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«L’Atelier était proche de la faillite et grevé de 150 000 francs de dettes»

A 21 ans, Nadège Perdrizat se retrouve à la tête d’un restaurant qui a 150 000 francs de dettes. La Genevoise a remis le commerce à flot et fondé aujourd’hui le Groupe Fondeco, spécialisé dans ce secteur.

Nadège Perdrizat, fondatrice du Groupe Fondeco.
Nadège Perdrizat, fondatrice du Groupe Fondeco. DR

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«Je suis tombée dans la marmite de l’entrepreneuriat et des établissements publics enfant. Déjà au restaurant de ma mère, La Croisette, à Vernier, j’avais aménagé un coin de la terrasse où je servais mes propres clients. Les habitués jouaient le jeu pour me faire plaisir. J’avais aussi lancé une petite gazette que je leur vendais.
Mon père, de son côté, a eu lui aussi plusieurs cafés, restaurants, bars et discothèques à Genève. Pendant mon école de commerce, j’ai appris le métier avec lui. Je suis passée par tous les postes, le service, la cuisine, l’administratif, la comptabilité. Tout a commencé comme ça. Jusqu’à ce jour de 2011, où il décède d’un arrêt cardiaque.
A ce moment-là, il dirigeait L’Atelier, un restaurant de 100 places dans la zone industrielle des Acacias et un bar à café à Genève, sous gérance encore deux ans. Je me suis retrouvée, avec mon frère, à la tête d’une équipe d’une quinzaine de personnes. On a surtout découvert que L’Atelier était proche de la faillite et qu’on avait 150 000 francs de dettes.
A 21 ans, comment rembourser une telle somme? J’aurais pu tout laisser tomber. Mais je n’ai pas lâché le restaurant de mon père. Avec l’équipe, on a travaillé comme des fous. J’avais plein d’idées pour développer la partie festive et les boissons sur lesquelles on a le plus de marge. J’aime l’événementiel et on est passés de 80 couverts à midi et peu le soir à 60 à midi et des afterworks et fins de semaine qui explosent avec des soirées d’entreprise jusqu’à 180 personnes.

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Je n’ai dû licencier personne. Tous sont restés, des collègues qui ont cru en moi. J’ai discuté avec les fournisseurs et on a échelonné les paiements. Le relationnel et la confiance ont beaucoup aidé. L’Atelier était le premier restaurant dans cette zone et tous s’en sont souvenus.
Au début, je ne me suis pas payé de salaire. Je suis retournée vivre chez ma mère pour ne pas avoir de loyer. En cinq à six ans, j’ai réussi à rembourser la dette. Le restaurant fonctionnait très bien. J’ai aussi récupéré la gérance du bar à café, que j’ai eu l’opportunité de vendre pour me concentrer sur un seul établissement.
Et le covid est arrivé; la douche froide. J’étais complètement perdue, au début. Par la suite, j’ai pris goût à la tranquillité d’esprit, sans charge opérationnelle. La réouverture a été presque plus difficile. J’ai vendu L’Atelier en septembre 2020, à un très mauvais prix, normal à cette période.
Intellectuellement, j’avais aussi envie d’autre chose. Mon réseau et mon expérience étaient dans la restauration. Je voulais les mettre à disposition, mes erreurs aussi. Car j’ai appris en faisant, j’ai tout testé et cela pouvait être utile à d’autres.
La première année de Fondeco a été blanche, zéro mandat. La restauration est un secteur qui cumule les problèmes, mais personne n’est prêt à mettre de l’argent pour du conseil et anticiper les difficultés. Pourtant, devoir fermer son établissement pendant trois mois pour le remettre aux normes coûte bien plus cher.

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Ma société s’est donc orientée vers le courtage et la remise de fonds de commerce. Aujourd’hui, j’ai une centaine de restaurants sous gestion. J’en vends un par mois. On les aide à mettre en place des crédits vendeurs et à bien terminer ou commencer leur activité. Dans 90% des cas, mes clients sont en grande difficulté, usés. Ce sont des histoires de vie, de maladie, de ras-le-bol, mais c’est authentique.
Pour rien au monde je ne changerais de secteur. Je me bats pour lui. Je suis par exemple juge des prud’hommes à Genève et travaille bénévolement pour l’association patronale des cafetiers restaurateurs et hôteliers. Nous mettons en place des formations, en ce moment particulièrement pour les questions de sécurité et d’incendie. On travaille dans le monde de la convivialité et de la fête, mais notre responsabilité envers nos clients est énorme et beaucoup la sous-estiment.»

Les dates clés

1989
Naissance à Genève.
2011
Décès de son père et reprise du restaurant L’Atelier pour le remettre à flot.
2022
Fondation du Groupe Fondeco, société de courtage et d’accompagne-ment des professionnels de la restauration.
A propos des auteurs

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