How I did it

«J’ai toujours pris l’assiette comme un point de départ vers une histoire humaine»

Passionné par la gastronomie, Siméon Calame est passé de journaliste pour le GaultMillau à entrepreneur en fondant le magazine gastronomique «Millefeuille». Le premier numéro sera disponible le 12 juin.

Siméon Calame
Siméon Calame, fondateur du magazine gastronomique Millefeuille. Julie de Tribolet pour L'illustré

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«Pendant six ans, j’ai travaillé pour le GaultMillau Channel. En sillonnant les restaurants de Suisse romande, j’ai rencontré de nombreux acteurs de l’univers culinaire, ce qui m’a permis de comprendre qu’il manquait encore un lieu pour raconter leurs histoires. J’ai aussi constaté que les consommateurs étaient toujours plus nombreux à vouloir les connaître. Alors, en février 2025, j’ai commencé à imaginer Millefeuille. L’idée m’était venue un an plus tôt, alors que je remontais la pente après un burn-out. Pendant mon arrêt, j’ai pris le temps de me questionner sur mes envies personnelles et professionnelles. En parallèle, je terminais mon premier livre de pâtisserie, Romandie sucrée – 15 chefs, 30 recettes, coécrit avec la journaliste Virginie Gerhard et publié en octobre 2024.
Le succès du projet m’a poussé à continuer sur la voie des médias. J’ai alors décidé de me lancer dans l’entrepreneuriat, avec l’envie de proposer un magazine spécialisé. Concrètement, quatre numéros de Millefeuille sortiront par année. Au programme: des reportages, mais aussi des soirées uniques, des ateliers de cuisine, de mixologie ou de boulangerie et des livres de chefs qui racontent leur terroir. Plus qu’un simple périodique, Millefeuille veut retrouver la fonction première de la cuisine, qui est de rassembler. Il s’adresse tant au grand public qu’aux professionnels de la gastronomie. L’abonnement annuel coûte 89 francs, à cela s’ajoutent les coûts variables des différents ateliers et événements.

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J’ai toujours été un grand gourmand, mais l’envie de me professionnaliser dans le milieu n’a pas toujours été évidente. Tout a commencé par un apprentissage de pâtissier-confiseur, que j’ai été contraint d’arrêter pour des raisons de santé. A cette époque, je souffrais d’anorexie. Aujourd’hui, je vais mieux. Je préfère ne pas trop revenir sur cette période, qui appartient désormais au passé.
J’ai ensuite repris des études dans le journalisme. C’est au détour d’un stage au quotidien Le Temps que je rencontre Knut Schwander, le rédacteur en chef du GaultMillau Suisse romande. Connaissant ma passion pour le journalisme culinaire, il m’a proposé un poste au sein de sa rédaction, que j’ai accepté sans hésiter. Ce parcours m’a aussi permis de trouver les ressources nécessaires à la création de Millefeuille. Beaucoup de professionnels que j’ai rencontrés soutiennent aujourd’hui le magazine. Certains sont d’ailleurs devenus partenaires, voire sponsors, et ont permis de soutenir une partie du projet. A terme, l’objectif est que les abonnements des lecteurs suffisent à faire tourner mon activité. Une autre partie des fonds provient du financement participatif que j’ai lancé en décembre 2025 et qui a rapporté plus de 30 000 francs.

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A travers cette nouvelle aventure, je souhaite me détourner des têtes d’affiche pour m’intéresser également aux plus petits artisans. Ainsi, je rencontre les gens qui font le terroir romand, j’analyse et je raconte ce qui se fait dans le milieu. J’ai toujours pris l’assiette comme un point de départ vers une histoire humaine. Chaque numéro du magazine met en avant tous les cantons romands via une trentaine d’acteurs, comme la cheffe Alba Farnós Viñals et le sommelier Paul Marsden qui accueilleront chez eux, à l’Auberge de l’Abbaye de Montheron (VD), le pâtissier Patrick Bovon et le mixologue Alessandro Cogoni, barman suisse de l’année 2024. Je tiens à ce que Millefeuille reste un magazine papier. Je pense d’ailleurs que la presse papier spécialisée connaîtra un grand succès ces prochaines années.
Pour la suite, je garde quelques projets en tête: de nouveaux concepts d’ateliers, un cours de cuisine pour les enfants. Si les recettes le permettent, je passerai à six numéros par an, et je commencerai à embaucher du personnel à partir de 2028. Finalement, ce qui m’importe le plus, c’est ma stabilité personnelle. Je n’ai pas l’ambition de croître de manière démesurée. A partir du moment où je vis correctement et que je peux payer les personnes avec lesquelles je travaille, je suis satisfait.»

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