Le logo ABB est toujours visible sur les bâtiments de la Badenerstrasse 790 à Zurich-Altstetten. Jusqu’à la mi-2020, des pièces pour les connexions entre les transformateurs et le réseau haute tension étaient encore stockées ici. Aujourd’hui, plusieurs start-up ont envahi les lieux. Un groupe de théâtre a installé sa scène au rez-de-chaussée.

«On ne trouve plus guère de sites industriels de ce type à Zurich», assure Martin Eichenhofer, cofondateur et CEO de 9T Labs. Ce fut donc un coup de chance. C’est que son entreprise avait besoin de place, car elle ne développe pas, comme bon nombre d’autres jeunes pousses, des logiciels ou des molécules, mais du solide, du bon vieux matériel, ces petites et grandes pièces qui composent tout ce qui rend la vie agréable dans une société moderne: infrastructures, usines, machines ou appareils. Le terme clé est «plastique renforcé de fibres».

Production industrielle en série

Il existe d’innombrables variantes de ces «composites», mais elles ont toutes un point commun: elles présentent une résistance extrêmement élevée pour un faible poids. Dans l’état actuel des choses, ce sont principalement les structures plates telles que les pales d’éoliennes ou les fuselages d’avions qui sont construites à partir de ces composites. Les pièces sont fraisées à partir de grandes plaques. En raison des faibles quantités concernées, le processus de production n’est pas très automatisé.

C’est là que 9T Labs intervient. Grâce à des imprimantes 3D et à des machines de façonnage, le tout entièrement intégré via un logiciel développé en interne, la jeune pousse veut faire entrer ces composites dans l’ère de la production industrielle en série. Voire les utiliser pour remplacer le métal.

L’idée est née au cours des recherches que faisait Martin Eichenhofer pour sa thèse au Laboratoire des matériaux composites et des structures adaptatives de l’EPFZ. Alors qu’il n’était encore que doctorant, cet Allemand de 33 ans a déposé ses premiers brevets. En 2018, il a fondé 9T Labs avec ses étudiants en master Chester Houwink et Giovanni Cavolina. Enfin, suite à la visite de la Silicon Valley avec l’équipe nationale suisse des start-up, en 2019, il a réussi à lever 4,3 millions de dollars en capital-risque, au début de 2020.

Les fondateurs ont défini trois marchés cibles. D’abord, les fabricants d’équipements de sport et de loisirs, ensuite l’industrie aérospatiale. Ils pensent pouvoir marquer des points grâce au faible poids de leurs composites. Sur le troisième marché, celui de la technologie médicale, l’accent est mis sur la transparence radiologique des composites. Prenons l’exemple de la chirurgie. Actuellement, les instruments chirurgicaux utilisés dans une salle d’opération sont en acier inoxydable. Si une tomographie s’avère nécessaire pendant l’opération, les aiguilles, les scalpels et les pinces projettent des ombres et gênent la vue du chirurgien. Ce ne serait pas le cas avec des instruments fabriqués en plastique composite.

Quel marché en premier?

«Dans le domaine de la technologie médicale, l’utilisation de composites permet de mettre en œuvre des processus entièrement nouveaux», explique Martin Eichenhofer. En particulier, cela pourrait ouvrir la voie à la chirurgie assistée par ordinateur. Les robots chirurgicaux de la prochaine génération auraient accès à des images plus claires et plus compréhensibles de la zone de la plaie. Reste maintenant à déterminer sur quel marché la technologie de 9T Labs va s’implanter en premier. C’est que l’investissement en capital dans ce secteur des biens d’équipement industriels est élevé, les cycles d’approvisionnement sont longs. Pour compliquer encore les choses, Martin Eichenhofer et son équipe traitent rarement avec les clients finaux – les fabricants d’hélicoptères, de VTT ou d’équipements hospitaliers – mais avec leurs fournisseurs.

Cette année, l’entreprise zurichoise a réalisé plus de 100 études préliminaires. La phase pilote est en cours avec sept entreprises. Pour des questions de confidentialité, Martin Eichenhofer ne peut en citer qu’une seule: le groupe français Setforge, fournisseur au niveau mondial des industries aéronautique et automobile. La jeune pousse est en passe de devenir une véritable entreprise industrielle, assure Martin Eichenhofer, tout en sachant que le plus difficile est encore à venir: «Nos machines vont désormais devoir faire leurs preuves dans un usage industriel quotidien.»


4 questions à Martin Eichenhofer

1.Quelle est la leçon la plus importante que vous avez tirée de la crise du covid?
Il est important de connaître les appréhensions et les attentes de chacun.

2. Quelles sont vos recommandations en matière de home office?
Nous sommes 100% flexibles.

3. Quelle est la dernière fois où vous avez surpris vos employés?
Avec des cadeaux.

4. Où passerez-vous vos prochaines vacances?
Je ne sais pas encore, mais probablement pas loin d’une plage.