Un secteur transformé par les avancées technologiques
Grâce notamment à l’IA, la proptech redéfinit aussi bien les techniques de construction que la maintenance, la rénovation, le courtage ou la gestion de l’immobilier. Exemples avec trois start-up romandes.
La Suisse compte aujourd’hui environ 300 entreprises actives dans la «property technology», ou proptech. Un chiffre stable qui masque peut-être les innovations les plus en vue de ces dernières années. Urbio, spin-off de l’EPFL fondé à Sion en 2020, se penche sur la planification des réseaux de chaleur à distance, un domaine où les décisions d’investissement se chiffrent en dizaines de millions et où la modélisation préalable reste encore peu développée. La solution s’exporte d’ailleurs rapidement dans toute l’Europe, où l’adoption des systèmes de chauffage à distance progresse très rapidement sous la pression d’objectifs climatiques ambitieux. Dans un tout autre registre, Propfy, fondée en 2025, vise les courtiers immobiliers romands, un métier pour lequel les logiciels de gestion n’ont que peu évolué depuis quinze ans. Les deux projets partent de points de départ différents: la recherche académique d’un côté, l’expérience de terrain de l’autre. Mais ils répondent à une logique similaire: s’attaquer à une problématique très précise, voire à un marché «de niche».
Dans un registre proche, la genevoise Popety.io agrège des millions de données immobilières pour aider les professionnels à identifier et à analyser les parcelles à fort potentiel, en s’appuyant également sur un partenariat avec l’EPFL autour de l’IA générative. Avec ces projets novateurs, la donnée et son traitement par la technologie deviennent progressivement l’un des matériaux essentiels au développement du bâti. Avec la promesse de décisions mieux informées ainsi que des processus moins gourmands en ressources matérielles et financières.
Contenu Sponsorisé
Publicité
Popety.io, la plateforme de renseignement immobilier
Le projet a été lancé à partir d’un constat simple: au milieu de cette usine à gaz administrative que représente le recensement des terrains constructibles en Suisse, les développeurs immobiliers avaient souvent bien du mal à s’y retrouver. «Certaines les repéraient grâce à leur réseau, d’autres envoyaient carrément leurs apprentis arpenter les environs à scooter à la recherche de terrains, raconte Thibault Clément, fondateur et directeur de l’entreprise. Les plus avancés s’en remettaient à Google Maps ou aux géoportails cantonaux.»
Diplômé en analyse de données et en sciences informatiques, il passe cinq ans en Asie au sein d’un portail immobilier fondé par deux Suisses. A 29 ans, il s’installe à Genève pour donner naissance à un projet ambitieux: lancer une application permettant de recenser toutes les parcelles constructibles en Suisse. A la croisée du traitement de données, du développement informatique et de l’immobilier.
Il lui faudra quatre ans pour agréger les données fédérales (registre des bâtiments), cantonales (registre des parcelles) et communales (réglementation et zonage), ainsi que des paramètres additionnels influençant la valeur d’un bien, comme le bruit, la démographie et la desserte en transports publics. «Près de 300 clients, principalement développeurs, courtiers ou fonds d’investissement, utilisent la solution qui offre deux prestations principales: l'identification de parcelles à fort potentiel (études de faisabilité, droits à bâtir, possibilités de surélévation) et les dossiers d’estimation pour les régies, qui permettent aux courtiers de valoriser un bien sans passer des journées entières à collecter des données.»
Publicité
Popety.io a bouclé deux tours de table, qui lui ont permis de lever 2 millions de francs avec Vaudoise Assurances et Romande Energie. Désormais rentable et active dans les 26 cantons, l’entreprise emploie 13 personnes entre Genève et Zurich.
Propfy, un CRM immobilier 100% suisse
Anouck Reber, fondatrice de Propfy.DR
Anouck Reber, fondatrice de Propfy.DR
«Le métier de courtier a évolué, mais les outils informatiques n’ont pas suivi au même rythme.» Anouck Reber s’est donné pour mission de «dépoussiérer l’informatique des courtiers romands». La trentenaire vaudoise a fondé l’année dernière Propfy, un logiciel de gestion des relations clients (ou CRM). Grâce à son expérience de quinze ans dans le secteur, elle a conceptualisé seule le logiciel avant de l’affiner avec l’agence Exponent, «un partenaire Swiss Software agréé». C’était important pour celle qui vise à développer une solution spécialement adaptée au monde du courtage immobilier local qu’elle connaît si bien.
Son système veut améliorer la coopération entre équipes, la transparence, le tracking et simplifier les solutions de comptabilité. «Le but est que le courtier passe moins de temps à faire de l’administratif et plus de temps à conseiller sa clientèle», résume Anouck Reber.
Publicité
Le logiciel de Propfy centralise l’ensemble du cycle de vie d’un bien: prospection, estimation, gestion du bien, matching vendeur-acheteur. L’entreprise a également élaboré une application à commande vocale pour rédiger des rapports de visite ou planifier des rendez-vous et un module de veille immobilière. «Autre nouveauté: toutes les données sont enregistrées afin d’être analysées. Cela donnera une vision plus claire aux courtiers sur les raisons qui font qu’une vente aboutit ou pas.»
Basée à Lutry (VD) et fondée en juin 2025, Propfy a levé 500 000 francs lors d’un premier tour. Une seconde levée est en cours pour financer le lancement du logiciel, prévu pour l’été 2026. Le modèle d’affaires sera basé sur des abonnements payants. «Plus de 43 agences ont déjà présigné, totalisant 170 licences.»
Urbio, planifier les réseaux de chaleur grâce à l’IA
Sébastien Cajot, cofondateur et directeur d’Urbio.Daniel Kunz
Sébastien Cajot, cofondateur et directeur d’Urbio.Daniel Kunz
Simuler et visualiser l’ensemble d’un réseau de chaleur dans les moindres détails avant le premier coup de pioche, c’est ce que permet le logiciel développé par la start-up sédunoise Urbio. Spin-off de l’EPFL fondé en 2020, l’entreprise a développé une plateforme croisant des sources de différents acteurs (autorités, constructeurs, énergéticiens, propriétaires) pour constituer des jumeaux numériques à l’échelle d’une ville ou d’un quartier. Une couche d’intelligence artificielle permet de calculer le tracé, le dimensionnement et les systèmes énergétiques du réseau optimal. «Chaque projet peut donc être précisément évalué en amont. Cela permet d’évaluer les coûts mais aussi d’éviter de surdimensionner des projets et donc les gaspillages», résume Sébastien Cajot.
Publicité
L’équipe, qui compte une dizaine d’employés spécialisés dans le développement de modèles énergétiques, dans le traitement des données et le développement logiciel, a également mis en place une interface accessible aux énergéticiens et bureaux d’études à travers l’Europe. «La plateforme peut permettre à des habitants de demander un raccordement au réseau de chauffage à distance, notamment pour qu’ils évitent d’installer une nouvelle chaudière dans leur maison.»
Ses clients rapportent des gains de temps de 60 à 80% sur la réalisation d'études de faisabilité. Soutenue par Innosuisse, The Ark et des investisseurs privés, Urbio a levé plus de 2 millions de francs lors d’un premier tour. Une seconde levée est en cours. Objectif: développer l’offre d’Urbio à l’échelle européenne, où l’entreprise est déjà présente dans une centaine de villes, et étoffer la plateforme. «L’objectif de l’Europe est de construire plus de 20 000 nouveaux réseaux de chauffage à distance pour décarboner le bâtiment. Il y a donc un très gros potentiel pour nous.»