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Le dossier du mois

L’hôpital de demain, un hôpital sans lits?

Tous s’accordent à le dire: l’hôpital doit faire sa mue. Mais par où commencer dans ce chantier titanesque?

Hôpital
Sept patients sur dix restent aujourd’hui dormir à l’hôpital après une intervention chirurgicale en Suisse. C’est près de trois fois plus que dans les pays les plus avancés dans le domaine dans le monde. Ricardo Moreira

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A quoi ressemblera l’hôpital du futur? S’il est complexe d’avoir une vision claire sur l’image finale, un petit tour d’horizon sur les pratiques à l’international laisse entrevoir une piste: celle de l’ambulatoire. Soigner les patients pour des épisodes rapides et organiser leur retour à domicile le plus vite possible. Un changement de paradigme qui ouvre des marchés pour celles et ceux qui sauront proposer des structures et outils adaptés à cette nouvelle façon de soigner.

L’hôpital ne doit plus être la destination

Près de 60% des patients préfèrent mourir ou être soignés à domicile dans certaines situations, notamment en fin de vie, mais seulement 25% des hospitalisations réelles se déroulent entièrement à domicile. Cet équilibre est en train de changer avec une augmentation de la technicité des équipes de soins à domicile.
Les tendances actuelles mettent en avant que l’hôpital sans lits est ce vers quoi nous devons aller, mais le monde de la santé n’est aujourd’hui pas conçu ainsi. Il considère l’hôpital le plus souvent comme la destination. Les stratégies en santé les plus innovantes posent comme vision que l’hôpital devrait prioriser ses prestations sur les soins très aigus, de même que de simples opérations pourraient se réaliser à domicile. L’hôpital à domicile, HAD, «hospital at home», est une notion qui cristallise les échanges... et crée des divergences de perceptions. Même au niveau européen, les pays ne sont pas alignés sur la notion d’hospitalisation à domicile. Chaque système de santé l’intègre différemment et, surtout, le niveau de médicalisation varie fortement. La France a un modèle d’hospitalisation à domicile particulièrement avancé avec des services quasi hospitaliers à domicile qui peuvent délivrer des chimiothérapies, des soins palliatifs, des perfusions complexes. Le Royaume-Uni a développé de nombreux outils numériques depuis la pandémie de covid avec une offre très avancée dans le domaine du suivi et du maintien à domicile, mais avec une technicité des soins moins aboutie que dans l’Hexagone. La Suisse a pour sa part une approche assez particulière. Elle n’a pas développé l’hospitalisation à domicile comme une institution, mais comme une fonction distribuée entre hôpitaux, soins à domicile et télémédecine.
Les grands hôpitaux universitaires suisses cherchent à développer ainsi progressivement des modèles de prise en charge à domicile qui s’apparentent à une hospitalisation sans murs, sans toutefois constituer un dispositif national structuré. A Lausanne, le CHUV a mis en place des programmes de sortie précoce et de soins complexes à domicile permettant de réduire la durée d’hospitalisation tout en maintenant un niveau de sécurité clinique élevé. A Genève, l’IMAD, institution de maintien à domicile genevoise, a développé depuis de nombreuses années un dispositif de «soins hors murs» intégrant des équipes mobiles domiciliaires, assurant de l’hospitalisation à domicile et une coordination étroite avec le réseau hospitalier et ambulatoire de ville. A Zurich, l’USZ s’oriente vers des modèles de «home treatment» et de suivi numérique des patients après une phase aiguë, combinant télésurveillance et interventions infirmières à domicile. Enfin, à Bâle, l’USB a fortement structuré l’ambulatoire spécialisé, notamment en oncologie et en infectiologie, avec des parcours permettant la poursuite de traitements lourds hors de l’hôpital. Ces initiatives, bien que robustes et documentées, restent cependant fragmentées.
Avec les enjeux importants de financement de la santé, actuels et à venir, c’est l’économie qui va nous pousser tous à nous coordonner, à nous structurer et à évoluer vers une mutation du modèle. Au vu des impacts d’un tel changement, il faudra nécessairement un soutien fort des politiques qui doivent accepter d’investir les moyens nécessaires pour créer des incitatifs dans le système. Il n’existe en effet pas à ce jour de financement dédié à la HAD en Suisse. Les actes sont facturés sur prescription médicale, mais sans aucun forfait type DRG dédié au domicile.
Pour convaincre les politiques d’investir dans ce secteur, les acteurs vont devoir démontrer qu’ils sont capables de fournir un service de qualité, équivalent à celui de l’hôpital. Et ce, à un coût inférieur. Une marche encore importante à franchir mais des acteurs mobilisés pour y parvenir.

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