Patrick Amstutz, 45 ans
Cofondateur et CEO Molecular Partners, Schlieren ZH

La société de biotechnologie Molecular Partners représente l’un des grands espoirs de la lutte contre le coronavirus. La start-up de Schlieren, près de Zurich, développe un médicament basé sur une thérapie appelée DARPIns. Les DARPIns sont des protéines artificielles qui peuvent reconnaître et lier des antigènes. Elles fonctionnent essentiellement comme des anticorps et sont conçues pour attaquer des parties spécifiques de la protéine virale, cruciales pour que le virus pénètre dans la cellule humaine. Le médicament est principalement destiné aux personnes déjà infectées par le coronavirus, mais pourrait également être administré à titre prophylactique.

Patrick Amstutz, qui a obtenu son master à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et son doctorat en biologie moléculaire à l’Université de Zurich, est le cofondateur de Molecular Partners. Il occupe également le poste de CEO depuis novembre 2016. La société, spin-off de l’EPFZ, a été fondée en 2004, et est cotée en bourse depuis 2014.

Pour obtenir un accès prioritaire au médicament, le gouvernement suisse a signé en août un contrat réservant 3,2 millions de doses. Le prix exact n’a pas été révélé. On sait seulement qu’une somme importante, plusieurs millions de francs, a été payée. La question est maintenant de savoir combien de millions seront ajoutés à la livraison effective du produit.

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Fin octobre, un accord a également été signé avec le géant pharmaceutique Novartis, qui va principalement aider Molecular Partners dans la production et le marketing du médicament. Cela a permis d’apporter 60 millions supplémentaires dans les caisses de la jeune entreprise, argent qui l’aidera à financer les essais cliniques coûteux, que chaque médicament doit passer avec succès avant d’être approuvé.

Car il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, de nombreuses molécules échouant dans la phase finale des tests. Cependant, des résultats prometteurs ont déjà été obtenus dans le cadre d’expériences sur les animaux: tous les hamsters infectés par le coronavirus se sont rétablis après l’administration du médicament et ont survécu, tandis que 83% des animaux ayant reçu un placebo ont dû être euthanasiés à cause de la maladie.


Martine Clozel, 65 ans
Cheffe de la recherche Idorsia, Allschwil BL

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Le portefeuille de produits de Martine Clozel comprend cinq traitements en phase III.
© Stephane LAGOUTTE/Challenges-REA

Lorsque Actelion a été rachetée par Johnson & Johnson en 2017, ses fondateurs, le couple de médecins Martine et Jean-Paul Clozel, ont conservé un laboratoire de recherche et un pipeline de produits en développement, qui ont servi de base à la fondation de leur deuxième entreprise de biotechnologie: Idorsia. Avec des rôles clairement répartis. Jean-Paul Clozel s’active à l’extérieur, gère les affaires opérationnelles de la société et s’occupe des actionnaires, par exemple en organisant la récente augmentation de capital d’environ 535 millions de francs suisses.

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Martine Clozel, pour sa part, travaille en arrière-plan et dirige le département de recherche. Ou, pour reprendre les mots de l’ancien ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann: «Elle, c’est la bricoleuse, la conscience scientifique de l’entreprise. Lui, il amène les découvertes de son épouse sur le marché.» Avec comme résultat un couple d’entrepreneurs et une histoire extraordinaires.

Le portefeuille de produits en essais cliniques d’Idorsia comprend un total de 12 composés pour le traitement des maladies neurologiques, cardiovasculaires et immunologiques ainsi que de certaines maladies rares. Dont cinq en phase III, l’étape où est déterminée l’efficacité réelle des molécules sur les patients, qui conduit à une demande d’autorisation de mise sur le marché. Parmi ces cinq principes actifs, le Lucerastat pour le traitement des patients atteints de la maladie de Fabry, un trouble métabolique congénital rare, et le somnifère Daridorexant, pour lequel Idorsia prévoit de demander l’autorisation de commercialisation pour le marché américain avant la fin de l’année. Si tout se passe comme prévu, le somnifère devrait être en pharmacie au cours du premier semestre 2022.

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Pour l’instant, Idorsia n’a pas encore lancé un seul produit, et l’entreprise, qui compte environ 750 employés, est dans le rouge. L’année dernière, la société a terminé avec des pertes de près de 500 millions de francs, et cette année devrait être similaire. «La recherche pharmaceutique est toujours risquée», explique Martine Clozel, qui a d’abord travaillé comme pédiatre et spécialiste des naissances prématurées avant de se lancer dans la recherche. «Vous entrez en territoire inconnu, et il faut dix, quinze, parfois vingt ans pour obtenir les premiers résultats.»

Peut-être un peu moins dans le cas présent, car, même si l’entreprise est née il y a moins de quatre ans, ce n’est pas une véritable start-up. En effet, grâce à l’aventure Actelion, dont elle est issue, Idorsia peut s’appuyer sur vingt ans d’expérience dans la recherche.

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Severin Schwan, 53 ans
CEO Roche, Bâle

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Roche est bien placée dans la course aux tests de dépistage du coronavirus.
© Bloomberg

Depuis la crise du coronavirus, les grandes entreprises pharmaceutiques et leurs patrons ont été particulièrement mis sous pression. C’est que l’on attend des laboratoires de recherche de ces grands groupes qu’ils trouvent un moyen de nous sortir de la pandémie et des restrictions qu’elle entraîne. Bien que Roche ne participe pas à la course au vaccin, la société bâloise a été l’une des premières à proposer des tests de dépistage de masse du coronavirus. Il est apparu rapidement que Roche, avec ses deux piliers que sont les divisions pharmaceutique et diagnostique, était bien placée dans la course aux tests.

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Paradoxalement, cependant, malgré les ventes de millions de ces tests au cours du premier semestre, Roche a dû essuyer quelques vents contraires. Rien qu’en mai, les ventes du groupe ont chuté de 15%. La raison? A part les personnes atteintes par le virus, pratiquement aucun autre patient n’a été traité dans les hôpitaux. Il faut savoir que Roche, qui est très fort dans le domaine des médicaments contre le cancer, vend une bonne partie de ses produits non pas en pharmacie mais dans les hôpitaux. Néanmoins, les ventes se sont nettement redressées depuis cet automne et cette tendance devrait se poursuivre au quatrième trimestre.

Même en ces temps de turbulences, Severin Schwan est resté calme, comme à son habitude. Le CEO d’origine autrichienne est considéré comme un directeur plutôt posé et prudent. Il est patron de Roche depuis 2008, ce qui fait de lui l’un des plus anciens dirigeants d’une grande entreprise suisse. Il domine aussi ses pairs par son salaire: 15,1 millions de francs pour 2019. Depuis 2014, Severin Schwan est également membre du conseil d’administration de Credit Suisse, et depuis 2017, il en est même vice-président et Lead Independent Director. Il a donc été un peu le faiseur de roi de cette assemblée dans la recherche d’un nouveau président.

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Dans sa vie privée, Severin Schwan reste discret, et il ne se distingue pas par ses extravagances. Il est père de trois enfants, vit à Riehen, près de Bâle, et aime se rendre au travail à vélo électrique. Il a également obtenu un passeport suisse. Après tout, depuis des années, ses centres d’intérêt et ceux de sa famille se trouvent ici. «Nous sommes impliqués dans la vie sociale en Suisse et c’est important que l’on puisse y participer aussi en allant voter.»


Gilles Andrier, 59 ans
CEO Givaudan, Vernier GE

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Gilles Andrier est parvenu à compenser les pertes dues au coronavirus dans la parfumerie.
© Sebastien Agnetti
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Il est l’un des plus anciens CEO de Suisse toujours en poste et il ne donne aucun signe de fatigue. Malgré la crise du coronavirus, les ventes de Givaudan, le plus grand producteur mondial de parfums et d’arômes, ont continué d’augmenter au cours des trois premiers trimestres de l’année en cours. Pourtant, les conditions de marché ont été difficiles. D’importants clients, notamment dans la parfumerie, ont été durement touchés par la réduction du trafic aérien. La perte a été compensée par une croissance dans les autres secteurs, car les arômes et les parfums de Givaudan sont également utilisés pour des produits d’usage courant, comme le savon pour les mains. «Je suis extrêmement fier de toute notre organisation», assure Gilles Andrier.

Né en France, il connaît le moindre recoin de l’entreprise, dans laquelle il travaille depuis vingt-sept ans. Il a été nommé CEO en 2005 et a depuis guidé le groupe sur le chemin de la croissance. Même en cette année de crise, cela s’est traduit par une forte hausse du prix des actions. Gilles Andrier a fait ses études à l’ENSEEIHT de Toulouse, où il a obtenu son master en ingénierie.

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Vincent Forster, 36 ans
CEO Versantis, Zurich

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Le médicament développé par Vincent Forster absorbe les composés nocifs responsables des maladies du foie.
© DR

Les maladies du foie sont en augmentation dans le monde entier, et il n’y a pas que les alcooliques qui souffrent de dommages chroniques. En effet, le mode de vie moderne, qui pour de plus en plus de personnes va de pair avec peu d’exercice et une alimentation riche en calories, n’est pas exactement sain pour cet organe. Versantis, une start-up biotech fondée en 2015 par Vincent Forster et deux partenaires, spin-off de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), développe des médicaments qui éliminent les toxines du sang.

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«Notre médicament VS-01 ne libère aucun principe actif, mais absorbe et élimine les composés nocifs dans l’organisme», explique Vincent Forster. Le médicament remplace donc partiellement la fonction de l’organe de détoxification malade. Il est déjà testé sur des patients pour en vérifier la sécurité et la tolérabilité. La jeune entreprise a également été bien accueillie par les investisseurs, qui ont déboursé plus de 20 millions de francs dans plusieurs tours de financement, de l’argent qui permettra d’intensifier la recherche. Vincent Forster a étudié la biomédecine à Lausanne et à San Diego et a obtenu son doctorat en pharmacie à l’EPFZ.


Erik Fyrwald, 61 ans
CEO Syngenta, Bâle

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Erik Fyrwald prévoit une nouvelle introduction en bourse d’ici à 2022.
© Thomas Meier
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Depuis cet été, Erik Fyrwald dirige une entreprise qui a presque doublé de taille, puisque le propriétaire chinois a fusionné l’entreprise agrochimique suisse avec la société israélienne Adama et les activités agricoles de la société chinoise SinoChem pour former le nouveau groupe Syngenta. En 2017, ChemChina avait avalé Syngenta, jusqu’alors cotée à la bourse suisse, pour 43 milliards de dollars.

Erik Fyrwald, dont les parents sont originaires de Norvège, est né aux Etats-Unis, où il a également commencé sa carrière, en travaillant notamment pour le géant de la chimie Du Pont. Il est CEO de Syngenta depuis 2016 et a été un des artisans du transfert de pouvoir aux Chinois. Grâce à son expérience internationale et à son approche pragmatique, il a pu jouer un rôle de médiateur entre les deux parties dès le début du rapprochement. En 2017, ChemChina avait annoncé une nouvelle introduction en bourse de Syngenta dans les cinq ans. Ce qui devrait donc arriver au plus tard en 2022. Ces plans semblent toujours d’actualité. «Nous pensons que nous sommes sur la bonne voie pour y parvenir», a assuré Erik Fyrwald en août.

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Hariolf Kottmann, 65 ans
Président du CA, CEO ad interim Clariant, Muttenz BL

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Hariolf Kottmann a annoncé la suppression de 1000 emplois.
© DR

L’Allemand Hariolf Kottmann est depuis des années l’homme fort du groupe chimique Clariant, basé à Bâle. Pendant exactement dix ans, il en a été le grand patron, avant d’être nommé, en 2018, à la présidence du conseil d’administration. Et lorsque son remplaçant au poste de CEO, Ernesto Occhiello, a quitté le navire de manière inattendue en juillet 2019, après seulement neuf mois de mandat, Hariolf Kottmann a repris la barre, mais en indiquant clairement que ce n’était que temporaire, «pas plus de vingt-quatre mois».

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Clariant est au milieu d’un processus de restructuration qui implique la vente d’environ un tiers de ses activités. Fin novembre, l’entreprise a annoncé la suppression de 1000 emplois supplémentaires. Sa mise en œuvre se fera tant que possible par des départs liés aux fluctuations naturelles du personnel. «Nous devons profiter de cette occasion pour renforcer encore le cœur des activités de Clariant et pour positionner au mieux le groupe face aux défis futurs», a tonné Hariolf Kottmann. Le fabricant de spécialités chimiques a été durement secoué par la crise du coronavirus.


Magdalena Martullo-Blocher, 51 ans
Actionnaire et CEO Ems-Chemie, Domat/Ems GR

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Magdalena Martullo-Blocher a connu une année 2020 difficile.
© Esther Michel
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Pour la patronne de l’entreprise chimique, 2020 aura été une année difficile. Au cours des neuf premiers mois, les ventes ont chuté de plus de 20%. C’est que l’industrie automobile, qui représente environ 60% des ventes d’Ems-Chemie, a dû elle aussi faire face à la crise pandémique. Les experts estiment que cette fragilité du secteur automobile aura des conséquences à long terme pour Ems-Chemie, car les constructeurs vont probablement augmenter à l’avenir la pression sur les marges du fournisseur suisse.

Magdalena Martullo-Blocher a annoncé que le dividende pour 2020 sera inférieur à celui des années précédentes. Cependant, cela ne devrait pas la mettre sur la paille. La presse dominicale estime que les trois filles de Christoph Blocher, Magdalena, Miriam et Rahel, qui détiennent ensemble environ 70% d’Ems-Chemie, ont reçu 2,3 milliards de dividendes au cours des dix dernières années. Par contre, le salaire moyen des employés a baissé pendant cette période. Dès lors, des voix se sont élevées sur les réseaux sociaux pour clouer l’entreprise au pilori et se plaindre d’un «manque de considération pour les employés».

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Vas Narasimhan, 44 ans
CEO Novartis, Bâle

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Vas Narasimhan, un «unboss» qui favorise l’indépendance des employés.
© Bloomberg

Vas Narasimhan aurait aimé contribuer un peu plus à la victoire sur la pandémie. D’autant que le patron de Novartis a travaillé pendant plusieurs années dans la division des vaccins du groupe pharma, sous la direction de l’actuel président, Joerg Reinhardt. Mais ce dernier a vendu cette division à GSK en 2015, laissant Novartis sur la touche dans la course au vaccin miracle. Il dirige toutefois un groupe de recherche, qui réunit plusieurs entreprises pharmaceutiques, pour lutter contre la pandémie.

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La forte diminution des examens médicaux et des opérations pendant la période de confinement s’est répercutée sur les affaires du groupe. Le deuxième trimestre en particulier a été difficile. Mais ces quelques mois ont aussi permis de voir si Novartis était à la hauteur de sa mission autoproclamée: «améliorer et prolonger la vie des gens». De fait, l’Américain de 44 ans, d’origine indienne, milite avec force pour que les tests de dépistage et les procédures importantes ne soient pas reportés à cause de la pandémie, sous peine, demain, d’une forte augmentation des cancers, notamment.

Il continue à vivre avec sa femme et ses deux fils dans un appartement au centre-ville de Bâle et aime travailler depuis sa maison. Sa philosophie du «unboss» favorise l’indépendance des employés et le travail à domicile est la situation idéale pour mettre cette philosophie à l’épreuve.

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Pierre-Alain Ruffieux, 51 ans
CEO Lonza Group, Bâle

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Lonza produira 300 millions de doses de vaccins de Moderna à Viège.
© DR

Avec le Vaudois Pierre-Alain Ruffieux, le fabricant de spécialités chimiques Lonza, basé à Bâle, s’est doté d’un manager de premier plan comme nouveau CEO. Sa nomination a été annoncée en juin et il a pris ses fonctions le 1er novembre. C’est un véritable vétéran du secteur. Il vient de Roche, où il a passé quatre ans, dans les derniers temps en tant que responsable du secteur Global Pharma Technical Operations. Avant cela, il a travaillé pour Novartis et Serono pendant de nombreuses années. En tant que docteur en biotechnologie, il possède également les connaissances scientifiques nécessaires pour sa nouvelle entreprise, car Lonza a l’intention de développer davantage ses activités pharmaceutiques et biotechnologiques.

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Le défi immédiat est la production de vaccins, que Lonza fabriquera pour le compte de développeurs tels que Moderna. Lonza a en effet conclu un accord avec la société de biotechnologie américaine pour produire 300 millions de doses de vaccin par an. Lonza a investi 70 millions de francs dans une ligne de production ultramoderne à Viège. La bourse a accueilli ces plans avec euphorie, ce qui a contribué à l’envolée du cours de l’action, en hausse constante depuis des années.


Watchlist

Dan Staner, 52 ans
Head of Europe/Switzerland, Middle East & Africa, Moderna

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Dan Staner
© DR
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Le fabricant américain de vaccins Moderna a choisi Bâle pour sa première filiale hors des Etats-Unis. Le Lausannois Dan Staner est un vieux briscard du secteur, avec un parcours impressionnant et d’excellents contacts avec le CEO, Stéphane Bancel. Ils se connaissent bien, car ils ont travaillé ensemble chez Eli Lilly.

Stefan Schulze, 55 ans
CEO Vifor Pharma

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Stefan Schulze
© DR

L’Allemand Stefan Schulze a remplacé Etienne Jornod à la tête de Vifor Pharma en mai. Il connaît bien cette entreprise, spécialisée, notamment, dans le traitement des carences en fer. En effet, il en est COO depuis 2017, ce qui le positionnait depuis longtemps comme le successeur désigné d’Etienne Jornod.

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