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«Les journalistes connaissent rarement leur public»

Journaliste indépendant, Thibaud Mabut s’est spécialisé dans les questions de droits humains, les enjeux démocratiques et écologiques, qu’il traite à travers un journalisme de terrain et participatif.

Thibaud Mabut, fonction Journaliste indépendant.
Thibaud Mabut, fonction Journaliste indépendant.Valentin Flauraud

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«Le recul des droits humains et la crise démocratique et écologique que nous traversons m’inquiètent profondément, et ne sont pas assez exposés dans les médias. C’est pourquoi j’en ai fait mes domaines de prédilection. Un exemple: les débats autour de la loi genevoise sur le climat, dont les négociations politiques et les échanges avec les acteurs économiques sont bien trop peu suivis. J’espère aussi lutter contre la désertification médiatique de Genève. Pour y parvenir, je privilégie le terrain. Je me rends au plus proche de ce que je couvre, que ce soit en manifestation ou au Palais fédéral pour directement discuter avec les membres du parlement. Je mise sur la vidéo pour toucher les personnes qui s’éloignent de la presse écrite, sans pour autant délaisser les sujets complexes. Ma communauté peut proposer des sujets et participer à des sondages pour orienter mes reportages. Chaque dimanche, je propose une newsletter audio sur WhatsApp et Signal. L’aspect participatif est central. Je trouve terrible qu’au sein des médias traditionnels, les journalistes connaissent rarement leur public. Le modèle des réseaux sociaux convient mieux à ma vision du journalisme. Mon public peut m’épingler si je commets une erreur. Je me sens responsabilisé dans ma pratique journalistique.

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Mon parcours dans le métier a commencé en 2019. Je réalise la série «It’s a Match», qui présente les candidats aux élections fédérales de 2019, pour Tataki, le média jeunesse de la RTS. J’ai alors 20 ans et j’entame des études en relations internationales à l’Université de Genève, que je termine en 2022. Je me dirige vers l’Académie de journalisme de Neuchâtel, d’où je ressors diplômé en 2024. En parallèle, je travaille chez Blick pendant un an et demi. Mais je décide de quitter ce poste pour lancer un projet en indépendant. J’ai rédigé ma propre charte déontologique, qui prend pour point de départ celle du Conseil suisse de la presse. Ces règles interdisent l’influence des annonceurs sur le travail journalistique. Après deux ans d’activité, je suis suivi par près de 27 000 personnes. L’indépendance éditoriale a un prix. Je peux compter sur environ 380 dons de 5, 10 ou 20 francs par mois. Pour garantir mon autonomie et ne pas dépendre de gros contributeurs, je ne prends pas de versements au-delà de 20 francs. Ces soutiens me procurent un revenu mensuel proche de 3000 francs. Mais pour gagner en stabilité financière, je vise les 500 contributions par mois. En attendant, je complète mes revenus en donnant des formations sur la vidéo ou sur l’IA, en modérant des tables rondes et en acceptant quelques collaborations commerciales, encadrées par ma charte déontologique. Ces mandats m’éloignent toutefois du terrain. J’espère un jour pouvoir m’en passer.

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Peu préparé à devenir entrepreneur, j’ai construit mon modèle économique en autodidacte. Je regrette que ma formation ne m’ait pas davantage outillé en comptabilité ou en gestion. Intégrer des notions d’entrepreneuriat et d’économie des médias dans le cursus d’études est essentiel pour donner des outils aux journalistes en devenir. Ce serait un terreau fertile pour inventer de nouvelles façons de traiter l’information. Alors que les disparitions de titres se poursuivent, j’espère voir émerger de nouveaux projets médiatiques en Suisse romande.»

Bio express

1999
Naissance à Genève.
2024
Fin de son master en journalisme de l’Académie de journalisme de Neuchâtel. Embauché chez Blick, il part après quelques mois pour lancer son projet personnel.
2026
Manifestation No G7 du 14 juin. Sa couverture de l’événement est relayée massivement sur les réseaux et renforce sa notoriété.

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