Alexandra Beckstein est en train de mettre en place un écosystème fonctionnel pour la technologie quantique.PR
Alexandra Beckstein est en train de mettre en place un écosystème fonctionnel pour la technologie quantique.PR
Son bureau est à Bâle, mais le quotidien professionnel d’Alexandra Beckstein est résolument international. En effet, la dirigeante de QAI Ventures travaille régulièrement à Calgary, au Canada, ou dans le bureau de Singapour, ouvert en 2025. Alexandra Beckstein a fondé QAI Ventures en 2023 au sein du campus d’innovation UptownBasel. Ses ambitions ont dépassé dès le départ le simple développement technologique, car elle a toujours voulu construire un écosystème fonctionnel pour la technologie quantique. «Nous avons conclu tôt des partenariats avec des entreprises hardware. Mais j’ai rapidement compris que la technologie devait trouver sa place dans l’économie, analyse la CEO. Nous construisons le marché en même temps que la technologie.» Elle mesure son succès aux exits et à la performance du fonds, mais aussi au fait qu’une technologie parvienne à sortir du laboratoire universitaire pour intégrer une entreprise. Son engagement le plus récent: le programme d’accélération pour les start-up existantes est développé en un programme de venture building, une demande qui vient directement de l’industrie. Le développement de la technologie quantique est de plus en plus porté par l’intelligence artificielle. «L’IA et le quantique s’influencent mutuellement de manière forte, rappelle Alexandra Beckstein. Beaucoup d’avancées attendues au plus tôt dans les prochaines années se sont déjà produites en 2025.»
Daniel Brau, 58 ans
CEO de Miraex, Ecublens (VD)
Daniel Brau dispose de sa propre méthode pour améliorer l’efficacité: les réunions debout.PR
Daniel Brau dispose de sa propre méthode pour améliorer l’efficacité: les réunions debout.PR
Daniel Brau est à la tête opérationnelle de Miraex depuis bientôt quatre ans. Il s’agit d’un spin-off de l’EPFL, spécialisé dans la technologie quantique. L’entreprise prévoit de connecter des milliers de processeurs quantiques via des réseaux optiques. La start-up a décroché ses premières commandes et produit des prototypes. Pour éviter les réunions interminables, le CEO a développé une méthode particulière: «Mon hack de productivité préféré, ce sont les réunions en plein air, debout», a-t-il déclaré dans une interview. Selon lui, elles sont en général plus courtes et plus focalisées, car se tenir debout à l’extérieur favorise l’efficacité et recentre la discussion sur l’essentiel. Avant de rejoindre Miraex, Daniel Brau était Managing Director auprès de l’entreprise technologique Tibidabo Scientific Industries.
Klaus Ensslin, 65 ans
Professeur de physique quantique à l'EPFZ, Zurich
Klaus Ensslin veut remplacer les bits classiques, qui sont soit 0 soit 1, par des qubits, qui sont à la fois 0 et 1.PR
Klaus Ensslin veut remplacer les bits classiques, qui sont soit 0 soit 1, par des qubits, qui sont à la fois 0 et 1.PR
Klaus Ensslin, professeur de physique à l’EPFZ, observe le monde informatique d’aujourd’hui avec un sourire en coin. Tandis que la société débat encore de l’optimisation des bits, lui travaille déjà sur la prochaine génération des technologies de l’information. «Nous sommes en train de remplacer les bits classiques, qui sont soit 0 soit 1, par des qubits, qui sont simultanément 0 et 1», dit-il. La raison est dans la nature des choses: notre monde numérique est si parfait parce qu’il est si rigide. Un bit est 0 ou 1, il n’y a rien entre les deux. Les petites erreurs ne comptent pas pour les bits, car dans une machine à calculer, 0,9 est simplement identifié comme 1 et 0,1 comme 0.
Mais le monde quantique ignore ce tout ou rien; ici, plusieurs états coexistent simultanément. Ce que décrit le scientifique ressemble à un retour à la précision analogique, mais à l’échelle atomique ou électronique. Avec son équipe, il mène des recherches fondamentales à la pointe du possible. Leur matériau de base est le graphène, constitué de couches de carbone que nous connaissons grâce au crayon et qui a cette propriété particulière de se détacher en fines couches. Tandis que des géants de la tech comme Google ou Intel misent sur le silicium ou les supraconducteurs, Klaus Ensslin exploite l’environnement sans perturbations du carbone.
L’objectif vise à créer des qubits plus «purs» et plus durables. Le scientifique est réaliste. Il sait qu’il ne vivra probablement plus en tant que chercheur actif quand arrivera le premier ordinateur quantique. Pourtant, c’est la curiosité qui le motive. Il ne cherche pas l’application rapide, mais le fondement. «En tant que chercheur, il faut avoir un objectif de nature fondamentale, qui ne sera peut-être atteint que dans de nombreuses années», dit-il. En attendant, il œuvre à une technologie passionnante pour un avenir où les ordinateurs ne se contenteront plus de calculer, mais refléteront directement la complexité du monde quantique pour la rendre utilisable.
Jonathan Home, 47 ans
Professeur de physique quantique à l'EPFZ, Zurich
Pour Jonathan Home, le développement des ordinateurs quantiques représente, d’un point de vue physique, l’objectif ultime.PR
Pour Jonathan Home, le développement des ordinateurs quantiques représente, d’un point de vue physique, l’objectif ultime.PR
Le physicien Jonathan Home façonne l’avenir numérique et la relève scientifique par ses recherches en mécanique quantique. C’est l’atome, en tant que brique fondamentale de l’univers, qui le fascine. Le développement des ordinateurs quantiques représente pour lui, d’un point de vue physique, l’«objectif ultime».
Avec son équipe, il travaille à de nouvelles méthodes pour piéger des ions, cherchant ainsi à résoudre un problème majeur de la recherche en informatique quantique: la mise à l’échelle des systèmes à qubits. «Les systèmes actuels sont davantage des dispositifs quantiques que des ordinateurs quantiques.» Avec environ 100 qubits, ils sont sujets aux erreurs et d’utilisation limitée. «Pour des tâches complexes, il faudra environ 1 million de qubits et de nouveaux algorithmes.»
Parallèlement à son poste de professeur ordinaire à l’EPFZ à Zurich, il rend la physique accessible au grand public. Au Technorama de Winterthour, il a réalisé la première exposition au monde permettant de rendre des atomes visibles à l’œil nu. L’enseignement et la médiation scientifique sont une responsabilité épanouissante. L’argent n’est pas une motivation. «Mon activité de recherche et d’enseignement est mon travail de rêve.»
Thomas Landolt, 61 ans
CEO de QuantumBasel
Thomas Landolt regroupe les connaissances de nombreux spécialistes dans le but de commercialiser l’informatique quantique.PR
Thomas Landolt regroupe les connaissances de nombreux spécialistes dans le but de commercialiser l’informatique quantique.PR
Le chemin de Thomas Landolt vers l’avenir numérique a commencé modestement par la programmation de puces de contrôle pour une machine à écrire électrique. C’était son premier emploi après la maturité. Aujourd’hui, plus de quatre décennies plus tard, ce Zurichois se trouve, en tant que CEO de QuantumBasel, à l’intersection d’une nouvelle révolution technologique.
«Le quantum computing est the next big thing», dit Thomas Landolt. Son entreprise veut faire passer l’informatique quantique de la recherche à l’application concrète, avec pour objectif d’augmenter significativement les performances des projets d’IA. Pour ce faire, QuantumBasel regroupe le savoir-faire de physiciens quantiques, de data scientists et d’ingénieurs en informatique, le tout avec une mission commerciale claire. En tant que CEO, son rôle est de «faire tenir tout cela ensemble».
Thomas Landolt regarde toujours vers l’avenir. Il est convaincu que la numérisation permettra de relever les grands défis de notre époque. «En Suisse, avec notre savoir-faire et un environnement unique, nous avons toutes les cartes en main pour contribuer de manière substantielle à la construction de cet avenir.» En dehors de la technologie, Thomas Landolt s’investit activement dans une corporation zurichoise: «Dans tous ces sujets numériques, ce sont finalement les relations humaines, la communauté et les amitiés qui jouent un rôle décisif.»
Heike Riel, 55 ans
Chercheuse en chef du laboratoire de recherche IBM, Rüschlikon (ZH)
Heike Riel est passée de menuisière à scientifique en chef chez IBM.Chris Iseli
Heike Riel est passée de menuisière à scientifique en chef chez IBM.Chris Iseli
Heike Riel allie précision artisanale et abstraction scientifique. La physicienne est chercheuse en chef chez IBM et détient depuis 2013 le titre prestigieux d’IBM Fellow, une distinction accordée à seulement 74 leaders actifs d’IBM. Elle mène des recherches dans les domaines du quantum computing, de la physique de l’intelligence artificielle, des nanosciences et des nanotechnologies. Ses travaux pourraient transformer des secteurs entiers, car les ordinateurs quantiques pourraient résoudre certains problèmes de manière plus précise, plus rapide, moins coûteuse et plus économe en énergie que les calculateurs classiques.
Depuis 1998, elle peaufine ses recherches au laboratoire IBM de Rüschlikon. Elle a obtenu son doctorat et complété sa formation scientifique par un Master of Business Administration. Sa motivation pour rejoindre la recherche en entreprise se résume sobrement: elle cherche avant tout à «résoudre des problèmes et avoir un impact». Mais le chemin de Heike Riel vers la quête d’excellence ne passa pas uniquement par les amphithéâtres. Elle a grandi dans une famille «terre à terre» à Nuremberg. Elle a effectué un apprentissage d’ébéniste dans l’atelier de son père et envisageait d’abord des études d’architecture d’intérieur. «Ma curiosité, mon amour des mathématiques, mon ambition d’apprendre continuellement et mon désir de créer des choses concrètes m’ont conduite vers la physique.»
En informatique quantique, Heike Riel exploite le fait que des particules peuvent adopter plusieurs états simultanément. Ces qubits permettent d’explorer des chemins de calcul en parallèle, au lieu de les traiter séquentiellement comme les ordinateurs classiques. Les champs d’application sont vastes, ils vont du développement de batteries à des matériaux plus légers et plus stables pour l’aéronautique, en passant par l’optimisation des réseaux énergétiques et la recherche pharmaceutique. Elle s’attend à ce que des ordinateurs quantiques tolérants aux fautes, capables de se corriger eux-mêmes, voient le jour vers la fin de la décennie. Mais elle prône aussi le réalisme. «Le quantum computing est une technologie complexe qui évolue rapidement, son succès dépend des talents, des investissements et d’une recherche ciblée», explique-t-elle. Comme autrefois lorsqu’elle œuvrait à l’établi, chaque étape doit être maîtrisée avant que l’ensemble puisse tenir.
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Markus Pflitsch, 54 ans
Fondateur et CEO de Terra Quantum
Markus Pflitsch veut rendre la technologie quantique utilisable à l’échelle industrielle dès aujourd’hui.Michael Tinnefeld / API
Markus Pflitsch veut rendre la technologie quantique utilisable à l’échelle industrielle dès aujourd’hui.Michael Tinnefeld / API
Markus Pflitsch a réuni deux mondes, ceux de la physique quantique et de la banque d’investissement. Le fondateur et CEO de la start-up saint-galloise Terra Quantum et ses plus de 150 collaborateurs développent des algorithmes hybrides, des applications de quantum computing et des communications à l’épreuve des écoutes pour des secteurs tels que la finance, l’énergie et la logistique. Une grande vision l’anime: «Je veux rendre la technologie quantique industriellement utilisable. Et je veux réussir à le faire aujourd’hui.» Pour lui, «les technologies d’avenir transforment les sociétés, que nous le voulions ou non». Ainsi, la question décisive n’est pas de savoir si cela arrivera, mais qui façonnera cette transformation et selon quelles valeurs. «La technologie n’est jamais neutre. C’est précisément pour cela que la posture est déterminante», rappelle ce physicien quantique d’origine allemande.
Dès l’âge de 14 ans, Markus Pflitsch a découvert sa passion pour la physique quantique. Il a étudié à Aix-la-Chapelle, fait de la recherche au CERN, puis a exercé pendant vingt ans à des niveaux managériaux et comme CFO dans l’industrie et la finance. Son temps libre, il le passe volontiers dans la nature. «Délibérément, ajoute-t-il. En randonnant souvent en montagne, je prends de la distance par rapport à la complexité technologique.» Ces moments m’aident à mettre la complexité en perspective.»
Andreas Wallraff, 55 ans
Professeur ordinaire à l’EPFZ et directeur fondateur du Quantum Center, Zurich
Andreas Wallraff veut développer des ordinateurs quantiques supraconducteurs.PR
Andreas Wallraff veut développer des ordinateurs quantiques supraconducteurs.PR
Alors que le monde spécule encore sur les possibilités des ordinateurs quantiques, Andreas Wallraff a déjà franchi un pas supplémentaire, il les construit. Professeur ordinaire au département de physique de l’EPFZ, il se consacre actuellement à l’un des grands obstacles de la technologie quantique, à savoir la correction d’erreurs. Andreas et son équipe ont récemment montré comment les erreurs peuvent être corrigées de manière systématique. Un autre axe de travail porte sur le hardware. Dans les laboratoires de l’EPFZ, des puces quantiques sont conçues et produites. L’objectif à long terme est le développement d’ordinateurs quantiques supraconducteurs. «Il ne s’agit pas d’appareils avec une fréquence plus élevée, mais d’ordinateurs qui ouvrent des concepts entièrement nouveaux.» Cela permettrait de résoudre des problèmes impossibles avec les méthodes conventionnelles. C’est même une révolution pour des secteurs comme la pharmacie ou la chimie.
Son parours a débuté à l’Université Yale, où il a conduit des recherches fondamentales centrales dans le domaine des circuits supraconducteurs, qui constituent aujourd’hui le fondement des puces quantiques de grandes entreprises mondiales comme Google et IBM. Andreas Wallraff a ainsi apporté une contribution essentielle à la technologie actuelle.
Hugo Zbinden, 65 ans
Cofondateur d’ID Quantique et professeur honoraire à l’Université de Genève
Hugo Zbinden est le premier au monde à commercialiser la cryptographie quantique.PR
Hugo Zbinden est le premier au monde à commercialiser la cryptographie quantique.PR
Le Genevois de 65 ans est le cofondateur de la première entreprise au monde à avoir commercialisé la cryptographie quantique: ID Quantique. Il a ainsi contribué à faire passer la théorie du laboratoire vers l’économie réelle. L’entreprise genevoise propose toujours des solutions pour protéger les données contre les futures attaques des ordinateurs quantiques. Le domaine de prédilection du scientifique est le développement de systèmes d’échange de clés à l’épreuve des écoutes. Il a également travaillé sur les briques technologiques telles que les détecteurs et les sources lumineuses nécessaires à un futur réseau quantique mondial. Il a notamment développé des détecteurs à photons uniques, essentiels pour recevoir de faibles signaux quantiques sur de longues distances.
Ce professeur émérite a dirigé de 2018 à 2022 un segment du programme de recherche EU Quantum Flagship, doté de plusieurs milliards. L’objectif était de rendre les générateurs physiques de nombres aléatoires quantiques plus petits, plus rapides, plus sûrs et moins coûteux pour le marché de masse. Hugo Zbinden a été le mentor de nombreux étudiants et postdoctorants qui ont fondé des spin-off. Récemment, il a contribué à la création d’un laboratoire quantique en Galice (Espagne).
Dominik Zumbühl, 52 ans
Directeur du NCCR Spin, Bâle
Dominik Zumbühl pousse ses recherches à la frontière des possibilités technologiques.PR
Dominik Zumbühl pousse ses recherches à la frontière des possibilités technologiques.PR
C’est au gymnase du monastère d’Engelberg que Dominik Zumbühl a pris goût à une discipline qui en rebute beaucoup, la physique. Aujourd’hui, ce professeur de l’Université de Bâle est à la tête du NCCR Spin, le centre de compétences de l’université pour le quantum computing. Dominik Zumbühl et son équipe poursuivent une vision ambitieuse, celle de remplacer les transistors silicium classiques, les minuscules composants de chaque puce informatique moderne, par des qubits, c’est-à-dire les unités élémentaires d’un ordinateur quantique. «Nous travaillons sur la technologie de l’information de demain», explique-t-il. Ce qui fascine le scientifique, c’est l’inconnu. Dans son quotidien, il s’aventure régulièrement en «territoire inexploré» et il travaille à la «frontière des possibilités technologiques». Mais c’est précisément là que réside tout l’intérêt.
En effet, les recherches fondamentales de Dominik Zumbühl ne restent pas toujours cantonnées au laboratoire puisqu’elles ont donné naissance à la société Basel Precision Instruments, qui fabrique des équipements électroniques de précision pour les laboratoires et la science. «J’ai appris des meilleurs», confie-t-il, notamment lors de ses passages dans les universités Harvard et Stanford et au MIT.
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