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Objectif luxe

Goldmund, l’art du son sans concession

Ils ont moins de 30 ans et ont repris l’une des manufactures audio les plus réputées au monde. Basée à Genève, Goldmund fabrique depuis 1978 des systèmes hi-fi dont la philosophie tient en deux mots: aucun compromis. Rencontre avec Marius Chapel, le CEO.

Carré blanc

Selon la marque, Goldmund se positionne dans le «lux-fi», quelque part entre la haute horlogerie, l’art contemporain et la restitution la plus fidèle possible de la musique.
Selon la marque, Goldmund se positionne dans le «lux-fi», quelque part entre la haute horlogerie, l’art contemporain et la restitution la plus fidèle possible de la musique.Goldmund

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Certains noms sont porteurs de promesses. Celui de Goldmund est tiré du roman de Hermann Hesse Narcisse et Goldmund. Dans ce livre, Narcisse incarne la raison pure, la rigueur intellectuelle, le cartésianisme à l’état brut. Goldmund, lui, est l’homme des émotions, du ressenti, de l’irrationnel assumé. Ce n’est pas un hasard si la marque genevoise a choisi de se placer précisément entre ces deux figures, en relevant le pari de conjuguer ingénierie de précision et expérience sensorielle.

L’excellence suisse du son

Depuis 1978, cette manufacture suisse conçoit des systèmes audio dont les prix s’échelonnent de 100 000 à 1,5 million de francs. Ce n’est pas de la hi-fi ordinaire mais une catégorie à part entière, ce que la marque appelle elle-même le «lux-fi», quelque part entre la haute horlogerie et l’art contemporain, où chaque composant est voué à restituer la musique fidèlement, au plus près de son exécution originale.
L’histoire commence à Paris, dans les années 1970, avec trois frères architectes dont le projet professionnel s’appelle «architecture et physique appliquée». Leur premier produit n’est pas une enceinte ni un amplificateur: il s’agit d’une platine vinyle équipée d’un bras de lecture tangentiel asservi électroniquement, le Goldmund T3. Une révolution dans la lecture analogique.

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Là entre en scène Michel Reverchon. Passionné de musique depuis l’enfance – sa grand-mère était chanteuse classique, son père tenait une boutique hi-fi à Paris –, il a commencé par distribuer les produits des trois frères aux Etats-Unis. Quand ceux-ci, estimant avoir bouclé leur aventure dans l’analogique lors de l’arrivée du CD, souhaitent céder leur affaire, Michel Reverchon rachète la société en 1980. Il l’installe à Genève et lui donne le nom de son produit phare, Goldmund. Le choix de la Suisse n’est pas anodin. Sa conviction est simple: si l’on veut fabriquer des produits d’exception, il faut s’installer là où le savoir-faire existe. «Dans l’audio, lorsque l’on parle d’ultra-haut de gamme, notre pays vient tout de suite en tête. Le pays des micromécanismes de précision, des ingénieurs de l’EPFL, d’une culture industrielle qui valorise le centième de millimètre et privilégie le long terme», résume Marius Chapel, le CEO actuel de Goldmund. Nagra, Thorens, Jean Maurer, CH Precision… les champions suisses de la hi-fi font la joie des audiophiles depuis des décennies. Mais là où la plupart des fabricants se spécialisent dans un maillon de la chaîne, Michel Reverchon pose très tôt un principe radical: Goldmund doit en maîtriser chaque élément, de la source à l’enceinte, et ce sans compromis.

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La première grande étape après la platine Reference (un modèle sorti en 1982) est l’amplification. Goldmund développe sa technologie Telos en faisant appel à des ingénieurs et à des physiciens. Une amplification qui constitue encore aujourd’hui le cœur des systèmes de la marque. «Probablement parmi les meilleures technologies d’amplification qui existent sur Terre», affirme Marius Chapel, sans fausse modestie. Poursuivant sur sa lancée, Goldmund lance en 1987 l’Apologue, une enceinte acoustique toujours au catalogue, devenue iconique grâce à son design signé Claudio Rotta Loria. Un produit qui illustre à lui seul la notion d’intemporalité chère à la marque: «Faire des technologies qui ne deviennent pas désuètes trop rapidement et qui peuvent rester pendant des années dans un salon, parce qu’on utilise un savoir-faire qui valorise cette intemporalité», explique Marius Chapel.
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RMS
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Goldmund entre dans l’ère numérique

Les années 1990 apportent le digital et, avec lui, une question que tous les fabricants de hi-fi haut de gamme ont dû affronter: comment intégrer le traitement numérique sans sacrifier la qualité sonore? Goldmund répond en devenant l’une des premières marques à développer des enceintes actives de classe AB (dont l’amplificateur est intégré dans l’enceinte) à une époque où les quelques concurrents qui s’y essayaient utilisaient des solutions bien moins précises. «Aujourd’hui encore, beaucoup de grandes marques connues proposent des enceintes actives avec une amplification de classe D, ce qui implique des distorsions du son», souligne Marius Chapel.

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Le tournant décisif sur le traitement numérique arrive en 2003 lorsque Véronique Adam, docteure en acoustique de l’EPFL, rejoint la société. Elle y apporte sa thèse portant sur un concept de correction temporelle, une technologie qui deviendra Leonardo, ainsi que Proteus, l’algorithme de correction acoustique de pièce. Ces outils permettent aux systèmes Goldmund qui en sont équipés de produire un son d’une précision et d’un réalisme bluffants.
Désormais, la gamme actuelle couvre tout le spectre: platines pour vinyles, amplificateurs stéréo et mono, préamplificateurs, sources digitales, enceintes passives, enceintes actives sans fil, processeurs audio et systèmes home cinéma sur mesure. Chaque élément de cette collection est pensé pour fonctionner de concert avec les autres.
Goldmund
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«La hi-fi est, comme son nom l’indique, la haute-fidélité, résume Marius Chapel. L’idée de base consiste à retranscrire au plus juste ce qui s’est passé dans un concert ou dans un studio. Lorsque l’on écoute un système Goldmund et que l’on ferme les yeux, on se projette complètement à côté de l’artiste. On entend des choses impossibles à déceler ailleurs. Et il n’y a pas besoin d’avoir une oreille très poussée pour se rendre compte de ça.» Selon lui, il ne vend pas du son, il vend une forme de connexion à la musique que la plupart des gens n’ont jamais expérimentée, allant avec la volonté de préserver l’intention artistique initiale.

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Un luxe pour mélomanes

La clientèle de Goldmund est, par définition, restreinte. Selon Marius Chapel, elle se compose «de gens passionnés, éduqués, qui aiment les belles choses telles que l’art, les automobiles ou les systèmes techniques, davantage pour eux-mêmes que pour le show off. Pour la passion du produit et de la musique, parce que ce sont des mélomanes.» A cela s’ajoute la composante du prix. Sur les quinze clients finaux invités à un événement Goldmund lors d’une grande foire internationale récente, neuf étaient milliardaires. Le profil statistique n’est donc pas celui de l’enseignant mélomane qui économise pendant dix ans pour s’offrir une chaîne de rêve. Pourtant, la marque résiste à la simple logique de la tentation du luxe ostentatoire.
Lorsque Michel Reverchon lève le pied en 2015, Goldmund passe par une période de stabilisation, de peaufinage technologique et de croissance de la distribution internationale. En avril 2025, la société change de mains. Les trois nouveaux propriétaires sont Marius Chapel, CEO, Gaspar Baldunciel, CCO, et Paul Tetaz, COO. Ils ont tous trois moins de 30 ans. Leurs parcours n’avaient rien à voir avec le son: Marius Chapel et Paul Tetaz avaient monté ensemble Metawaste, un agrégateur de gestion des déchets. De son côté, Gaspar Baldunciel a dirigé Martel, la chocolaterie genevoise. La rencontre avec Goldmund est improbable: «Nous préparions mon mariage avec des amis lorsque l’un d’entre eux nous dit que nous devrions jeter un œil à une boîte exceptionnelle», raconte Marius Chapel. La suite, il a du mal à l’expliquer rationnellement. «J’ai l’habitude de dire que ce n’est pas nous qui avons choisi Goldmund mais Goldmund qui nous a choisis.» Mais tous trois adhèrent d’emblée à une vision portée sur la continuité de l’excellence de Goldmund, qu’ils souhaitent conjuguer à leur propre expertise. Le reste parle de lui-même: 2025 est «la meilleure année de Goldmund de tous les temps. Nous vivons une croissance annuelle de 20% depuis plusieurs années, et 2026 s’annonce dans la même veine.»

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Les trois propriétaires de Goldmund sont Paul Tetaz, COO, Marius Chapel, CEO, et Gaspar Baldunciel, CCO
Les trois propriétaires de Goldmund sont Paul Tetaz, COO, Marius Chapel, CEO, et Gaspar Baldunciel, CCO
Les trois propriétaires de Goldmund sont Paul Tetaz, COO, Marius Chapel, CEO, et Gaspar Baldunciel, CCO  (de g. à dr.). Tous trois ont moins de 30 ans.Goldmund
Les trois propriétaires de Goldmund sont Paul Tetaz, COO, Marius Chapel, CEO, et Gaspar Baldunciel, CCO  (de g. à dr.). Tous trois ont moins de 30 ans.Goldmund
La marque est présente dans 25 pays, avec une forte implantation en Asie et aux Etats-Unis et des marchés européens et moyen-orientaux en cours de développement. La distribution passe par des partenaires exclusifs par pays, qui combinent souvent leur propre réseau de boutiques avec quelques revendeurs sélectionnés. Et les quelque 30 collaborateurs assemblent 1200 produits par année.»
Sur les développements à venir, Marius Chapel est à la fois ambitieux et prudent. La révision complète de la gamme est en cours. Les extensions vers le casque audio ou le car audio sont, pour l’heure, exclues: «Nous faisons les choses sans compromis. Or là, il en faudrait.» En revanche, les collaborations avec des acteurs du luxe sont activement envisagées. Marius Chapel cite spontanément le dernier défilé Louis Vuitton, où Pharrell Williams a intégré un système audio dans le décor, comme illustration d’un mouvement de fond: le retour de l’engouement pour les appareils mécaniques et les vinyles, un phénomène marqué par la prolifération des bars d’écoute à Paris, à Tokyo ou à Séoul. Sans oublier le passé, puisqu’un programme de certified pre-owned pour les produits anciens est également en développement: une logique que les amateurs de la marque apprécieront, sachant qu’une Reference de 1982 vaut aujourd’hui davantage que son prix d’origine.

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Le luxe, mode d’emploi

Dévotion
Toujours aller au bout des choses en donnant le maximum, en technologie, en qualité ou en service.
Intégrité
Rester fidèle à la marque sans jamais céder à la tentation de la compromission ou de la facilité.
Audace
Assumer la dose de témérité nécessaire pour reprendre, à moins de 30 ans, une PME suisse qui fabrique des systèmes à 1,5 million de francs, dans un marché de niche.
A propos des auteurs

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