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Pouvoir d’achat: la fin de l’exception suisse?

Les Suisses s’inquiètent de voir leurs factures augmenter plus vite que leur salaire. Explosion des coûts de la santé, loyers en hausse, propriété foncière inaccessible, le tableau s’assombrit pour la classe moyenne. Le «miracle helvétique» a-t-il vécu?

Selon une étude réalisée par la Haute Ecole spécialisée bernoise, les 10% des personnes ayant les revenus les plus faibles consacrent un tiers de leur revenu aux dépenses quotidiennes, un tiers au logement et un cinquième aux primes d’assurance maladie.
Selon une étude réalisée par la Haute Ecole spécialisée bernoise, les 10% des personnes ayant les revenus les plus faibles consacrent un tiers de leur revenu aux dépenses quotidiennes, un tiers au logement et un cinquième aux primes d’assurance maladie. Ricardo Moreira

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L’inflation a ralenti et les salaires réels sont repartis à la hausse en 2025, malgré des résultats économiques mitigés. Les spécialistes espèrent que l’appareil de production suisse retrouvera sa vitalité en 2026, porté par la stabilisation des droits de douane américains et le retour attendu de la demande allemande en produits industriels. En matière de consommation intérieure, les indicateurs sont également au vert. Tout porte à croire que les prix resteront stables, voire qu’ils diminueront.
Pourtant, la population ressent une forte pression sur son portefeuille. Les salaires réels restent inférieurs aux niveaux d’avant-covid. En raison des incertitudes et des obstacles au commerce mondial, certaines PME exportatrices parviennent tout juste à revaloriser les salaires à la hauteur de l’augmentation des prix.
Du côté des consommateurs, le renchérissement n’a pas été progressif et constant pour tout le monde. Les dépenses courantes de première nécessité augmentent plus vite que les prix moyens, plombant les bas revenus et la classe moyenne. La progression de certains postes de dépenses incompressibles fait logiquement croître les inquiétudes. Pour l’heure, ce sont principalement les bas revenus qui sont touchés, et le renchérissement finira mécaniquement par éroder les marges de la classe moyenne.

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Face à ce constat, les économistes sont partagés. Les Suisses bénéficient toujours d’un fort pouvoir d’achat en comparaison internationale, l’économie reste compétitive et le tissu industriel résiste bien aux difficultés conjoncturelles. Mais le creusement des inégalités commence à écorner l’image du modèle libéral «à la suisse», alors qu’aucune solution durable face à la hausse de certains postes de dépenses essentiels ne semble se dessiner. L’économiste Sergio Rossi plaide pour une politique industrielle et monétaire plus interventionniste et pour des primes maladie déterminées en fonction du salaire pour soulager le portefeuille des ménages.

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