Abo
Le dossier du mois

La classe moyenne voit ses revenus réels fondre

Le taux d’inflation mesuré par l’indice des prix à la consommation est resté relativement stable en Suisse. Mais ces données contrastent avec le sentiment de la majorité de la population, qui estime que son pouvoir d’achat s’affaiblit.

Seuls les hauts revenus échappent à la baisse du pouvoir d'achat.
Seuls les hauts revenus échappent à la baisse du pouvoir d'achat. Gaetan Bally/Keystone

Publicité

Trois quarts de la population estime que la situation de la classe moyenne risque de se détériorer ces prochaines années, et seulement 3% pensent qu’elle s’améliorera. C’est le constat morose qui émane d’une enquête du quotidien Le Temps réalisée à l’automne 2025. Une situation inquiétante liée au renchérissement du coût de la vie et à la stagnation des revenus.
Mais à en croire les chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique, les salaires réels sont restés relativement stables ces vingt dernières années, et ont même augmenté après la crise de 2008. Sur les neuf premiers mois de 2025, l’augmentation des revenus du travail, ajustés de l’inflation, a atteint 0,7%. Une première après trois ans consécutifs de baisse. En termes réels, les salaires ont toutefois baissé de près de 1,5% entre 2020 et 2025, selon les données de l’OFS. Une baisse du pouvoir d’achat qui peut paraître modeste de prime abord.

16 000

Seuls les revenus supérieurs à 16 000 francs par mois ont vu leur situation s’améliorer.

Le piège de la moyenne

Mais ce recul semble assez fort pour être ressenti par les ménages. Il faut rappeler que la valeur des salaires réels est obtenue en corrigeant les salaires nominaux par l’inflation. Un phénomène mesuré par l’Indice des prix à la consommation (IPC), qui regroupe tous les prix sous une grande moyenne découlant d’un «panier type» censé refléter les habitudes de consommation du Suisse moyen. «Mais cette méthode ne tient pas compte du fait que les postes de consommation diffèrent considérablement en fonction du revenu. En réalité, le coût de la vie pour de nombreux ménages augmente davantage que la moyenne calculée par l’IPC», dit Samuel Bendahan, enseignant à HEC Lausanne et conseiller national PS/VD.

Contenu Sponsorisé

En 2022, le chercheur avait publié une étude sur l’évolution effective du coût de la vie en fonction du revenu. «On remarque que, depuis 1990, les ménages les plus modestes (4000 francs, ou moins, par mois) ont perdu 30% de pouvoir d’achat.» Les classes moyennes et moyennes supérieures ne sont pas épargnées. Le pouvoir d’achat d’un ménage touchant 10 000 francs par mois a fléchi de 15% sur la même période. «En fait, seuls les revenus supérieurs à 16 000 francs mensuels ont vu leur situation s’améliorer.»

«Depuis 1990, les ménages les plus modestes ont perdu 30% de pouvoir d’achat.»

Samuel Bendahan, enseignant à HEC Lausanne
L’augmentation des biens et services de base se répercute plus fortement sur les bas revenus. Or ce sont précisément ces postes de dépenses qui ont le plus augmenté ces vingt dernières années (voir infographie). Le logement, l’énergie, l’assurance de base et l’alimentation font notamment partie des dépenses incontournables, qui occupent une part nettement plus importante dans le budget des ménages modestes que dans celui des plus aisés.
Infographie prix à la consommation.png
Source: OFSP
Infographie prix à la consommation.png
Source: OFSP

Publicité

Chômage

Pour sonder l’état du marché du travail, les autorités suisses ont recours à deux méthodes de calcul: le taux de chômage du Seco et le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). Deux instruments de mesure distincts: le premier rend compte du nombre d’inscrits auprès d’un Office régional de placement (2,9% en novembre 2025 en moyenne nationale). Le second recense l’ensemble des personnes disponibles pour travailler et ayant effectué des recherches d’emploi au cours du mois précédent. Au troisième trimestre 2025, ce taux a atteint 5,1% en moyenne en Suisse. C’est toujours moins qu’en France (7,7%) ou qu’en moyenne européenne (5,9%), mais c’est plus qu’en Allemagne (4%). Une situation qui perdure depuis la fin des années 2010. La situation s’est notamment dégradée du fait des chômeurs de longue durée de plus de 50 ans, dont l’employabilité a été ébranlée par la numérisation.

Publicité