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Leurs drones s’infiltrent dans des lieux trop dangereux pour les humains: Adrien Briod (à d.) et Patrick Thévoz. © Dan Cermak

Flyability: un globe qui décolle

Rang 1/ Les sphères volantes de Flyability sont passées de phénomène YouTube au statut de leader mondial du marché des drones. Une véritable success-story.

A la gare de Lausanne, le chauffeur de taxi se montre catégorique: l’adresse indiquée est celle du siège de Nespresso. Une fois arrivé sur les lieux, le malentendu se dissipe. L’immeuble de bureaux situé sur la route du Lac de Paudex a bien été construit pour la filiale de Nestlé. Mais depuis février dernier, c’est Flyability, le spin-off de l’EPFL, qui y est installé.

Le rez-de-chaussée est en cours de transformation. L’assemblage final et le contrôle de qualité des drones de voltige se déroulent derrière les portes verrouillées du premier étage. Les ventes et le marketing ont pris place un étage au-dessus. «Les gens travaillent ici mais aussi beaucoup dans l’avion», explique le CEO, Patrick Thévoz. Pour une raison simple. Les principaux marchés de Flyability sont les Etats-Unis et le Canada. Les deux pays représentent plus de la moitié du chiffre d’affaires de la société. Notamment parce que les Etats-Unis comptent 59 centrales nucléaires munies au total d’une centaine de blocs réacteurs. Environ la moitié des sites sont régulièrement inspectés par des drones Flyability.

A première vue, cette clientèle issue de l’énergie atomique peut surprendre. Mais c’est tout à fait logique, car pour Flyability, tout a commencé avec Fukushima. Après l’accident du 11 mars 2011, Adrien Briod, jeune ingénieur au Laboratory of Intelligent Systems (LIS) de l’EPFL, s’est demandé s’il était vraiment nécessaire d’envoyer des êtres humains examiner les piles nucléaires contaminées afin de déterminer quels dommages la fusion du cœur avait causés. Actuel directeur technique de Flyability, le jeune homme est persuadé qu’il doit y avoir un autre moyen. «Ce qu’Adrien avait en tête, c’était un drone résistant aux collisions, capable de se déplacer même sur des terrains extrêmement confus», explique Patrick Thévoz.

Raz-de-marée depuis Lausanne
Le 30 octobre 2013, Adrien Briod publie une vidéo sur YouTube qui montre un nouveau drone de forme sphérique en action. L’engin vole à travers la charpente d’un toit et une forêt. Les images du robot flottant dans les sous-bois comme une bulle de savon créent un raz-de-marée. Le clip de deux minutes atteint rapidement des centaines de milliers de vues. Lausanne est soudain sollicitée par le monde entier. Une grande part des messages reçus relevait de la plus grande fantaisie. Un expéditeur, par exemple, souhaitait explorer les grottes sur Mars avec le nouveau drone. Reste qu’une missive, émanant d’un exploitant autoroutier japonais, était tout à fait sérieuse. Son auteur cherchait des moyens de simplifier l’inspection des ponts.

L’affaire est lancée. Adrien Briod et Patrick Thévoz assemblent les premiers robots volants et les expédient au Japon. Les deux ingénieurs fondent la société en septembre 2014, avant les envois. «Sinon, nous n’aurions rien pu facturer du tout», se souvient Patrick Thévoz. Flyability emploie actuellement 80 personnes. A ce jour, 350 clients satisfaits ont commandé 600 drones à un prix unitaire d’environ 25 000 francs. Le modèle d’affaires des premiers jours est toujours en vigueur. Flyability conçoit le drone, intègre les capteurs, soit différentes caméras, capteurs d’accélération, stabilisateurs gyroscopiques et télémètres. Suit l’écriture du logiciel de contrôle. Puis le tout est installé dans une grille sphérique en fibre de carbone.

Ce que nous avons vécu ces dernières années est incroyable.

Jusqu’ici, les fondateurs n’ont pas rencontré de réels écueils. Ils ont mis cinq ans à développer la deuxième génération de drones lancée en mai dernier. Elios 2 – le nom de la nouvelle plateforme – est une version entièrement remaniée de la première. La qualité des données enregistrées a été améliorée, tandis que le guidage par l’utilisateur est fondamentalement nouveau.

«La navigation d’Elios était relativement exigeante. La formation des pilotes a coûté beaucoup de temps et d’argent aux utilisateurs. Pour de nombreux clients potentiels, il restait plus facile et meilleur marché d’envoyer des employés grimper sur des échelles dans les bâtiments», admet Patrick Thévoz. Le guidage de l’appareil Elios 2 s’avère beaucoup plus facile et intuitif. «Avant, nous avions un BlackBerry, maintenant nous avons un iPhone», sourit le CEO de Flyability. Il ajoute: «Cette amélioration va nous ouvrir les portes du marché de masse.»

Les prérequis pour faire bondir les ventes sont déjà là. Les Vaudois ont pris pied sur les marchés cibles les plus importants, c’est-à-dire la production d’énergie nucléaire et fossile, la chimie et l’exploitation à ciel ouvert. Parallèlement, le développement des marchés en Asie porte ses fruits. «A moyen terme, la Chine pourrait devenir notre marché le plus important», commente Patrick Thévoz.
Sur le plan financier, l’expansion est assurée par quelque 15 millions de francs levés en capital-risque. Swisscom, un fonds français de développement durable et la branche d’investissement du groupe chimique américain Dow Chemical figurent parmi les investisseurs.

Grand gagnant à Dubaï

Depuis la salle de réunion qui donne sur le lac Léman, la vue s’étend jusqu’à la côte française. Sur le rebord de la fenêtre sont accumulés tous les prix que Patrick Thévoz et Adrien Briod ont déjà gagnés. Il y a là le trophée Drones for Good Award remis par les Emirats arabes unis en 2015. Flyability s’est imposé face à 1000 concurrents à Dubaï et a reçu en récompense 1 million de francs suisses.

Adrien Briod et Patrick Thévoz. © Dan Cermak

«Ce que nous avons vécu ces dernières années est incroyable», déclare le patron de Flyability. Au début, celui-ci faisait le ménage lui-même. Puis il s’est concentré sur les ventes et maintenant, il doit faire face à une croissance fulgurante. Actuellement, le plus grand défi est de recruter les bonnes personnes pour la vente et la distribution. Le bassin de l’Arc lémanique n’y suffira pas. Les personnes hautement qualifiées ne manquent pas dans les grandes entreprises. Mais encore faut-il que ces professionnels puissent s’adapter à la culture et aux méthodes propres aux start-up.

Patrick Thévoz, 33 ans, est donc mobilisé sur deux fronts. Il lui faut à la fois sensibiliser les employés des débuts aux changements nécessaires et dénicher à l’extérieur des candidats susceptibles de se plaire dans une société en démarrage. En retour, il offre aux managers qui apprécient les hiérarchies horizontales la chance de rejoindre un projet passionnant et ambitieux.

Nespresso a bien réussi à changer les habitudes de consommation globales depuis Paudex. Dans des millions de foyers et de bureaux, la capsule de café fait désormais partie de la vie quotidienne. De la même manière, Flyability semble promis à un destin de la même ampleur. «Dans cinq ans, la nouvelle norme mondiale dans le domaine des inspections industrielles doit s’appeler Flyability», déclare Patrick Thévoz.


4 questions à Patrick Thévoz

  • Quel a été votre premier emploi rémunéré?
    Professeur de mathématiques.
  • Que faites-vous pour le climat?
    Des inspections plus fréquentes avec nos drones peuvent aider les centrales électriques à réduire leurs émissions.
  • Comment entretenez-vous votre forme physique?
    Je pratique la randonnée à ski, la randonnée pédestre et la voile.
  • Quel luxe vous accordez-vous?
    Je travaille avec une vue magnifique sur les montagnes et à seulement deux minutes du lac.

Flyability, Paudex VD

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