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Le marché des animaux sort de sa niche

En Suisse, l’humanisation croissante des 3 millions d’animaux domestiques alimente un marché d’une résistance exceptionnelle. Montée en gamme, multiplication des services, alimentation personnalisée, les innovations à venir n’ont pas fini de peser sur le porte-monnaie des propriétaires suisses qui dépensent sans compter pour leurs protégés.

Sophie Marenne

Après une forte croissance post-pandémie, les dépenses pour les animaux se stabilisent chez les grands distributeurs suisses.
Après une forte croissance post-pandémie, les dépenses pour les animaux se stabilisent chez les grands distributeurs suisses.Pantermedia/Imago

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Véritable pacha, MacGyver est un jeune chat noir choyé par ses maîtresses. Elles achètent généralement ses croquettes et friandises en ligne. Pour alléger la facture, elles filent parfois en France voisine faire le plein de nourriture en sacs de 10 kilos. « Nous lui préparons aussi souvent sa pâtée nous-mêmes, en mixant du foie de bœuf et du poulet, afin de lui donner un repas sain », témoigne Vanessa. Alors que le portefeuille des ménages subit la pression d’une inflation volatile depuis des mois, pas question de se serrer la ceinture lorsqu’il s’agit de Rocky, de Kira ou de Nala.
« Les dépenses pour les animaux domestiques restent structurellement soutenues par l’attachement émotionnel », souligne Arthur Jurus, responsable des investissements chez Oddo BHF Suisse. Selon une enquête américaine publiée au printemps, 76 % des « pet-parents » font état d’une hausse des coûts sur un an. « Mais les propriétaires continuent d’accorder explicitement la priorité à leur compagnon, au détriment d’autres catégories. »
La grande distribution l’a bien compris. « En Suisse, le panier moyen d’un ménage avec un animal est 53 % plus élevé que celui d’un foyer qui n’en a pas, soit une valeur ajoutée d’une importance capitale », illustre Géraldine Pagneux, CEO de Nestlé Purina PetCare Suisse. Le segment des chats s’avère particulièrement lucratif, avec une demande récurrente « à forte pénétration des aliments humides (les pâtées) et premium », complète Nezhla Mehmed, gestionnaire de portefeuille chez Allianz Global Investors.

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La Suisse est traditionnellement un pays de chats, plus de trois fois plus nombreux que les chiens. Une réalité qui se reflète dans les rayons à la Coop. « Parmi nos meilleures ventes figurent principalement des produits des marques reconnues, comme Felix ou Sheba pour les chats, ainsi que Pedigree pour les chiens », indique une porte-parole.

Pas davantage de consommateurs mais une clientèle captive

Solide, le marché des dépenses pour animaux accuse toutefois un léger coup de frein. « Après la forte croissance observée durant la pandémie, le commerce de détail est entré dans une phase de stabilisation, la population des petits compagnons ayant tendance à plafonner », explique un porte-parole de Migros, sans dévoiler de chiffres. Idem chez Coop, qui confirme des ventes « légèrement en recul » pour la même raison. Chez Digitec-­Galaxus, la progression reste d’actualité dans l’alimentation, mais perd en intensité : après un bond de 48 % entre 2024 et 2025, la croissance s’établit à 35 % depuis le début de 2026 par rapport à la même période un an plus tôt.
Ce phénomène, qualifié de « vent contraire » par Nezhla Mehmed, est perçu comme « une normalisation et non une rupture structurelle » pour Chris­toph Wirtz, responsable des actions chez Rothschild & Co. Ce tassement serait le contrecoup d’une demande anticipée, la pandémie ayant avancé de plusieurs années la vague d’adoptions.

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Résultat : les propriétaires ne sont pas plus nombreux, mais « toujours plus contraints », note Christoph Wirtz. Peu importe la volatilité des coûts, « détenir un animal représente un budget non négligeable sur de nombreuses années. Une somme souvent sous-­estimée dans l’euphorie du début », prévient Sandra Imsand, responsable enquête de la Fédération romande des consommateurs (FRC).

La « premiumisation » se poursuit à moindre prix

Les ménages sont donc vigilants quant à leurs dépenses « vu que la situation des prix reste assez tendue », confirme Migros. Ce contexte profite aux marques propres de l’enseigne. Mais les consommateurs ont surtout tendance à « adopter des comportements de valeur intelligente », explique Arthur Jurus. Ils recherchent des promotions, achètent en gros ou font comme Vanessa, qui concocte les pâtées de MacGyver elle-même. « Seuls 16% des propriétaires se tournent plus souvent vers des marques moins chères et 10% vers les marques de distributeurs », assure le stratège financier.
Pour ce dernier, « la premiumisation ne s’essouffle pas ; elle devient plus sélective, plus réfléchie ». Ce constat est partagé par Nezhla Mehmed : « Les données ne montrent pas d’inversement net de tendance à la premiumisation. Les aliments frais et surgelés continuent de progresser et même les distributeurs discounts s’y mettent, preuve que les consommateurs n’abandonnent pas le haut de gamme, mais le cherchent au meilleur prix. »

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Mimétisme des tendances humaines

Chez les deux distributeurs orange, outre la montée en gamme, la tendance est à l’humanisation des animaux. Dans les caddies, les friandises et snacks dopent les ventes, tant chez Coop que chez Migros, notamment les tubes de nourriture liquide. A l’image de nos propres régimes, les produits hyperprotéinés et pro-longévité cartonnent. Cette dernière tendance devrait se renforcer, car « la cohorte d’animaux adoptés pendant la pandémie deviendra senior d’ici à 2027-2028 », avertit Nezhla Mehmed. Digitec-Galaxus constate une hausse de l’offre en produits sans céréales ou adaptés à l’âge. Chez Coop, la demande grimpe pour les recettes végétariennes, sans additifs ou enrichies en minéraux.
Ces tendances sont à adopter avec prudence, car changer le menu d’un animal relève du casse-tête. « Une fois qu’ils consomment un produit, il peut être très difficile de changer leurs habitudes », rappelle Sandra Imsand de la FRC. Ainsi, du côté des siamois Phlox et Oats, le budget litière, nourriture premium et friandises s’élève à 250 francs mensuels, une somme stable sur les trois dernières années. « Nos chats sont de vrais petits bourgeois, surtout parce que l’un d’entre eux souffre d’allergies alimentaires. Son estomac sensible limite nos possibilités de changer de marque de croquettes », témoigne Courtney, leur propriétaire. La nutrition thérapeutique et scientifique « continue de surperformer », d’après Nezhla Mehmed, poussée par les recommandations vétérinaires et les comportements d’achats récurrents.

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Qu’en est-il des gadgets high-tech ? Si les bacs à litière autonettoyants, les chatières à puce et les distributeurs automatiques de nourriture figurent régulièrement au top des ventes de Digitec-­Galaxus, leur portée reste mesurée. Pour Christoph Wirtz, « qu’il s’agisse de litières connectées ou de traceurs GPS, ils ne dépassent pas le stade du marché de niche. Le contexte économique actuel n’est pas favorable à leur démocratisation. » Quand les budgets se resserrent, l’essentiel prime: le contenu de la gamelle mais aussi la santé.

Les frais de véto grimpent encore

C’est là que le bât blesse: l’inflation des frais vétérinaires se situe entre 5,7 et 6,5 %, « ce qui dépasse largement les indices généraux des prix à la consommation », selon Arthur Jurus. Or les propriétaires ont tendance à absorber ces hausses plutôt que de réduire les soins. « Alors qu’il était en bonne santé jusqu’ici, MacGyver a dû se rendre à quatre consultations cette année. Cela revient à chaque fois à 50 à 70 francs, un prix auquel s’ajoutent les médicaments et la prise de sang », témoigne Vanessa. Les factures se sont aussi envolées chez Courtney, dont les dépenses vétérinaires liées à ses siamois ont presque triplé en 2026. « Outre une facture de près de 1000 francs pour le détartrage de leurs dents, Oats s’est mis à boiter. Ce n’était rien, mais cela nous a coûté une radio. »

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L’augmentation des frais vétérinaires affecte les comportements. « Les consommateurs deviennent plus sélectifs et prudents sur les services de routine », constate Nezhla Mehmed. L’idée selon laquelle la santé animale serait totalement à l’abri des récessions est remise en question. « Le secteur n’est plus immunisé contre les cycles », assène Christoph Wirtz. Les propriétaires espacent leurs visites ou privilégient des traitements moins coûteux, par exemple. « En contrepartie, la dépense moyenne par visite prend l’ascenseur. Les animaux dont les soins ont été différés arrivent en consultation avec des pathologies plus avancées. »
Le creux de fréquentation devrait toutefois s’inverser à partir de 2027, quand les chiens et les chats adoptés pendant la pandémie fêteront leur 6e, 7e ou 8e anniversaire. Leur vieillissement entraînera une hausse des consultations pour traiter les maladies chroniques comme l’arthrose, l’obésité ou l’insuffisance rénale.
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

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