«C’est le marché qui nous a poussés à monter notre marque horlogère»
Originaire de Pékin, Fei Hou a cofondé Krayon, une manufacture née à la suite de deux erreurs de timing. Elle et son mari cherchent à concevoir des montres aux fonctions jamais vues.
«Si je travaille dans l’horlogerie, c’est grâce à un heureux hasard. J’ai grandi en Chine, à Pékin. A l’âge de 14 ans, je devais retrouver une amie au centre commercial, mais elle était en retard et, sans téléphone portable vu l’époque, elle ne pouvait pas me prévenir. En l’attendant, je suis entrée dans une boutique Piaget. Là, un jeune vendeur a pris le temps de me montrer le mécanisme d’une vraie montre... Je me suis décidée à en faire mon métier. Ce hasard a changé ma vie.
Aujourd’hui, je suis à la tête de Krayon, une manufacture neuchâteloise que j’ai fondée avec mon mari, Rémi Maillat. Nous employons 12 collaborateurs, essentiellement des horlogers, dans notre atelier avec vue sur le lac. Nos pièces, dont les prix varient de 88 000 à 700 000 francs, sont disponibles dans une dizaine de points de vente à travers le monde. Fin mars, nous avons présenté une série limitée Pac-Man, où les personnages du jeu se poursuivent autour du cadran, ce qui a nécessité un an de négociation avec l’éditeur japonais Bandai.
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Mais revenons en arrière: à 18 ans, j’ai quitté la Chine pour étudier l’ingénierie mécanique en France, à Lyon. Ensuite, j’ai fait un premier stage de sept mois à Fleurier (NE) à la manufacture de mouvements Vaucher. Hormis un unique séjour à Lucerne pour les vacances, je connaissais mal la Suisse.
Mon diplôme en poche, j’ai emménagé à Bienne en 2009 et j’ai commencé ma carrière dans le département R&D de Rolex. J’y suis restée un an, avant de rejoindre TAG Heuer comme cheffe de projet. C’est à cette époque que j’ai rencontré Rémi Maillat, qui est devenu mon mari et mon associé. Il était employé par Cartier, à La Chaux-de-Fonds, en tant qu’ingénieur concepteur de mouvements. Très talentueux, il a développé une de leurs plus importantes complications: le double tourbillon. Il avait atteint un plafond et rêvait d’indépendance.
Après en avoir longuement discuté, nous avons fondé notre entreprise en 2013 à La Chaux-de-Fonds: Krayon. Au départ, nous ne l’envisagions pas du tout comme une marque! C’était un bureau technique et de conseils: nous concevions des mouvements pour d’autres. D’ailleurs, notre première montre est, à nouveau, le fruit d’un heureux hasard.
En vacances au bord de la Méditerranée, nous avons voulu faire de la plongée au lever du soleil, moment idéal pour observer à la fois les poissons nocturnes et diurnes. Sauf que nous avons dû patienter une heure dans le noir, car l’aube dépend de la position géographique! Cette mésaventure nous a inspiré l’idée d’une montre qui indique quand le soleil se lève, et ce, partout sur le globe.
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La période qui a suivi n’a pas été facile. Sans salaire fixe, j’ai dû vendre les biens immobiliers dans lesquels j’avais investi pour financer notre projet. C’était une prise de risque non seulement financier, mais aussi réputationnel, car jamais personne n’avait conçu une telle montre auparavant. Rémi craignait de se heurter à une impossibilité physique. Pendant qu’il travaillait sur le mécanisme, je me suis attelée au design et au brevet, deux activités que je ne connaissais pas. Le doute était permanent.
Nous avons gagné en confiance au fil des mois. Notre première montre, Everywhere, qui calcule l’heure de lever et de coucher du soleil pour n’importe quelle position sur Terre, est sortie en 2017. Elle a été primée au Grand Prix d’horlogerie de Genève en 2018.
Nous pensions en vendre la licence à de prestigieux clients. Mais, tout d’un coup, les commandes sont arrivées. En nombre. C’est le marché qui nous a poussés à réellement monter notre marque. En 2020, Krayon a déménagé à Neuchâtel, à proximité du lac. En 2021 sortait notre deuxième création horlogère, Anywhere, qui affiche l’éphéméride d’un lieu choisi par son propriétaire. Notre troisième montre, Anyday, qui comporte un agenda mécanique marquant les dates des week-ends, a été dévoilée en 2025. L’ADN de Krayon, c’est donc de présenter une fonction jamais vue avant, à chaque nouvelle montre.»
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.