«Les experts resteront importants jusqu’à nouvel ordre.» Lorsque Vanessa Delfs (née Foser) prononce cette phrase lors d’un discours ou d’une formation sur l’intelligence artificielle, elle résonne comme une consolation. Et pourtant, c’est une provocation. Elle condense tout ce que la jeune femme de 34 ans défend au sujet de l’IA: la reconnaissance d’une technologie plus efficace que l’être humain, associée à la ferme conviction que la décision finale doit rester humaine. Car en 2026, le débat ne porte plus sur l’utilisation de l’IA, mais sur ses limites éthiques et intuitives. Et c’est précisément pour cela que l’homme et la machine sont nécessaires. A l’ère de l’IA, ce n’est plus le savoir qui constitue le goulot d’étranglement, mais la capacité de jugement, estime la cofondatrice de l’AI Business School. Après un master en comptabilité et finance à l’Université de Saint-Gall, cette native du Liechtenstein a rejoint Level AG. Elle y a d’abord été CEO de la principale communauté de cadres supérieurs en Suisse, avant d’intégrer le conseil d’administration, où elle siège toujours. Dans ces deux rôles, elle a côtoyé de nombreux dirigeants et constaté l’incertitude qui règne autour de la numérisation, des compétences d’avenir et surtout de l’IA. «Beaucoup d’entreprises et de cadres se lancent sur le plan technologique, mais trop peu sur le plan culturel.» C’est ainsi qu’est née l’AI Business School, qu’elle a cofondée en 2019. L’école coopère avec des partenaires tels que Microsoft, OpenAI et Google. Son offre de formation s’adresse aux grandes entreprises, aux PME et aux entrepreneurs individuels. Au-delà de l’application purement technique des logiciels, l’accent est mis sur la maîtrise technologique. Dans la philosophie de Vanessa Delfs, l’IA est systématiquement considérée comme un outil dont l’utilité dépend de la compétence des utilisateurs. L’objectif est de créer une compréhension différenciée du potentiel et des limites de la technologie. La question centrale demeure celle-ci: dans quels domaines la machine apporte-t-elle son soutien et où le jugement humain reste-t-il irremplaçable? Membre de conseils d’administration dans les secteurs de la santé et de l’assurance, Vanessa Delfs constate chaque jour ce que cela signifie lorsque les systèmes algorithmiques rencontrent la réalité humaine, et pourquoi la responsabilité ne peut être automatisée.