La Suisse veut se doter d’un arsenal de recherche scientifique. Comme ailleurs en Europe, l’avance technologique constitue un point crucial dans les capacités à faire face aux menaces actuelles. Début 2026, Armasuisse annonçait que ses investissements dans les projets en collaboration avec les écoles polytechniques fédérales et les hautes écoles seraient multipliés par 10 pour atteindre 90 millions de francs par an. Les domaines de recherche prioritaires: la protection dans l’espace physique, les opérations cyber et électromagnétiques, la supériorité informationnelle, l’autonomie et la robotique et les technologies spatiales.
Alternative au GPS
L’EPFL vient de lancer un programme de recherche sur la sécurité en partenariat avec Armasuisse. Le premier appel à projets vise le positionnement et la navigation de nouvelle génération (PNT) – à savoir des solutions alternatives ou complémentaires aux systèmes GPS – ainsi que la lutte contre les mini-drones, une arme qui fait des ravages dans le cadre de la guerre en Ukraine. Baptisé Research Program Security, le programme entend soutenir des projets de recherche d’une durée de douze à dix-huit mois, avec un financement maximal fixé à 250 000 francs. Selon l’EPFL, les partenariats avec des institutions ou entreprises externes sont exclus. Cette filière de recherche connaît un essor autour de l’Arc lémanique depuis plusieurs années. On compte plus d’une dizaine de start-up travaillant sur ces engins volants sans pilote, dont beaucoup se sont lancées dans le domaine civil, mais dont les technologies pourraient techniquement être réorientées vers l’industrie de défense. L’EPFL figure également sur la liste des bénéficiaires des affaires compensatoires (ou «offset») liées à l’achat des F-35. Un choix qui atteste le rapprochement entre recherche académique et affaires militaires en Suisse. Mais la participation de l’école aux mécanismes «offset» agace certaines start-up. Sous le couvert de l’anonymat, un cadre d’une PME romande active dans des technologies de pointe dit craindre que les EPF fassent de l’ombre aux plus petits acteurs de la région, qui se verraient ainsi privés d’accès à de précieux contrats avec de grands groupes internationaux.
Les projets de recherche sur les technologies duales existent depuis longtemps sur le campus d’Ecublens. Mais l’école temporise: «Nous ne constatons pas d’augmentation de ce type de recherches ces dernières années», assure Corinne Feuz, porte-parole.
Mur anti-drones
Quoi qu’il en soit, les préoccupations du monde académique s’alignent sur les lignes directrices suivies par le secteur privé en matière de capacité de défense. En Suisse romande, le meilleur exemple est probablement Destinus, qui conçoit des engins destinés à l’usage militaire et participe d’ailleurs activement à la construction du mur anti-drones déployé par l’OTAN sur sa frontière orientale pour se protéger d’éventuelles attaques russes. Son fondateur, Mikhail Kokorich, est lui-même Russe et d’ailleurs considéré comme un ennemi d’Etat dans son pays d’origine. A l’automne 2025, Destinus annonçait un partenariat avec le français Thales pour lancer la production de 100 000 drones «consommables», à savoir des engins à faible coût destinés à être détruits ou perdus pendant leur mission. L’entreprise a d’ailleurs dû placer son siège social aux Pays-Bas pour échapper aux restrictions d’exportation suisses.
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