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L’armée suisse entre dans une phase de renouvellement

Les équipements et installations militaires suisses doivent être modernisés. A l’horizon 2040, les investissements se chiffrent en dizaines de milliards.

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Dans les prochaines années, l’armée devra moderniser son matériel et ses infrastructures, générant de nombreuses commandes publiques, dont une part sera destinée aux PME.
Dans les prochaines années, l’armée devra moderniser son matériel et ses infrastructures, générant de nombreuses commandes publiques, dont une part sera destinée aux PME. Jean-Christophe Bott/Keystone

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En novembre 2025, à Martigny, le Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité (GRPM) a organisé un événement un peu particulier. Objectif: présenter la stratégie de renouvellement de l’armée et créer des synergies entre les politiques, l’Office fédéral de l’armement Armasuisse, le fabricant Ruag et les chefs d’entreprises industrielles romandes. Plus de 130 sociétés des cantons du Valais, de Vaud et de Fribourg y ont pris part. «On ne s’attendait pas à un tel succès. Il est clair qu’il y a un intérêt croissant pour le domaine de l’armement», se réjouit Philippe Zahno, secrétaire général du GRPM. Deux mois plus tard, une deuxième rencontre est organisée aux Bois (JU), cette fois pour s’adresser aux entreprises de l’Arc jurassien.
Ces prochaines années, l’armée devra renouveler une partie importante de son matériel et de son infrastructure, ouvrant la voie à d’abondantes commandes publiques, dont une partie doit être redirigée vers les PME. «Le but était une vision claire et dégagée sur les commandes publiques en lien avec l’armement et comment postuler. L’armée aura besoin du secteur privé ces prochaines années, mais c’est aux prestataires de prospecter les projets en cours et de répondre aux appels d’offres. Car l’armée ne viendra pas les chercher», dit Philippe Zahno. L’un des principaux outils de communication en la matière, la plateforme en ligne Simap, recense actuellement une centaine de travaux en tout genre mandatés par Armasuisse, de la réfection de casernes aux couteaux et aux gants des forces spéciales, en passant par des tentes gonflables.

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Blindés et hélicoptères

Actuellement, les forces aériennes ont déjà entamé le renouvellement de leur flotte par la commande des F-35 à l’américain Lockheed Martin et modernisent également leurs systèmes de communication. Dès 2030, l’armée devra remplacer certains de ses véhicules de commandement, de reconnaissance et de défense aérienne légères. Puis viendront les blindés, les chars de combat et les systèmes de commandement vers 2035. Enfin, les hélicoptères Super Puma, Cougar et Eurocopter 635 et 135 seront eux aussi progressivement remplacés par leurs successeurs à l’horizon 2040, tout comme les chars d’infanterie Schützenpanzer 2000. Côté budget, Arma­suisse se montre prudente: «Ces projets de modernisation sont encore en phase de planification. Les coûts réels ne pourront être communiqués que lorsque le Conseil fédéral les aura approuvés.» Certains systèmes atteindront la fin de leur durée de vie entre 2035 et 2040.

Rallonges budgétaires

Le budget 2025-2028 de l’armée accorde 2,6 milliards de francs supplémentaires aux investissements pour les «charges et acquisitions d’armements». Des fonds qui serviront «à la modernisation des systèmes existants, au remplacement du matériel obsolète et à l’acquisition de nouvel équipement nécessaire pour la sécurité de la Suisse. Ces investissements sont essentiels pour maintenir la capacité opérationnelle de l’armée à long terme», indique Armasuisse.

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2,6 milliards

Le budget 2025-2028 de l’armée accorde 2,6 milliards de francs supplémentaires aux investissements pour les «charges et acquisitions d’armements».

60%

La stratégie de politique d’armement du Conseil fédéral vise à réaliser 60% des acquisitions en Suisse. Une mesure qui devrait renforcer les technologies clés et les capacités industrielles locales.
La stratégie de politique d’armement du Conseil fédéral vise à réaliser 60% des acquisitions en Suisse. Une mesure qui devrait renforcer les technologies clés et les capacités industrielles locales. La Confédération entend ainsi maintenir la base industrielle indispensable à la défense et le renforcement de la base technologique et industrielle importante pour la sécurité. Selon Armasuisse, «les domaines de recherche prioritaires incluent les technologies liées à la cyberdéfense, la robotique et les systèmes de communication avancés».
«Les entreprises suisses sont remarquablement bien positionnées pour répondre à ce défi technique», dit Matthias Zoller, responsable de la branche Aerospace and Defense de Swissmem, la faîtière de l’industrie des machines. Alors que certaines branches du secteur, comme les machines-­outils et les outils de précision, ont vu leurs chiffres d’affaires se contracter en 2025, la perspective de commandes publiques abondantes permet de renouer quelque peu avec l’optimisme. «Je reçois beaucoup de sollicitations de la part de PME qui souhaitent s’informer sur le marché de l’armement, comprendre en quoi elles pourraient y participer et à quelles conditions. C’est aujourd’hui le secteur qui marche le mieux pour l’industrie», poursuit Matthias Zoller. Bonne nouvelle pour la Suisse romande, Ruag prévoit d’investir environ 100 millions sur ses trois sites vaudois (Lausanne, Aigle et Payerne) à l’horizon 2035, avec quelque 250 emplois à la clé.

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Ruag investit 100 millions de francs

Ruag investira 100 millions de francs en Suisse romande d’ici à 2034, dans le cadre d’un accord avec le DDPS. L’entreprise prévoit de tripler les effectifs en Suisse romande, pour atteindre 250 emplois d’ici à 2034, soit en interne, soit via des partenariats avec des entreprises installées en Suisse romande. Ces créations de postes interviendront principalement dans la maintenance aéronautique, les télécommunications et les technologies de l’information. En outre, Ruag sous-traitera dans le domaine des pièces mécaniques finies, des services IT et de l’ingénierie auprès de partenaires romands. L’entreprise collabore avec le Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité (GRPM) pour recenser des PME capables de répondre aux standards militaires.

Hausse de la TVA?

Avec tous ces milliards sur la table, la question du financement se pose inévitablement. Pour l’heure, le plafond des dépenses de l’armée a été relevé d’environ 20% par rapport aux années précédentes. Mais il n’est pas sûr que cela suffise au vu de l’ampleur des travaux. Le Conseil fédéral explore également de nouvelles pistes pour financer le réarmement. Le ministre responsable de la Défense, Martin Pfister, a récemment proposé une hausse de la TVA de 0,8 point, qui aurait cours pendant dix ans, de 2028 à 2038. La mesure permettrait de générer 31 milliards de recettes supplémentaires. Mais cette option n’a pour l’instant pas recueilli les faveurs de toute la classe politique. D’autres proposent une participation de la Banque nationale suisse, via la redistribution de ses bénéfices.

20%

Pour l’heure, le plafond des dépenses de l’armée a été relevé d’environ 20% par rapport aux années précédentes. Le Conseil fédéral explore également de nouvelles pistes pour financer le réarmement, comme une hausse de la TVA de 0,8 point. Une participation de la BNS est aussi envisagée.

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