Abo
How I did it

«Je suis passée devant un local vide, j’ai foncé»

Après vingt ans de carrière d’infirmière, dans des blocs opératoires mais aussi sur des atollsisolés polynésiens, Pauline Drahe a ouvert Neo, son centre de pilates. Du business plan aux clés du studio, elle a changé de vie en moins de trois mois.

Sophie Marenne

Pauline Drahe
Valentin Flauraud

Publicité

«A 28 ans, j’ai voulu tout quitter. J’étais infirmière et je travaillais depuis quelques années dans un bloc opératoire de chirurgie cardiaque, à Grenoble. Puis j’ai lu La longue route de Bernard Moitessier. Son récit de liberté absolue en mer m’a renversée. Sans expérience de navigation, je me suis inscrite sur un site de bourse aux équipiers. Un capitaine à Port Leucate, en Méditerranée, m’a donné ma chance et, alors que je n’avais jamais fait de voile, je suis partie pour une traversée des grands océans. Six mois et cinq bateaux plus tard, j’atteignais la Polynésie française.
Je m’y suis installée sur un coup du sort, un accident. Blessée à l’œil aux Marquises, j’ai été évacuée à l’hôpital de Tahiti. Aux urgences, j’ai entendu parler d’un poste au bloc opératoire. Quelques jours plus tard, avec mon pansement sur l’œil, j’assurais un remplacement de trois mois. Puis, nouveau hasard, un concours de titularisation des infirmiers était organisé, alors qu’il n’a lieu que tous les cinq ans. Je m’y suis présentée et mon score m’a permis de choisir mon poste: un dispensaire isolé sur l’atoll de Fakarava, dans l’archipel des Tuamotu, d’environ 2000 habitants.
J’y suis restée cinq ans, en tant que seule responsable médicale, sans médecin sur place, en décrochant en parallèle un diplôme universitaire de médecine isolée. Je gérais tout: accouchements, traumatologie, pédiatrie, suivi chronique et évacuations sanitaires vers Tahiti par avion ou bateau de pêche. Puis je suis partie aux Marquises gérer trois structures de soin sur une île encore plus reculée.

Contenu Sponsorisé

Après dix ans en Polynésie, à être d’astreinte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, à gérer les urgences vitales les unes après les autres, la fatigue et l’isolement m’avaient lessivée. Lors d’un court séjour en France, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon conjoint: il est Suisse, de Lausanne. J’ai laissé mes cartons chez une amie à Tahiti et je l’ai suivi. Rapidement, j’ai été engagée au bloc opératoire polyvalent de la clinique Cecil. En parallèle, je pratiquais le pilates sur tapis depuis longtemps. J’ai suivi une formation à Genève et, en 2025, je suis devenue professeure certifiée de Pilates Reformer.
Au départ, je cumulais mon emploi d’infirmière et une dizaine d’heures d’enseignement de pilates par semaine. Il y avait une telle demande! Cette expérience m’a confirmé que j’adorais enseigner. En janvier, en sortant d’une garde de nuit à la clinique, je suis passée devant un local vide dans le quartier de Montchoisi. L’affiche venait d’être posée et je venais de dresser un premier business plan. J’ai foncé.
Plan, devis pour les travaux, identité de la marque: j’ai tout fait pour faire accepter mon dossier. Le bail a été signé fin mars, j’ai eu les clés à la mi-avril et j’ai ouvert le studio le 15 juin, après deux mois de rénovation intense et environ 100 000 francs d’investissement. Cloisons, plafonds, sols, sanitaires, vestiaires, douche… d’un ancien salon de coiffure, cet espace de 165 mètres carrés est devenu un studio à l’atmosphère douce et réconfortante, qui peut accueillir huit personnes par cours.

Publicité

Une des plus grandes transformations: monter le bar aux carreaux verts. Je voulais en faire un espace de sport mais aussi de vie avec ce coffee shop chaleureux où les clientes peuvent se poser après le cours pour échanger. J’avais aussi envie de m’éloigner de l’image parfois élitiste du Reformer, que véhiculent les réseaux sociaux. Mon approche est anatomique et inclusive, centrée sur la santé par le mouvement pour chacun et chacune, notamment les femmes enceintes, les jeunes mamans ou les personnes en rééducation postopératoire.
J’ai pu quitter mon emploi de salariée grâce au filet de sécurité que représente mon métier d’infirmière: si tout s’arrête, je pourrai retrouver du travail. Et puis, mon expérience en dispensaire m’a prouvé que je pouvais porter d’immenses responsabilités sous pression. Depuis septembre, je suis épaulée par une nouvelle professeure de pilates, pour me donner davantage de temps pour gérer le café, l’administratif et le développement du studio où sont déjà venues à peu près 500 personnes.»
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

Publicité