En 2025, le paquebot économique suisse a tangué. Au troisième trimestre, le produit intérieur brut a reculé de 0,5% et le commerce extérieur a fléchi de près de 4% en glissement annuel. Les droits de douane américains ont notamment plombé les exportations vers les Etats-Unis (-8,2%). La demande en produits suisses a aussi fléchi en Allemagne et en Chine. Les exportations horlogères ont perdu 240 millions en glissement annuel (-3,7%) et celles de la chimie-pharma 2,8 milliards (-7,2%). La conjoncture est houleuse, mais il y a lieu d’espérer de belles éclaircies dans les mois à venir.
«L’industrie manufacturière a beaucoup souffert ces dernières années mais la situation devrait s’améliorer à moyen terme, dit Alexander Rathke, expert en macroéconomie au Centre d’études conjoncturelles (KOF) de l’EPFZ. On attend encore que les mesures budgétaires allemandes fassent leurs effets. Cela devrait se produire dans les mois à venir.» En mars 2025, le Bundestag a adopté une réforme du frein à l’endettement en vue de moderniser ses infrastructures et de renforcer ses capacités de défense. Sévèrement touchés par la faiblesse de la demande allemande, les industriels suisses espèrent que ce coup de pouce budgétaire permettra de relancer leur production.
A Sierre, l’entreprise YZ Production Horlogère, spécialiste de l’assemblage microtechnique, compte effectivement sur ce nouveau débouché. Pour surmonter les crises successives qui ont touché le secteur de l’horlogerie ces cinq dernières années, la PME valaisanne a choisi d’orienter une partie de son activité vers la défense. Pour ce sous-traitant, la diversification des débouchés s’est imposée comme la seule solution pour maintenir l’activité à flot. «Entre le covid, l’essor des montres connectées et les tarifs américains, la production a parfois été divisée par dix. Il a fallu repenser l’activité.» YZ Production Horlogère s’est aussi rapprochée de l’entreprise sédunoise STISS pour fabriquer des montres de nouvelle génération. Sur la question des salaires, l’entreprise reste vigilante. «Nous parvenons chaque année à accorder des augmentations de salaires liées au renchérissement. Mais, dans ces périodes difficiles, nous ne pouvons malheureusement plus prendre le risque de verser des gratifications ou des augmentations pour ancienneté.»
A quelques kilomètres de là, à Vétroz (VS), l’entreprise Stenheim Audio, exportatrice d’enceintes acoustiques haut de gamme, a aussi essuyé quelques revers avec l’augmentation des tarifs douaniers américains et la baisse de la demande chinoise. «Le franc fort est un point faible vis-à-vis de la concurrence étrangère. Nous devons veiller à maintenir des prix compétitifs même en période de tensions. Nous avons notamment dû répercuter les droits de douane sur nos marges», dit Jean-Pascal Panchard, directeur. Pour l’heure, les salaires chez Stenheim suivent l’inflation. «En 2025, le marché européen a plutôt bien fonctionné, ce qui a permis de dégager une croissance malgré les aléas conjoncturels émanant des marchés lointains. Mais il est clair que nous restons prudents sur les salaires.» L’entreprise cherche aussi à solidifier son modèle économique par la diversification. «En 2026, il est prévu de développer une nouvelle gamme pour élargir la base de consommateurs.»
«Nous avons dû répercuter les droits de douane sur nos marges.»
Jean-Pascal Panchard, directeur de Stenheim Audio
Viser les marchés de niche
Pour l’économiste Alexander Rathke, l’agilité dont font preuve les petites entreprises est de bon augure. «Les grands marchés étant souvent occupés par de grands groupes internationaux, les petites entreprises exportatrices doivent se positionner sur des marchés de niche ultra-spécialisés. C’est ce que les PME suisses font depuis des années avec succès.» La compétitivité des exportations, l’un des piliers des salaires en Suisse, reste donc solide. L’expert rappelle que la productivité, autre socle indispensable à la hausse des salaires, devrait se renforcer à l’avenir. «Il est probable que le développement des technologies, notamment au travers de l’intelligence artificielle, mène à une hausse de la productivité.» La transition démographique pourrait quant à elle aussi bénéficier au travail dans son rapport de force avec le capital. «La main-d’œuvre deviendra de plus en plus rare ces prochaines années, cela exercera une pression à la hausse des salaires», estime le chercheur.
Pouvoir d’achat: la fin de l’exception suisse?: le dossier