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How I did it

«J’ai tiré Corum de son sommeil»

Haso Mehmedovic a effectué toute sa carrière chez Corum, en passant d’horloger à directeur des ventes. En mai 2025, il finit par racheter l’entreprise. Récit d’un parcours hors norme.

Carré blanc

Haso Mehmedovic, CEO de Corum.
Haso Mehmedovic, CEO de Corum.DR

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«En 1992, la guerre en Bosnie a contraint mes parents à fuir. Ma mère était enceinte. Je suis né dans une forêt alors qu’elle cherchait à fuir le pays. Nous avons ensuite rejoint ma tante qui habitait au Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel. Une fois en Suisse, mes parents ont travaillé en tant que concepteurs horlogers dans l’actuel bâtiment de Concepto, qui réalise aujourd’hui certains mouvements de nos montres. Je ne souhaitais pas étudier longtemps, mon plan était clair: commencer en bas de l’échelle et gravir tous les échelons afin de connaître toutes les ficelles du métier d’horloger.
En 2007, j’ai donc commencé mon CFC à l’école d’horlogerie du Locle. Mon atelier faisait face à une immense affiche de la montre Golden Bridge de Corum, un modèle complexe où le mécanisme est regroupé sur une fine bande traversant la montre à la verticale, à la manière d’un pont. Chaque jour, je me disais qu’à l’avenir ce serait moi qui assemblerais cette montre. A cette époque, Corum était une marque bien établie. Une fois mon apprentissage terminé, je voulais absolument rejoindre cette entreprise. Je n’ai postulé nulle part ailleurs.
Lorsque j’ai été engagé en tant qu’horloger, j’étais extrêmement motivé, je voulais montrer que je méritais ma place. Mon abnégation a payé. Trois ans plus tard, en 2015, je deviens responsable qualité. J’ai toujours eu envie de découvrir quelque chose de nouveau et le directeur général de l’époque, Jérôme Biard, l’avait bien senti. En 2017, il me propose de passer de la production à la gestion des ventes. Je suis très enthousiaste, mais je ne parle pas un mot d’anglais. L’entreprise m’envoie donc six mois à Los Angeles. A mon retour, je commence à gérer les marchés suisse, russe et d’Europe de l’Est. Petit à petit, je gère différentes régions, dont le Moyen-Orient, jusqu’à devenir directeur des ventes. En 2024, cela faisait une dizaine d’années que Corum avait été rachetée par le groupe chinois Citychamp Watch & Jewellery et les comptes étaient au plus bas. Il manquait une stratégie commerciale pérenne, plusieurs changements de direction s’étaient suivis en seulement quelques années. Ces tergiversations ne passent pas bien auprès des détaillants, des fournisseurs et des collectionneurs. Dans l’horlogerie, la cohérence et la sérénité prévalent. Je craignais pour l’avenir de Corum et je me sentais coupable de ne pas agir.

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Auparavant, j’avais eu l’occasion de gérer, en tant qu’indépendant, les ventes de Corum au Moyen-Orient. Cette activité m’a permis de me constituer un capital suffisant pour être pris au sérieux lorsque j’ai exprimé ma volonté de racheter l’entreprise. Pour le rachat, j’étais accompagné de deux actionnaires suisses issus du domaine de l’horlogerie et de la finance. J’entretenais de bonnes relations avec les propriétaires précédents, ce qui a simplifié le processus. Le 1er mai 2025, j’ai pu procéder à un management buy-out, c’est-à-dire le rachat de l’entreprise par un cadre. Ensuite, tout s’est accéléré. Le 8 mars 2026, nous présentions une nouvelle sélection; en avril de la même année, nous étions à Watches and Wonders à Genève. Nous nous sommes recentrés sur trois collections iconiques de la marque: l’Admiral, l’Heritage et la Golden Bridge, des montres vendues entre 10 000 et 60 000 francs.
L’Admiral et la Golden Bridge représentaient environ 80 % du chiffre d’affaires. Il me paraissait évident de concentrer notre offre sur ces produits. L’année 2026 marque les 250 ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était l’occasion de mettre en avant notre montre Heritage Coin, constituée d’une pièce en or « American Eagle» de 50 dollars. Avec ces trois collections, nous avons produit 1500 pièces et avons écoulé notre stock. Actuellement, nous comptons une vingtaine d’employés, mais avec cette reprise encourageante, nous prévoyons de doubler nos effectifs. Les précédents propriétaires n’ont pas tué la marque, Corum était juste endormie et je l’ai tirée de son sommeil.»

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