Abo
Le dossier du mois

Quand la tech réduit les hospitalisations de 20%

A l’ère de l’IA, la valeur des données n’est plus à démontrer. Pourtant, aucun financement n’est aujourd’hui prévu dans la LAMal pour la collecte et l’échange de ces données. Un trou à combler, rapidement, pour assurer le continuum des soins.

Des nanocapteurs capables d’alerter en cas de dégradation de l’état clinique d’une personne
Des nanocapteurs capables d’alerter en cas de dégradation de l’état clinique d’une personne. Valentin Flauraud

Publicité

«En lançant DomoHealth quelques années après mes études à l’EPFL, je me suis donné pour objectif de permettre de garder les personnes à domicile le plus longtemps possible.» Guillaume DuPasquier, CEO et cofondateur de DomoHealth, fait partie de celles et ceux qui pensent que la technologie peut et doit aider à alléger la charge administrative des soignants et à empêcher les hospitalisations non nécessaires. L’enjeu est majeur: 15 à 25% des hospitalisations pourraient être évitées ou substituées grâce à des solutions de suivi à distance des patients, permettant d’exploiter les données de santé pour détecter plus tôt les risques, mieux coordonner les soins et intervenir au bon moment. Dans le même temps, 74% des soignants suisses déclarent une charge administrative forte et un soignant sur trois passe deux heures ou plus par jour uniquement en tâches administratives. De quoi donner du grain à moudre aux innovateurs.

«Pour limiter les réhospitalisations, la coordination des soignants et le suivi fin, à domicile, sont essentiels.»

Guillaume DuPasquier, CEO de DomoHealth
«Nous avons commencé par faire remonter les données de santé disponibles à domicile – notamment les signaux vitaux – afin de mieux suivre l’évolution des patients à distance, d’anticiper les risques et d’intervenir au bon moment. Nous avons ensuite développé des algorithmes pour transformer ces données en informations cliniquement utiles, restituées dans un rapport de santé destiné à enrichir la consultation et à améliorer la qualité de la prise en charge», reprend le dirigeant. Si la Suisse a pris du retard dans la numérisation de son système de santé, l’essor de l’intelligence artificielle change la donne et accélère la transition. Quelques acteurs suisses se sont lancés dans le développement de hardwares dédiés. C’est le cas du zurichois Sleepiz, qui a développé une petite boîte, posée au chevet du lit du patient, qui permet de détecter des détériorations médicales avant les signes cliniques en mesurant différents paramètres en continu. Ou du lausannois Xsensio qui développe des nanocapteurs capables de suivre de manière continue des signes d’inflammation ou des biomarqueurs critiques et d’alerter en cas de dégradation de l’état clinique de la personne.

Contenu Sponsorisé

Aucun financement dédié

Après avoir tenté de suivre la voie de ces produits physiques, la plupart des acteurs de la filière se sont résolus à l’évidence. Le développement de dispositifs médicaux destinés au grand public, les fameux «wear­ables», est un secteur qui nécessite des montants d’investissements colossaux pour des technologies qui sont complexes à faire pénétrer sur le marché. Devant la pluralité des segments à couvrir, plusieurs acteurs majeurs internationaux se sont emparés du marché, comme le français Withings ou encore Apple, Garmin, Samsung ou Fitbit. Les suisses, eux, se spécialisent dans le traitement des données, tout aussi complexe mais moins demandant en cash. Mais la question qui reste ouverte est celle du financement. Si de nombreuses études ont démontré les bénéfices de ce type de suivi, il n’y a aujourd’hui aucun financement dédié. «Aux Etats-Unis, ce sont les hôpitaux qui paient pour ces données; en Suisse, aujourd’hui, personne ne les exploite en routine clinique», conclut le dirigeant.
Alors, pour avancer dans ce secteur, faute de financements, plusieurs acteurs se sont engagés dans un domaine connexe, celui de la coordination des soins. C’est le cas de CareHomie par exemple, qui développe une plateforme centralisant les offres de soins et de services à domicile, par type d’expertise et zone d’intervention. Un annuaire interactif des soignants à domicile qui permet aux familles de trouver la bonne personne au bon moment. Domo­Health a pour sa part lancé un logiciel de gestion pour les équipes de soins à domicile qui regroupe déjà près de 5000 utilisateurs. Si le dossier électronique du patient, dans le cadre de l’hôpital, traîne à voir le jour, il y a fort à parier que le dossier patient à domicile, porté par des structures privées, sera plus rapide à se mettre en place. Il restera cependant une étape critique: connecter les deux, pour assurer le continuum des soins.

Publicité

Publicité