Aller au contenu principal
Le salaire indiqué dans une offre d’emploi ne doit pas être considéré comme définitif. © istockphoto

Comment mener à bien une négociation salariale?

Affirmer que l’on mérite tel ou tel salaire demande du courage, mais surtout de la préparation. Conseils d’experts.

C’est la question qui dérange: quel salaire peut-on demander à un éventuel futur employeur? Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), il y aurait actuellement en Suisse plus de 60 000 postes à pourvoir et, pour trouver chaussure à leur pied, les intéressés doivent bien se résoudre à aborder ce point. Comme le droit suisse n’en fait mention nulle part, les règles sont dictées par l’usage. En fait de règles, il serait plus juste de parler de conseils. Un tour d’horizon auprès de divers cabinets de consultants et agences de placement permet d’en résumer cinq.

1. Bien se renseigner sur les barèmes

Le candidat bien avisé commencera par se renseigner sur les salaires usuels dans son secteur d’activité en consultant le barème en vigueur et en appelant éventuellement quelques connaissances. De cette manière, il pourra répondre en connaissance de cause lorsque le recruteur lui demandera quelles sont ses prétentions salariales.

Certains pourraient être tentés de gonfler leur salaire actuel, dans l’espoir de faire monter les enchères. Mais c’est un «jeu dangereux», selon Jobeo.ch, car les recruteurs ont l’habitude de se documenter. Mieux vaut donc dire la vérité «et négocier une rémunération plus importante avec de bons arguments». Le pire serait de se présenter à l’entretien d’embauche sans aucune idée ni aucun argument: «Si vous pensez obtenir le salaire de vos rêves juste en le demandant, vous vous trompez.»

2. Utiliser les calculateurs de salaire

Sur internet, on trouve des calculateurs de salaire. Que valent-ils? «Je recommande ceux qui ont été officiellement établis au niveau cantonal et/ou au niveau fédéral. Toutefois, il est sage de ne pas se laisser obnubiler par les statistiques et de ne pas se montrer trop revendicatif en s’appuyant sur elles», affirme Philippe Doudin, directeur du cabinet de conseil du même nom à Lausanne. On retiendra principalement les calculateurs de l’Office fédéral de la statistique, de l’Union syndicale suisse et ceux qui ont été publiés par les différentes administrations cantonales pour le secteur public. Il en existe d’autres, notamment sur les bourses d’emplois en ligne comme www.jobs.ch et Glassdoor.

3. Savoir comment se calcule un salaire

Cela peut paraître simple, mais ce n’est pas exactement le cas. D’une manière générale, les entreprises sont tenues de verser le salaire minimum fixé dans la convention collective de travail (CCT) qu’elles ont signée. «Les conventions collectives majeures ont caractère de loi», rappelle-t-on chez Manpower.ch. Cependant, toutes les CCT n’ont pas un caractère contraignant dans tous les secteurs économiques. Le postulant doit donc vérifier ce qu’il en est avant de se livrer à des calculs savants.

Indépendamment des barèmes, les salaires dépendent d’un certain nombre de facteurs variables: l’âge, le nombre d’années d’expérience, le parcours professionnel, le talent… Bien plus que la formation de base, ce sont surtout les formations continues qui jouent un rôle, d’après Monster.ch. Le candidat dispose d’une marge de négociation d’autant plus grande que son niveau de spécialisation est élevé et l’éventail de ses compétences élargi. En outre, il lui serait utile de savoir si le poste doit être repourvu de façon urgente ou si les candidats se pressent au portillon, car cela détermine la position dans laquelle il se trouve pour négocier.

Le site de recrutement en ligne Cvdunet.com précise que le salaire éventuellement indiqué dans l’offre d’emploi ne doit pas être considéré comme définitif. La preuve: chez les jeunes diplômés, seuls 45% des candidats recrutés toucheraient un salaire correspondant grosso modo à celui qui était mentionné dans l’annonce; 42% obtiennent moins et 13% sont finalement mieux rémunérés que prévu. Edifiant, n’est-ce pas?

4. Choisir une fourchette de salaire

Ce conseil est unanime. La formule «J’envisage un salaire annuel compris entre 68 000 et 72 000 francs», «entre 70 000 et 73 000 francs» ou «entre 85 000 et 89 000 francs» est jugée bonne. On peut ajouter en regardant le recruteur: «Envisagez-vous également ce montant?» ou: «Ce montant entre-t-il dans votre budget?» Attention à ne pas choisir une fourchette trop grande: «Entre 60 000 et 80 000 francs suisses, cela ne veut rien dire», avertit Manpower.ch.

De nombreux consultants conseillent de majorer le salaire de référence (qu’il s’agisse du salaire moyen dans la branche ou du salaire actuel) de +/-5 à +/-10%. Après trente ans d’expérience dans le recrutement, Philippe Doudin ne partage pas cet avis: «C’est un principe trop général.» Selon lui, le calcul de la rémunération dépend avant tout de la conjoncture et de la difficulté à trouver des profils adéquats dans le secteur concerné, et les entreprises se doivent de «mettre au point une politique salariale claire». Monster.ch précise que si le candidat décide de revendiquer un revenu légèrement supérieur à son dernier salaire, il doit être en mesure de justifier cette différence, par exemple en faisant valoir des formations complémentaires.

Dans tous les cas, la plupart des spécialistes conseillent vivement d’exprimer la prétention de salaire sans ambiguïté, c’est-à-dire en indiquant d’emblée s’il s’agit d’un revenu brut ou net (en général, on préfère la première option) et si le 13e salaire est inclus. Evidemment, il est possible d’articuler un montant précis plutôt qu’une fourchette, mais le risque est de figer la négociation en paraissant trop rigide. Enfin, il paraît sage de se déterminer soi-même à l’avance sur le palier au-dessous duquel on ne veut pas descendre.

5. Tenir compte des avantages

Sur ce point, il y a un consensus: le candidat doit prendre en considération les bonus, l’intéressement, la flexibilité du travail, les prestations en nature, enfin tous les fringe benefits, surtout si le salaire proposé ne correspond pas à ses attentes. «Je suis d’avis que ces avantages sont d’une très grande importance, même si leur intérêt comporte évidemment une part d’appréciation personnelle. Dans notre cabinet, nous les intégrons toujours dans le calcul de la rémunération. Lors de la phase de négociation, trop peu de candidats questionnent leur futur employeur à ce sujet», constate Philippe Doudin.

Pourtant, les prestations en nature et autres avantages complémentaires sont potentiellement variés et nombreux: rabais sur les primes d’assurance, prévoyance retraite, contrats de leasing de voiture à tarif préférentiel, hypothèques avantageuses, chèques Reka, abonnements gratuits aux transports publics, voiture de fonction et indemnité kilométrique, cantine, loisirs sportifs, téléphone portable professionnel, formations continues payées, etc. Mais attention, prévient Monster. ch: «Ce ne sont pas des éléments du salaire au sens propre. En règle générale, il n’y a ni de droit clair ni garanties.»

Dernier détail: on dit que le candidat n’est pas censé amener spontanément la question du salaire, et encore moins en début d’entretien. Mais pourquoi pas, au fond? «En Suisse, cela peut très vite être mal perçu», déclare Philippe Doudin. Le bon sens commande de laisser venir le recruteur. Si celui-ci n’en a toujours pas parlé à la fin de l’entretien, le candidat peut prendre l’initiative en commençant par demander si un second entretien est prévu. Quoi qu’il en soit, «il ne faut surtout pas balayer la question d’un revers de main. Nous conseillons toujours aux candidats d’exprimer leurs attentes de manière claire et réfléchie», insiste Philippe Doudin.