La start-up Planted Foods a redéfini le terme «viande» en créant le «Planted Chicken», un poulet artificiel, à partir de protéines, de fibres de pois jaunes, d’huile de colza et d’eau. Sa particularité est qu’avec ces seuls quatre ingrédients – ce qui est unique au monde –, le produit final a l’apparence et le goût du poulet, tout en étant beaucoup plus écologique que son homologue animal. Il utilise en effet 50% moins de surface au sol et d’eau et émet deux tiers de CO2 en moins.

«La viande, c’est une question de protéines, de texture, de sensation en bouche et de tradition culturelle, pas d’animal, explique le cofondateur Pascal Bieri. Nous recréons cette structure de la viande, sa valeur nutritionnelle à partir de végétaux, ce qui permet d’éliminer entièrement les inconvénients de la production de viande animale, la souffrance des bêtes, la pollution environnementale ou les risques sanitaires tels que les résistances aux antibiotiques.»

La cible: les flexitariens

La start-up zurichoise vise principalement les flexitariens, c’est-à-dire les consommateurs qui cherchent à réduire leur alimentation carnée. Selon un rapport de l’Office fédéral de l’agriculture, ils représentent déjà une personne sur cinq en Suisse. Et si le marché des substituts de viande est encore confidentiel dans notre pays, il ne cesse de croître. S’établissant à 60 millions de francs en 2016, les ventes ont atteint déjà près de 120 millions. en 2020. Diverses études prévoient une croissance continue au cours des vingt prochaines années. Le potentiel de ce nouveau marché est important: l’industrie suisse de la viande réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 5,4 milliards de francs.

C’est ce potentiel que Stephan Schmidheiny a également compris, ou plutôt goûté, chez Planted Foods. L’industriel saint-gallois a visité le laboratoire du spin-off de l’EPFZ, alors qu’il était encore à ses tout débuts, a dégusté le «Planted Chicken» avec les jeunes entrepreneurs et les a rapidement rejoints en tant qu’investisseur. Depuis, d’autres personnalités ont mis la main au porte-monnaie. Comme le gardien de but de l’équipe nationale, Yann Sommer, et, après le TOP 100 Investor Summit 2020, Vorwerk Ventures. Lors du tour de financement bouclé au printemps 2021, la start-up a levé un total de 17 millions de francs. Elle est donc financièrement bien armée pour les prochaines étapes de son développement.

Fondée en 2019, Planted Foods se développe tous azimuts. En ce qui concerne les produits, «Chicken» a été rejoint par «Pork», et, pour la distribution, Coop et Migros, en Suisse, ont été rejoints par Edeka en Allemagne et Spar en Autriche. Au début de l’été 2021, elle a également lancé ses produits en France, pays qui sera bientôt suivi par le Royaume-Uni, qui est actuellement le plus grand marché en Europe de substituts de viande, avec un chiffre d’affaires d’environ un demi-milliard d’euros.

La durabilité n'est pas un voeux pieux

Planted Foods produit actuellement environ 500 kilos de «poulet» et de «porc» par heure dans l’ancienne usine Maggi de Kemptthal (ZH), employant environ 80 personnes à temps plein. Dès que l’entreprise disposera d’une ligne de production pour chacun des deux produits, le volume pourra rapidement augmenter. La construction d’une usine à l’étranger est envisagée afin de faciliter l’approvisionnement du marché européen et d’éviter les problèmes douaniers, Planted Foods devant payer des droits de douane sur les protéines et les fibres des pois jaunes utilisés dans sa production de substituts de viande. «On n’envisage pas de production pour des tiers pour le moment», ajoute Pascal Bieri.

Pour ce Lucernois de 35 ans et les autres cofondateurs – l’économiste Christoph Jenny et les scientifiques Lukas Böni et Eric Stirnemann –, la durabilité n’est pas qu’un vœu pieux. C’est le principe directeur d’innombrables décisions entrepreneuriales. Chaque parcelle de chaleur perdue dans l’usine est récupérée, l’avion n’est utilisé que dans des cas exceptionnels, et chez Planted, on ne roule qu’en voiture électrique. «Lorsqu’un restaurant remplace un menu de poulet par du «Planted Chicken», cela a un impact positif sur la planète, ce qui nous motive énormément», conclut Pascal Bieri.


4 questions à Pascal Bieri

1. Quelle est la leçon la plus importante que vous avez tirée de la crise du covid?
L’importance des contacts réguliers avec les membres de l’équipe, sur le plan
professionnel mais aussi personnel.

2. Quelles sont vos recommandations en matière de home office?
Vous devez travailler là où vous êtes le plus productif.

3. Quelle est la dernière fois que vous avez surpris vos employés?
En acceptant la commande d’un client avec un délai bien trop court.

4. Où passerez-vous vos prochaines vacances?
En Toscane, à la mer.