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Le dossier du mois

Un décollage historique

Souveraineté numérique et souveraineté spatiale vont désormais de pair. L’entrée en bourse de SpaceX souligne le potentiel de l’économie orbitale. Et sa militarisation.

Weisses Viereck

Les marchés du spatial auront triplé de valeur entre 2024 et 2035, passant de 596 à 1800 milliards de dollars, selon McKinsey et le World Economic Forum.
Les marchés du spatial auront triplé de valeur entre 2024 et 2035, passant de 596 à 1800 milliards de dollars, selon McKinsey et le World Economic Forum.Ricardo Moreira

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«Il est en général audacieux de parier contre Elon Musk», souligne le professeur Thomas Zurbuchen, ancien directeur scientifique de la NASA et directeur d’ETH Zurich Space. Peut-être la conquête de Mars n’est-elle pas pour demain, mais pour après-demain. Sans doute la nouvelle ruée vers l’espace n’ira-t-elle pas sans turbulences. En réussissant une entrée en bourse historique, le fondateur de SpaceX redéfinit toutefois l’économie spatiale et ses usages militaires.
Le terme New Space recouvre trois changements amorcés outre-Atlantique: le retrait progressif des Etats, qui sous-traitent désormais la construction de fusées et de satellites à des entreprises privées; la chute des coûts d’accès à l’espace grâce à l’innovation; et donc sa démocratisation. Elon Musk a demandé, et obtenu, le feu vert des autorités américaines pour mettre en orbite un million de centres de données et répondre ainsi aux besoins énergétiques exponentiels de l’intelligence artificielle. Avec sa mégafusée Starship, on passe de la science-fiction à une industrialisation massive de l’espace. Le développement de l’IA et le spatial sont désormais liés de manière systémique.
Quatre entreprises privées sont aujourd’hui en concurrence pour remplacer la Station spatiale internationale (ISS) à l’horizon 2032. Elles prétendent réaliser le gros œuvre pour environ 2 milliards de dollars, un cinquantième de la somme investie dans l’ISS. La construction et l’exploitation d’infrastructures spatiales recouvrent des enjeux géopolitiques majeurs. Un nouveau continent industriel est en train d’émerger.

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La conquête de l’espace est devenue un thème géostratégique central. La Chine a inauguré sa propre station spatiale et vise un alunissage habité d’ici à 2030. Un nombre croissant de pays et d’entreprises se positionnent également en aval de cette économie orbitale, par exemple les Emirats arabes unis. Parmi les applications les plus prometteuses: le développement et la production de nouveaux médicaments en microgravité. A plus long terme, notre avenir énergétique pourrait passer lui aussi par des centrales solaires en orbite et une industrie «minière» se développer ailleurs que sur la Terre. Quel rôle la Suisse peut-elle jouer dans cette nouvelle ruée vers l’espace?
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