En 2026, on ne construit plus les caves en sous-sol, mais à l’étage! Du moins, c’est le choix fait au Quai Vernets, à Genève, où elles sont situées sur chacun des paliers. D’assez grandes dimensions, elles permettent d’accueillir tout ce que les habitants jugent utile mais ne veulent pas avoir sous les yeux tous les jours: matériel de sport ou de bricolage, stockage d’habits pour le prochain bébé ou la prochaine saison, conserves ou confitures maison... Alors que les espaces dévolus au stockage avaient tendance à diminuer depuis cent ans en Suisse, cet exemple récent montre que les caves n’ont pas encore dit leur dernier mot.
Valentin Kunik, chargé de cours à la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia), a ressorti des plans d’appartements lausannois des années 1930 à 1940. «A l’époque, chaque pièce avait son armoire. On trouvait un garde-manger dans la cuisine, un galetas sous les combles et une cave au sous-sol. Puis, pour diverses raisons sociologiques, écologiques mais surtout économiques, on a réduit, voire enlevé ces espaces. L’important était de gagner de la surface locative avec notamment les transformations des greniers en appartements. Parfois, les caves elles-mêmes ont été redécoupées et louées.»
L’architecte remarque toutefois un regain de créativité sur l’emplacement des caves. «Bien qu’il n’y ait pas d’obligation au niveau fédéral, les usages cantonaux continuent à accorder un espace de stockage minimal pour les appartements en construction. Celui-ci n’est pas forcément en sous-sol. Des architectes le placent parfois à l’étage, ce qui permet d’éviter d’excaver pour le maître d’œuvre et permet aux résidents d’y accéder rapidement. Il peut aussi être situé dans la cage d’escalier ou même dans l’appartement, comme une sorte de cagibi.»
La qualité de l’espace de stockage a aussi gagné en importance pour les habitants et leur confort. «Il est attendu que celui-ci soit à l’abri de la lumière et avec une température variant moins que dans le logement lui-même.» Si une cave est humide ou sale, il sera moins facile de désencombrer l’appartement et d’y placer des appareils électriques, des aliments ou du textile, par exemple.
Au-delà de la rationalité de chaque projet architectural, Valentin Kunik appelle à ne pas s’éloigner totalement de la dimension presque poétique de la cave ou du galetas. «Ces lieux permettent de garder par exemple un bien familial de qualité qui trouvera de nouveau sa place dans la maison prochainement ou de stocker les équipements d’été pendant l’hiver. Ils aident à lutter contre la surconsommation qui consiste à toujours jeter, puis racheter.»
Construire la Suisse de demain: le dossier