L’an dernier, les surfaces viticoles ont diminué de 52 hectares à l’échelle nationale, une baisse relativement faible de 0,4% qui peut sembler logique au vu de la baisse de la consommation de vin en Suisse et dans le monde. Mais la transformation du vignoble suisse pourrait nettement s’accélérer dans les mois à venir. La Confédération a annoncé fin février 2026 des subsides pour les vignerons professionnels qui souhaiteraient redimensionner leur vignoble. Une aide qui vient compléter les dispositifs d’urgence élaborés par les cantons. Car c’est tout le modèle économique du vin suisse qui vacille.
Centaines d’hectares arrachés
A Genève, près de 170 hectares de vignes (soit 11% des surfaces viticoles) pourraient disparaître d’ici à 2027. Le Conseil d’Etat propose de soutenir les vignerons concernés à hauteur de 5000 francs par hectare réaffecté à d’autres activités, et 7000 francs en cas d’affectation des sols à la promotion de la biodiversité. S’y ajoutent 5000 francs versés par la Confédération. Les producteurs genevois attendent encore la décision du Grand Conseil.
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A Genève, près de 170 hectares de vignes (soit 11% des surfaces viticoles) pourraient disparaître d’ici à 2027. Le Conseil d’Etat et la Confédération proposent de soutenir les vignerons concernés. Francesca Maigre fait partie de ces derniers. Installée à Lully (GE), cette vigneronne, qui exploite le domaine familial des Bonnettes, a pris la douloureuse décision de se séparer de 2 hectares de vignes, soit près de 40% de ses surfaces. Son client principal lui a annoncé début 2025 que la vendange ne pourrait pas être prise en charge cette année. «Nous ne pourrons pas trouver un autre encaveur au vu de la situation du marché. Augmenter nos volumes destinés à la vente privée serait un pari trop risqué.» Les surfaces seront principalement réaffectées à la promotion de la biodiversité.
En Valais, premier canton vinicole suisse, les aides à l’arrachage prévoient un soutien global de 7500 francs par hectare de vigne arrachée sur les terrains plats et les pentes douces et de 16 500 francs sur les pentes abruptes (<30%), cofinancé par la Confédération. «C’est un pas dans la bonne direction», dit Mathias Delaloye, président de la Chambre valaisanne d’agriculture et député UDC au Grand Conseil valaisan. Lors de sa session du 11 mars, le parlement cantonal a toutefois refusé d’accorder 10 millions de francs supplémentaires pour l’arrachage de vignes, estimant que le dispositif suffisait en l’état. Une mauvaise décision selon l’élu, lui-même viticulteur. «Les aides seront réservées aux vignerons professionnels. En Valais, près de 35% des vignes appartiennent à des privés. Le Grand Conseil a donc choisi de laisser près d’un tiers des acteurs assumer seuls les coûts de redimensionnement, qui s’élèvent à 20 000 francs par hectare.» Pour lui, les métiers de la terre sont les laissés-pour-compte des politiques actuelles. «Contrairement aux industriels, les viticulteurs ne peuvent pas suspendre la production du jour au lendemain et bénéficier de la réduction des horaires de travail pris en charge par la collectivité. Dans le contexte de crise actuel, l’arrachage devient pour beaucoup la seule solution pour ne pas vendre à perte. Les producteurs, qui y sont contraints, méritent aussi du soutien», poursuit-il.
L’étendue des arrachages est pour l’instant plus difficile à chiffrer dans le canton de Vaud, où la conseillère d’Etat Valérie Dittli a annoncé fin 2025 une enveloppe de 17 millions de francs pour soutenir la viticulture.
Renaître de ses cendres
Les plans cantonaux laissent la porte ouverte à la replantation des vignes arrachées, même si des délais allant jusqu’à dix ans sont imposés aux propriétaires ayant obtenu des aides publiques à l’arrachage. Un espoir que le marché retrouve un jour une conjoncture plus généreuse? «Je suis persuadé que certaines parcelles seront replantées. La demande est cyclique et finira par se renforcer», dit Mathias Delaloye. Pour la Genevoise Francesca Maigre, «cela dépendra de nombreux facteurs, mais il faut l’espérer».
Le vignoble dans la tempête: le dossier