La Chine est-elle déjà en train de gagner la bataille?
Le géant asiatique domine la robotique par les volumes, les coûts et la vitesse d’industrialisation. Mais dans les composants de précision et surtout l’IA de pointe, l’Europe et les Etats-Unis conservent encore de sérieux atouts.
La Chine n’est plus seulement le plus grand marché mondial de la robotique: elle est devenue l’un de ses principaux producteurs. Toutefois, selon Christian Jansen, Partner chez McKinsey & Company, parler d’une course dans laquelle un seul pays serait en tête est trompeur. Les trois grands pôles suivent en réalité des stratégies différentes: la Chine mise sur les volumes et les coûts, les Etats-Unis sur l’intégration verticale et l’IA propriétaire, tandis que l’Europe conserve une longueur d’avance dans certains composants de haute précision.
L’avantage chinois tient d’abord à la puissance de son écosystème industriel. «L’avantage de la Chine est particulièrement fort en matière d’échelle, de coûts et de vitesse d’industrialisation, soutenus par une chaîne d’approvisionnement en composants exceptionnellement profonde», explique Christian Jansen.
Cette force ne repose pas uniquement sur les robots eux-mêmes. La Chine peut s’appuyer sur deux industries déjà extrêmement développées: le véhicule électrique et l’électronique grand public. Moteurs, batteries, capteurs, composants électroniques ou encore systèmes de puissance peuvent ainsi être réutilisés et adaptés à la robotique.
La concentration géographique joue également un rôle. Dans plusieurs pôles industriels chinois, les fabricants peuvent trouver à faible distance les moteurs, engrenages, circuits imprimés, capteurs ou batteries nécessaires à leurs prototypes. Résultat: les cycles de développement sont raccourcis. «Lorsqu’un concepteur peut récupérer un boîtier, un engrenage ou un moteur modifié sur son banc d’essai en quelques jours plutôt qu’en quelques mois, davantage de générations de conception peuvent être réalisées en une année.»
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Le virage est déjà là
Cette puissance commence à se traduire dans les parts de marché. Selon McKinsey, les fabricants chinois représentaient 57% des installations de robots industriels dans leur propre pays en 2024, contre environ 28% dix ans auparavant. La bascule est donc déjà réalisée sur le marché domestique. «La Chine n’est plus principalement un marché pour les technologies robotiques étrangères; elle est devenue un producteur de premier plan à part entière», résume Christian Jansen.
Le phénomène est encore plus spectaculaire dans l’humanoïde. L’écosystème chinois multiplie les modèles et bénéficie d’une politique industrielle qui cherche à accélérer la production de composants, les expérimentations et les déploiements. La logique rappelle celle qui a permis à la Chine de s’imposer dans le véhicule électrique: faire émerger rapidement une multitude d’acteurs, tester les technologies et réduire progressivement les coûts.
L’Europe n’a pas dit son dernier mot
Pour autant, l’équation est loin d’être définitivement tranchée. La Chine conserve des faiblesses dans plusieurs domaines essentiels à la prochaine génération de robots: précision des mouvements, capteurs, électronique de sécurité et, surtout, IA de pointe.
C’est ici que la Suisse et l’Europe possèdent encore une carte à jouer. Pour les entreprises helvétiques, l’enjeu est donc moins de tenter de rivaliser avec la Chine sur les volumes que de se positionner sur les briques technologiques à forte valeur ajoutée. Christian Jansen identifie trois pistes: miser sur la précision et l’ingénierie, intégrer la sécurité directement dans les produits et, surtout, vendre davantage de sous-systèmes complets plutôt que de simples composants.
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Car la prochain défi ne se jouera peut-être plus seulement autour du robot lui-même. «La robotique est en train d’être revalorisée comme une activité de physical AI plutôt que comme une activité de machines», observe-t-il. La Chine dispose déjà de la puissance industrielle nécessaire pour produire vite et à grande échelle. Reste à savoir si elle saura transformer cet avantage matériel en supériorité dans l’intelligence des machines. C’est probablement là que se jouera la véritable bataille.
Un robot qui vous soutient émotionnellement
Au Davos Tech Summit, la société DroidUp, basée à Shanghai, a présenté Moya, un robot humanoïde qui illustre une autre facette de l’ambition chinoise: ne pas seulement faire travailler les robots, mais leur apprendre à interagir avec les humains. L’entreprise a développé son propre modèle d’IA, conçu pour «l’accompagnement émotionnel». Lors d’une démonstration dans un EMS, Moya a montré sa capacité à interpréter les paroles de son interlocuteur, à analyser certains signaux émotionnels et à adapter ses réponses. DroidUp vise notamment les personnes âgées confrontées à la solitude. Recouverte d’une peau en silicone, Moya est présentée comme capable de repérer certains signaux potentiellement préoccupants pour la santé. Une coloration jugée anormalement jaunâtre de la peau pourrait par exemple l’inciter à recommander une consultation médicale ou à suggérer de boire davantage. Des capacités qui illustrent la direction prise par ces nouveaux robots: combiner perception, IA et interaction physique.
La révolution des robots intelligents est en marche: le dossier
William Türler s’intéresse à tout ce qui façonne le monde des affaires. Après avoir collaboré avec plusieurs médias romands, il écrit aujourd’hui pour PME, où il couvre la tech, l’innovation et les grandes tendances économiques. Il aime raconter les histoires derrière les projets et les idées.
William Türler s’intéresse à tout ce qui façonne le monde des affaires. Après avoir collaboré avec plusieurs médias romands, il écrit aujourd’hui pour PME, où il couvre la tech, l’innovation et les grandes tendances économiques. Il aime raconter les histoires derrière les projets et les idées.