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«En Europe, le haut de gamme se développe deux à cinq fois plus vite que l’entrée de gamme»

Forte de 21 ans de carrière au sein de Purina PetCare Suisse, Géraldine Pagneux a pris la tête de la filiale de Nestlé en début d’année. Du panier moyen helvétique à l’essor des croquettes ultra-premium, la dirigeante analyse les tendances de l’un des segments les plus profitables du groupe de Vevey.

Sophie Marenne

Si Géraldine Pagneux a une petite préférence pour les chats, elle est heureuse que ses collègues puissent amener leurs chiens au bureau, à Vevey.
Si Géraldine Pagneux a une petite préférence pour les chats, elle est heureuse que ses collègues puissent amener leurs chiens au bureau, à Vevey.Nestlé

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Il n’y a pas un aboiement au siège de Purina PetCare Suisse à Vevey, tout au plus les quelques halètements d’un petit beagle et d’un corgi court sur pattes. Les 25 collaborateurs y amènent librement leurs compagnons. Directrice de l’unité depuis février, Géraldine Pagneux affiche plus de 21 ans d’activité au sein de la filiale dédiée à l’alimentation animale du mastodonte agroalimentaire Nestlé. Après avoir travaillé en Grande-Bretagne, en Belgique et en Nouvelle-Zélande, elle est revenue en Suisse pour y mener le développement de cette catégorie phare de Nestlé.
Le segment petcare a représenté plus de 28 % du chiffre d’affaires de Nestlé en 2025, contre 12 % en 2010. Les ventes mondiales de nourriture pour chiens devraient passer de 77 milliards de dollars en 2025 à 117,22 milliards d’ici à 2034, selon Fortune Business Insights. Votre contribution aux revenus du groupe est donc encore appelée à grandir ?
C’est clair. L’alimentation animale est l’un des piliers stratégiques de Nestlé. Le potentiel que ce segment a sous le pied est immense, porté par la hausse du nombre d’animaux dans les foyers, notamment depuis la pandémie, mais surtout par la premiumisation de la consommation. Les maîtres (ou parents, comme on les appelle souvent) veulent le meilleur pour leurs chiens et leurs chats.

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Quels sont vos best-sellers en Suisse ?
Les chats règnent dans le pays: ils représentent la moitié des 3 millions d’animaux domestiques, face à seulement 500 000 chiens. Leurs aliments humides (les pâtées) comptent pour un tiers de nos revenus en Suisse et affichent la croissance la plus forte, portée par des produits phares tels l’effiloché As Good As It Looks de Felix. Toujours chez les chats, les marques haut de gamme Purina One et Vital Balance, exclusive à la Migros, se portent bien aussi.
Les snacks, plus émotionnels, représentent notre deuxième segment avec 23 % de nos ventes en Suisse, portées par l’innovation des formats liquides (les tubes) comme Felix Deli Moments.
La dépense moyenne du client suisse pour nourrir son chat ou son chien est-elle plus élevée par rapport au reste de l’Europe ?
Le panier moyen reste similaire à celui des pays limitrophes. C’est la structure des canaux de distribution qui fait la singularité helvétique. Le commerce de détail (Migros, Coop) est prépondérant pour les chats, tandis que les enseignes spécialisées (Qualipet, Fressnapf) captent les propriétaires de chiens.
En ligne, les commandes se sont normalisées avec un panier moyen bien supérieur: environ 60 francs sur internet grâce aux grands formats, contre 45 francs en animalerie et 11 francs en grande surface. Au total, l’e-commerce représente 17 % de notre chiffre d’affaires suisse, avec une croissance à deux chiffres.

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«Pour leurs chiens et leurs chats, le panier moyen des Suisses reste similaire à celui des pays limitrophes.»

Une plateforme de vente propre n’est pas au programme ?
Non, ce n’est pas notre métier, quoiqu’on pourrait s’inspirer de la trajectoire de Nespresso. Notre stratégie est plutôt celle de la collaboration omnicanal avec tous les distributeurs.
Les services d’abonnement ou la livraison personnalisée à domicile font-ils aussi partie de cette équation en ligne ?
Tout à fait. C’est une tendance de fond. En Europe, 36 % des propriétaires sont intéressés par des abonnements et 77 % sont prêts à payer plus cher pour des produits personnalisés. Purina y répond via Tails.com, qui conçoit des recettes uniques sur questionnaire et les livre chez les clients. Son extension en Suisse demandera du temps et ne figure pas dans nos priorités immédiates, mais le potentiel est là.

«L’e-commerce représente 17% du chiffre d’affaires de Purina en Suisse.»

Entre 2022 et 2025, Purina a crû de 7,9 % grâce aux adoptions d’animaux post-pandémie. Ne risquez-vous pas la stagnation désormais ? Ceux qui voulaient un animal en ont eu un…
Le marché traverse une phase logique de normalisation, mais nous sommes loin de la stagnation. D’abord parce que le segment haut de gamme se développe 2,5 fois plus vite que l’entrée de gamme à l’échelle mondiale. Ensuite, parce que le réservoir de croissance reste immense: en Europe, près de 30 % des besoins caloriques des chiens et des chats échappent encore aux produits manufacturés, couverts par des restes de table ou des boîtes de thon qui ne sont pas optimaux en termes de nutrition pour nos compagnons.

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Où sont usinés vos produits pour le marché helvétique ?
La Suisse ne disposant pas de site de production direct, nous nous appuyons sur notre réseau d’usines en Europe. Un tiers de nos volumes proviennent des pays limitrophes: Allemagne, France et Italie.
Les derniers investissements majeurs de Nestlé PetCare ciblent l’Ohio (550 millions de dollars) ou le Brésil (470 millions). L’Europe est-elle délaissée ?
Non, la demande y reste très forte et continue de croître. Nous investissons pour y répondre, notamment dans nos trois hubs en Pologne, en Hongrie et au Royaume-Uni. Et nous avons dévoilé, fin juillet, la construction d’une future usine et centre logistique près de Mantoue, en Italie, pour plus de 500 millions de francs, ce qui portera le nombre de nos sites de production à 15 en Europe.
Comment protégez-vous vos marges face à la volatilité persistante des matières premières et du packaging ?
Le petfood n’échappe pas aux crises géopolitiques et climatiques. Face aux coûts qui ont pris l’ascenseur, tout comme dans l’alimentation humaine, notre priorité est de maîtriser au maximum la chaîne d’achat de nos ingrédients. C’est ainsi que l’on garantit le meilleur rapport qualité-prix pour nos distributeurs. Nos recettes évoluent d’ailleurs uniquement pour des raisons nutritionnelles, non pas pour s’ajuster aux prix des intrants.

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Vous avez évoqué la « premiumisation » de la catégorie. Quelle est la tendance qui draine le plus d’attention à cet égard ?
La popularité des produits hyper­protéinés est sans appel. Cela a trait à une humanisation croissante de l’animal de compagnie: il est nourri avec le même soin que les autres membres de la famille.
Nestlé a sa branche health science pour les compléments alimentaires et vitamines. Allez-vous mettre sur pied un Purina Health Science pour vos produits de santé ?
Ce pôle existe déjà à travers notre marque ultra-premium Pro Plan, que j’aime appeler la Ferrari de la croquette. Nous jouons sur les deux terrains: l’alimentation quotidienne et les régimes thérapeutiques sur prescription vétérinaire. C’est un marché extrêmement porteur, avec une croissance globale à deux chiffres sur le segment des vitamines et compléments.
Outre notre probiotique FortiFlora, nous avons lancé début 2026 Calming Care pour réduire le stress des chiens lors des visites chez le vétérinaire. Les études cliniques ont démontré une amélioration comportementale chez 90% des 24 chiens testés.
Nestlé détient une participation de près de 20 % dans IVC Evidensia, un réseau mondial de 2500 cliniques vétérinaires. Comment collaborez-vous avec ces établissements ?

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Le groupe détient effectivement une participation minoritaire dans IVC Evidensia, mais la gestion quotidienne de ces cliniques reste totalement indépendante. Le choix des aliments qui y sont prescrits appartient exclusivement à leur staff médical. Nous nous interdisons toute intrusivité.
En Suisse, ce réseau compte une quinzaine de cliniques avec lesquelles nous travaillons en bonne intelligence, mais ni plus ni moins qu’avec les autres cabinets du pays.
La production mondiale de petfood génère entre 56 et 151 millions de tonnes d’équivalent CO2, ce qui équivaut à l’empreinte de pays comme le Mozambique ou les Philippines. Comment intégrez-vous ce défi environnemental ?
Purina est pleinement alignée sur les engagements publics de Nestlé en matière de réduction des émissions, de recyclabilité des emballages et de régénération des écosystèmes.
A savoir que, en tant qu’entreprise, nous visons zéro émission d’ici à 2050 et les avons déjà diminuées de 24,5 % depuis 2018. Sur la recyclabilité, nous visons à ce que 100 % de nos emballages soient recyclables, réutilisables ou compostables, et avons déjà atteint le seuil de 90 %. Et en matière de régénération, 29 % des céréales et des protéines végétales que Purina Europe emploie proviennent de fermes mettant en œuvre des pratiques d’agriculture régénératrice, ce qui dépasse largement notre objectif de 20 % fixé pour 2025.

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Pour le consommateur, la durabilité devient un prérequis: si elle est absente, le client ne choisit pas ce produit.
Qui est votre ambassadeur de marque le plus célèbre en Suisse ?
Au printemps dernier, nous avons reçu un appel de la joueuse de tennis Belinda Bencic. Elle avait vu nos collaborations européennes avec l’ATP et nous a contactés, car elle rêvait de faire de même depuis longtemps! Nous avons d’abord cru à un canular (rires), mais c’était véridique: la Saint-Galloise, âgée de 29 ans, est une vraie amoureuse des animaux !
Belinda Bencic
Belinda Bencic
Pour chaque ace servi par la tenniswoman ­Belinda Bencic, Purina Suisse reverse 1000 repas à la Fondation pour chiens guides d’aveugles.Nestlé
Pour chaque ace servi par la tenniswoman ­Belinda Bencic, Purina Suisse reverse 1000 repas à la Fondation pour chiens guides d’aveugles.Nestlé
Nous avons signé en mars. Au-delà de l’image, ce partenariat implique que, à chaque ace qu’elle inscrit sur le circuit, Purina donne 1000 repas à la Fondation suisse pour chiens guides d’aveugles, que nous soutenons depuis plus de vingt ans, et dont elle est la marraine.
A propos des auteurs
Sophie Marenne
Sophie Marenne
Après des débuts en radio et un focus sur les droits humains, Sophie Marenne a pivoté vers l’actu économique par une expérience en presse luxembourgeoise. En Suisse, elle décrypte les tendances technologiques, l'information financière et les parcours d'entrepreneur·e·s, d’abord pour L’Agefi et maintenant pour Ringier, toujours à l'affût des histoires inattendues qui façonnent le monde des affaires.

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