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Le dossier du mois

La course pour bâtir la prochaine station spatiale

D’ici à 2032 au plus tard, la Station spatiale internationale (ISS) sera désorbitée. Plusieurs entreprises privées sont en concurrence pour la remplacer. Parmi elles, la start-up Vast Space, qui mène la course en tête. Reportage.

Weisses Viereck

Mis en orbite l’an prochain, si tout se passe comme prévu, Haven-1 doit ouvrir la voie à Haven-2. Cette station modulaire vise 125 m3 habitables d’ici à 2032.
Mis en orbite l’an prochain, si tout se passe comme prévu, Haven-1 doit ouvrir la voie à Haven-2. Cette station modulaire vise 125 m3 habitables d’ici à 2032.Vast

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Il a fait fortune dans les cryptomonnaies en créant le Ripple. Moins connu qu’Elon Musk, Jed McCaleb partage sa vision: «Vast est née d’une ambition à très long terme, aime-t-il répéter, de voir un jour des milliards d’êtres humains vivre et prospérer dans l’espace.» L’entrepreneur, qui met son argent là où se trouvent ses rêves, a déjà investi plus de 1 milliard de dollars de sa fortune personnelle pour construire la station spatiale appelée à remplacer la Station spatiale internationale (ISS). Un pari pour le moins risqué. Nous avons visité cette entreprise hors norme, située au sud de Los Angeles, en plein quartier de «Space Beach».

«Vast est née d’une ambition de voir des milliards d’êtres humains vivre et prospérer dans l’espace.»

Jed McCaleb, fondateur de Vast Space

Quatorze tonnes

Dans une immense halle de montage qui n’existait pas il y a deux ans à peine, ingénieurs et techniciens s’activent pour achever Haven-1, 10 mètres de hauteur, un poids de 14 tonnes. L’équivalent de deux bus urbains. Mis en orbite l’an prochain, si tout se déroule comme prévu, ce premier module accueillera quatre astronautes, dont le Français Arnaud Prost. Objectif de cette première mission commerciale: convaincre la NASA de la capacité de la start-up à ajouter trois autres modules (Haven-2) et à atteindre les 125 m3 habitables requis d’ici à 2032.
Hillary Coe, responsable du marketing et du design chez Vast, nous explique comment l’entreprise a verticalisé le développement, la fabrication et les tests de Haven-1. Exemple: ce bouclier composé d’aluminium, de Nextel et de kevlar destiné à protéger le module des débris spatiaux. Plus d’agilité et d’indépendance vis-à-vis des sous-traitants, une diminution des coûts par un facteur dix, telle est la stratégie de cette entreprise si typique du New Space.

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Swiss space tech

Evénement phare de la diplomatie scientifique suisse, la Swiss-Korean Innovation Week 2026 de Séoul a eu la space tech pour thème. Innovaud y a fait la promotion de l’écosystème spatial helvétique.

«2001: l’Odyssée de l’espace»

Passée par Apple, Google et SpaceX, Hillary Coe incarne la nouvelle génération des professionnels de l’espace issus de la tech. Cette quadragénaire a suivi la formation des candidats astronautes, possède une licence de pilote et rêve d’être envoyée dans l’espace. Mais, pour l’heure, sa mission consiste à rendre Haven-1 et ses 45 m3 habitables, ergonomiques et confortables. Elle a d’ailleurs aussi collaboré avec IWC Schaffhausen pour le développement d’une montre conçue pour les astronautes et qui a fait sensation au dernier salon Watches & Wonders de Genève.
L’intérieur de Haven-1 évoque l’esthétique futuriste du film 2001: l’odyssée de l’espace… ou un Apple Store orbital. Les espaces de couchage privatifs sont équipés d’un système de boudins qui maintiennent les astronautes attachés à leur lit – qualité du sommeil garantie, même en apesanteur. Les parois de la capsule sont partiellement recouvertes de bois.«L’espace n’est pas seulement une affaire d’ingénierie, explique Hillary Coe, mais aussi de design centré sur l’humain.» Une vision partagée par son concurrent Axiom Space, l’une des quatre entreprises privées qui s’affrontent pour bâtir la prochaine station spatiale. L’entreprise texane, elle, a collaboré avec Philippe Starck pour imaginer l’intérieur de sa capsule.

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Plus de mille collaborateurs

Créée en 2021, Vast Space compte déjà plus de 1000 collaborateurs recrutés à la NASA et chez les acteurs les plus dynamiques du New Space. Il s’agit de rattraper en un temps record les expériences opérationnelles accumulées par ses concurrents: Blue Origin, lancée par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon; Starlab, une joint-venture entre Voyager et Airbus, notamment. Et Axiom Space, qui a assuré plusieurs vols habités vers l’ISS.
Les quatre concurrents se positionnent en quelque sorte comme des agences immobilières de l’espace. Ils comptent louer leurs infrastructures à d’autres entreprises pour le développement et la production de nouveaux médicaments ou de semi-conducteurs, par exemple. Des revenus, encore hypothétiques, censés amortir les investissements considérables consentis jusqu’ici. Ces plateformes serviront aussi de relais vers la Lune et Mars. Les plus optimistes sont convaincus qu’il y aura de la place pour deux, voire trois stations spatiales commerciales. Les Chinois, eux, ont déjà lancé la leur, baptisée Tiangong («Palais céleste»), en 2021.
Le calendrier de Vast Space paraît presque fou. Ce qui ne l’a pas empêchée de réussir un nouveau tour de financement de 500 millions de dollars en mars dernier. Et d’annoncer, dans la foulée, qu’elle se lançait en parallèle au projet Haven dans la production de satellites. Une manière de diversifier ses risques et d’utiliser son impressionnante capacité industrielle. Avec l’entrée en bourse de l’ovni d’Elon Musk, la fièvre est encore montée d’un cran chez Vast et ses voisins de «Space Beach».

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