Soudain, les choses se sont accélérées. Pendant des mois, la pandémie a paralysé les travaux de Cutiss et le traitement du premier patient, en Italie, dans le cadre d’essais cliniques, s’est retrouvé retardé. Puis, au printemps 2021, un appel est arrivé de Naples. Un nouveau-né, âgé de 20 jours, souffrant de brûlures profondes, avait besoin d’une aide urgente. L’occasion pour Daniela Marino, cofondatrice et directrice générale de Cutiss, et son équipe de prouver la valeur de leur découverte.

Le spin-off de l’Université de Zurich (UZH), soutenu par Venture Kick, multiplie les cellules de peau saine provenant de grands brûlés pour produire, en un mois, jusqu’à 100 centimètres carrés de peau artificielle, la denovoSkinTM, à partir d’un centimètre carré de peau originelle. Mais jusqu’alors, tout cela avait été fait uniquement en laboratoire. Il fallait désormais passer aux conditions réelles, dans un hôpital.

25 millions l'an dernier

En trois jours fut alors accompli ce qui prend normalement trois mois. «Ainsi, ce bébé est devenu le premier patient à être traité par Cutiss dans le cadre des essais cliniques en Italie, résume Daniela Marino. Cela a marqué une étape importante.»

La start-up est sur la bonne voie. Fondée en 2017, l’entreprise rafle distinction sur distinction. Son plus récent tour de financement, l’année dernière, de 25 millions de francs, a été souscrit. Pourtant, assure Daniela Marino, «nous n’avons pas encore atteint nos objectifs». Cutiss ne sera un succès, explique-t-elle, que lorsque la commercialisation de la denovoSkinTM sera approuvée et qu’elle pourra être utilisée pour soulager les patients souffrant de brûlures graves.

Les accidents sont à eux seuls à l’origine d’environ 6000 brûlures importantes, chaque année en Europe. Et selon l’OMS, des millions de personnes dans le monde souffrent des conséquences de ces brûlures, sur le plan tant physique que psychologique. Les grands brûlés présentant des cicatrices visibles éprouvent souvent un sentiment de honte, ont des difficultés à établir des contacts sociaux et sont considérés comme moins intelligents et moins sympathiques. C’est précisément ce genre de souffrances que Cutiss vise à soulager. Avec un grand atout pour la denovoSkinTM: comme la peau est produite à partir des propres cellules du patient, elle va ensuite grandir avec lui, ce qui signifie que les enfants, en particulier, pourront ensuite vivre sans avoir besoin d’opérations complémentaires régulières.

Reste qu’avant de pouvoir commercialiser son invention, Cutiss a encore du travail. «2021 sera l’année de l’indépendance», assure Daniela Marino. Avec une équipe dédiée, des salles blanches à Schlieren pour la production, des contrôles de qualité. Et, bien sûr, la poursuite des essais cliniques. Des essais de phase II sont en cours en Suisse, aux Pays-Bas et en Italie. Si tout se passe bien, ces tests devraient être terminés dans le courant de l’année 2022.

Production en série

Ensuite, si la nouvelle peau de Cutiss reçoit le feu vert en vue d’une commercialisation, la jeune pousse aura de nouveau besoin d’argent frais. Entre 50 et 100 millions de francs, estime Daniela Marino. Elle n’exclut pas non plus une introduction en bourse. «Pourquoi pas? C’est l’une des nombreuses possibilités», déclare la jeune entrepreneuse. Jusqu’à présent, Cutiss a levé 48 millions de francs.

Une bonne partie de ces fonds sera destinée à la production en série de machines à fabriquer de la peau, entièrement automatisées. Pour l’instant, il n’en existe qu’un prototype mais, à l’avenir, Cutiss souhaite utiliser ces machines pour produire des greffons de peau à grande échelle pour les hôpitaux. «Il y a encore beaucoup à faire, assure la dirigeante, mais nous avons une équipe qui est capable d’y arriver.»

Il a toujours été clair pour Daniela Marino qu’elle voulait devenir une scientifique. Même à l’âge de 7 ans, assure-t-elle, c’était son objectif. Un objectif qu’elle n’a cessé depuis lors de poursuivre. Elle a étudié la biotechnologie à Milan, a fait son doctorat à l’EPFZ, est devenue associée de recherche à l’UZH, fait partie d’un projet financé par l’UE, puis Wyss Zurich, et enfin Cutiss. Le fait qu’elle n’est plus seulement une scientifique mais aussi désormais une entrepreneuse a changé sa vie professionnelle, mais son objectif est resté le même qu’avant: «Je veux aider les gens.»


4 questions à Daniela Marino

1. Quelle est la leçon la plus importante que vous avez tirée de la crise du covid?
Il faut être flexible pour survivre.

2. Quelles sont vos recommandations en matière de télétravail?
Nous suivons les directives de l’OFSP.

3. Quelle est la dernière fois que vous avez surpris vos employés?
J’essaie de les surprendre de manière positive tous les jours.

4. Où passerez-vous vos prochaines vacances?
La Toscane sur la plage. J’ai besoin de vitamine «sea»!