Abo
How I did it

«Le tennis m’a appris à gérer la pression et les coûts»

Ancien joueur de tennis professionnel, le Vaudois Joss Espasandin a atteint la 651e place mondiale avant d’opérer une reconversion radicale en lançant ACE Electroménager.

William Türler

Joss Espasandin
Joss Espasandin Darrin Vanselow

Publicité

«J’ai toujours pratiqué des sports de raquette depuis tout petit, avant de me consacrer exclusivement au tennis dès l’âge de 14 ans. Entre 2007 et 2013, j’ai suivi un entraînement intensif, notamment lors de séjours en Argentine. Cette période m’a permis d’atteindre mon meilleur classement ATP, 651e mondial, en 2012.
Quand on regarde le tennis de l’extérieur, cela paraît souvent très glamour. Mais après plusieurs années sur le circuit, la réalité devient beaucoup moins sexy. J’ai découvert la précarité financière du circuit secondaire, entre les tournois Challenger et Futures. Les coûts de déplacement représentaient entre 1500 et 2500 dollars par semaine, alors que les gains restaient extrêmement limités, même en cas de victoire ou de finale. Très peu de joueurs arrivent réellement à rentabiliser leur activité. Pour vivre du tennis, il faut au minimum entrer dans le top 250 mondial.
Etre obligé de demander de l’argent à son père pour n’importe quelle sortie, cela fait mal à l’ego. Malgré toute la passion, il arrive un moment où il faut se poser les bonnes questions. J’ai arrêté ma carrière tennistique en novembre 2013. Ensuite, je me suis demandé ce que j’allais faire: donner des cours, reprendre des études ou partir dans un autre domaine? Finalement, dès janvier 2014, un sponsor actif dans l’immobilier m’a recruté pour gérer des buanderies collectives. Cette expérience professionnelle a marqué le début de ma reconversion dans le secteur de l’électroménager.

Contenu Sponsorisé

Le 1er janvier 2020, j’ai repris la société ACE Electroménager, un nom inspiré du service gagnant au tennis. Mon objectif était de proposer une alternative au modèle classique du magasin avec showroom, en privilégiant un service direct, axé sur la réparation et destiné principalement aux régies immobilières. En parallèle, j’ai aussi fondé une famille. Avec ma femme argentine, nous avons aujourd’hui deux enfants de 4 et 5 ans.
J’emploie 32 personnes réparties entre Préverenges (VD) et Meinier (GE). Nous collaborons avec 115 régies et traitons plus de 150 interventions par jour. Notre succès repose sur une approche orientée service plutôt que sur la vente pure. Nous accompagnons nos clients avec un modèle sans magasin physique, ce qui nous permet de réduire les coûts et d’être beaucoup plus réactifs. Notre ambition est désormais d’étendre notre couverture à l’ensemble de la Suisse romande. En parallèle, je gère également d’autres entreprises dans les domaines de la vente en ligne et de la gestion de buanderies.
Je vois beaucoup de similitudes entre le monde du tennis et l’entrepreneuriat. On oublie souvent que les tennismen ne sont pas des salariés, mais des indépendants. Ils doivent assumer de nombreux frais fixes, notamment pour le coach, le préparateur physique ou les déplacements. Cette logique de gestion m’a beaucoup servi par la suite.

Publicité

Passer du sport de haut niveau à la direction d’une PME a nécessité un apprentissage quotidien sur le terrain. J’ai dû apprendre à m’entourer de collaborateurs qualifiés, à déléguer les aspects opérationnels et à me concentrer davantage sur la gestion et le management d’une équipe en pleine croissance.
A mon époque, le tennis était moins développé en Suisse. Pour bénéficier d’une base d’entraînement convenable, il fallait partir à l’étranger. J’ai vécu trois ans et demi en Argentine. Cette expérience m’a fait découvrir une autre culture du tennis, beaucoup plus ouverte, avec une philosophie basée sur un énorme volume d’entraînement et une mentalité professionnelle qui valorisait l’engagement total, même loin du sommet mondial.
La rigueur acquise durant cette période reste aujourd’hui un pilier fondamental dans ma manière de gérer mon entreprise. Le tennis m’a appris la discipline personnelle, mais aussi la gestion des coûts fixes et du risque financier. Mes parents ont investi plus de 1 million de francs sur sept ans, pour un retour financier final d’environ 18 000 francs. Avec le recul, cela représente probablement l’un des plus grands enseignements de management que j’ai pu tirer de cette époque.»

Publicité

A propos des auteurs
William Türler
William Türler
William Türler s’intéresse à tout ce qui façonne le monde des affaires. Après avoir collaboré avec plusieurs médias romands, il écrit aujourd’hui pour PME, où il couvre la tech, l’innovation et les grandes tendances économiques. Il aime raconter les histoires derrière les projets et les idées.

Publicité