tout cas du mien), vous avez du mal à assumer, alors devant les collègues et la chefferie, bonjour. Cela dit, il y a des gens très détendus, deux rayons de soleil et hop, ils vous imposent le short sur jambes grêles avec sandales de Jésus sur ongles dégueus et talons crevassés, t-shirt trop court avec Bierbauch qui dépasse devant et raie des fesses en majesté derrière, ou alors petit top flou vaguement transparent bâillant sous les bras (les aisselles velues en option éventuelle) avec seins ballottant tranquillou sous votre nez alors que vous vous efforcez de regarder la personne dans les yeux. Lorsque j’étais jeune stagiaire et bien foutue (époque du crétacé), j’avais mis un short au bureau et un collègue plus âgé m’avait dit: «Tu aères le minou?» Force est de constater que la formule était drôle, j’avais donc répondu un truc du style: «Exactement, mais il n’aime pas les chiens» et dont acte, paix à son âme, par la suite on s’est bien marrés. Donc là, le bon sens protestant peut être très utile. On va taper dans le bermuda un peu classe. Dans les chaussures fermées (les bateaux sans chaussettes c’était ringard, mais ça revient paraît-il, profitons), ou alors ouvertes sur pédicure nickel ou disons quelque chose de regardable. Les claquettes-chaussettes je ne suis pas complètement contre (ne hurlez pas) si c’est très accessoirisé, mais la ligne entre beaufitude et hype n’est pas très épaisse. Chemise manches courtes ça peut être cool (j’en ai une hawaïenne super jolie), du lin, enfin vous voyez, quoi. Et du déo. Please. Il y en a du sans alcool et sans saloperies dedans, ça sauve des vies. Celles de vos collègues. Oui je sais, le réchauffement pose plein de soucis existentiels bien plus graves. Mais ici on parle boulot et si possible en s’amusant un peu. Et on s’adapte. Il fut un temps où je parlais de mes plans cul, je raconte désormais mes plans canicul(e).