Entre loyer, énergie et assurance maladie, près d’un cinquième de la population est déjà proche du point de rupture. Au-delà des dépenses courantes, le coût des loisirs augmente aussi plus vite que les salaires.
Les loisirs et la culture deviennent de plus en plus inaccessibles pour beaucoup de personnes face à la montée des prix en Suisse. Christian Beutler/Keystone
Selon une étude réalisée par la Haute Ecole spécialisée bernoise, les 10% des personnes ayant les revenus les plus faibles consacrent un tiers de leur revenu aux dépenses quotidiennes, un tiers au logement et un cinquième aux primes d’assurance maladie. Autrement dit, près de 85% de leur revenu est directement absorbé par les dépenses de base. Près d’un ménage suisse sur cinq consacre environ 75% de son budget à ces postes de dépenses courantes (voir infographie). «Ce contexte n’est pas entièrement nouveau, explique Oliver Hümbelin, auteur de l’étude «Comment les dépenses courantes accentuent les inégalités». Si les dépenses courantes et les primes d’assurance maladie continuent d’augmenter plus vite que les salaires, la situation deviendra bientôt très tendue pour les ménages aux plus bas revenus. On constate pourtant que les solutions politiques tardent à se manifester.»
Poids des dépenses courantes sur les revenus des ménages.pngSource: Hümbelin, O., Farys, R., & Jann, B. (2024)
Poids des dépenses courantes sur les revenus des ménages.pngSource: Hümbelin, O., Farys, R., & Jann, B. (2024)
Une hausse sans fin
Une augmentation de 156%: c’est celle des primes maladie de base en Suisse entre 1999 et 2024. Les coûts de la santé sont donc – de loin – le poste de dépenses qui a augmenté le plus vite sur le dernier quart de siècle. Et la tendance pourrait s’accélérer sous l’effet du vieillissement de la population. A l’horizon 2050, les dépenses liées à la santé pourraient représenter près d’un franc sur six dépensés en Suisse. Les mécanismes de protection existent, notamment au travers des subsides accordés par les cantons, mais ils sont souvent sous-utilisés. «Pour obtenir ces aides, il faut les solliciter soi-même. Certains ménages précarisés ne savent pas qu’ils y ont droit», relève Oliver Hümbelin.
Contenu Sponsorisé
Publicité
Logement et énergie continuent d’augmenter
Ces cinq dernières années, de nouveaux postes de dépenses ont alourdi la facture pour les ménages. L’invasion russe en Ukraine a provoqué la flambée des prix de l’énergie (+27% en 2023) et la situation sur le marché immobilier s’est aussi tendue. Pour la moitié de la population suisse, le logement absorbe entre 15 et 30% des revenus. «Les coûts du logement ont également augmenté de manière significative ces dernières années,, poursuit Oliver Hümbelin. Cela a notamment renforcé la perception du renchérissement au sein de la population.»
La baisse des taux hypothécaires prononcée le 1er septembre 2025 devrait permettre à certains de demander des baisses de loyer. «Mais la pénurie de logements continue de mettre les locataires sous pression.» En décembre 2025, le taux d’inflation dans le secteur logement et énergie s’élève encore à environ 15% sur cinq ans, et se maintient sur une légère tendance à la hausse.
Accès aux loisirs plus difficile
Les transports se sont aussi brusquement renchéris en 2022. Même si les prix ont diminué depuis, ils restent largement au-dessus des niveaux observés en décembre 2020 (+9% en décembre 2025). Au-delà des biens et services de base, l’accès aux loisirs, au tourisme et à la culture est aussi devenu plus difficile. Entre décembre 2020 et décembre 2025, les prix de l’hôtellerie-restauration (+11%) et de la culture et des loisirs (+7%) ont augmenté plus vite que les salaires.
Publicité
«L’évolution du pouvoir d’achat dépend en partie des habitudes de consommation et varie donc passablement d’une personne à l’autre. Mais il est clair que l’augmentation des prix affecte aussi les classes moyennes. Le sentiment de perte de pouvoir d’achat de la population semble tout à fait justifié», dit Mathieu Grobéty, directeur de l’Institut d’économie appliquée (CREA) de l’Université de Lausanne. Pour conserver le niveau de vie des Suisses, l’économiste plaide pour stimuler la productivité, «la clé pour que la richesse par habitant continue d’augmenter». Pour y parvenir, pas de recette miracle: il faut renforcer les conditions-cadres qui ont fait le succès du modèle suisse, en permettant aux entreprises d’accéder à une main-d’œuvre qualifiée, en soutenant les conventions collectives de travail pour protéger les salaires et en investissant dans la formation.
Pouvoir d’achat: la fin de l’exception suisse?: le dossier