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Finances

Eric Vauthey, directeur et responsable de la salle des marchés, BCV © DR
L'invité Finances

Anticiper ou subir les taux de change? Vous pouvez choisir

Vous commercez avec l’étranger? Quel taux de change pour l’euro avez-vous inscrit dans votre budget 2018, 1,15 ou 1,20 franc? Et pour le dollar, 0,95 ou 1 franc? Quel est votre point de vue sur l’évolution des cours? Qu’avez-vous prévu si le marché ne vous donnait pas raison? Ces choix relèvent d’une réflexion de fond sur la gestion de votre trésorerie, de vos flux financiers, de vos contrats. Même si un choc tel que celui subi le 15 janvier 2015 n’arrive pas chaque année, ou que la problématique du franc fort s’est atténuée l’an dernier. Il s’était fait plus discret. Le franc est revenu en force dans les discours des entreprises en deuxième partie d’année. Mais, cette fois-ci, parce qu’il a perdu du terrain contre l’euro. Une des surprises économiques de 2017 se nomme en effet zone euro. Une croissance solide a notamment permis à la monnaie unique de se renforcer. Ainsi l’euro a varié entre 1,06 franc et 1,18 franc durant l’exercice. Qu’en sera-t-il en 2018? La monnaie unique pourrait dépasser la barre de 1,20 franc. A condition que la croissance reste solide chez le principal partenaire commercial des entreprises suisses et que la tendance demeure à la hausse sur les taux. Quant au dollar, il a évolué durant le premier trimestre entre 0,92 et 0,98 franc. Il pourrait récupérer un peu du terrain perdu l’an dernier par rapport au franc dans un environnement qui reste incertain. Au-delà du choix de votre scénario économique pour l’exercice en cours, une relecture approfondie et structurée de vos livres de compte peut non seulement vous inciter à rendre plus efficiente votre stratégie de couverture, mais aussi vous permettre d’éviter, autant que faire se peut, les mauvaises surprises. L’urgence du franc fort passée, pourquoi ne pas profiter de la situation actuelle pour prendre un peu de recul, pour mesurer les effets des mesures prises, la pertinence des choix effectués, pour évaluer si toutes les options ont bien été envisagées afin d’assurer le suivi de cette stratégie? Ainsi, le fait d’avoir décidé que les euros encaissés auprès de vos clients serviraient à couvrir vos dépenses auprès de vos fournisseurs quelques mois plus tard s’est-il vraiment avéré un choix judicieux, même si l’euro s’est fortement apprécié entre-temps? Votre assurance sur le dollar n’était-elle finalement pas trop chère? N’assurer qu’une partie des contrats avec l’étranger s’est-il révélé productif? Entre autres exemples. A partir de ce bilan, et avant de choisir la manière de vous protéger, il est intéressant de dresser une carte précise de l’entier de vos flux et de mesurer l’impact dans votre trésorerie de chaque décision. Avez-vous une marge de manœuvre financière? De quel budget de couverture disposez-vous réellement? Et si vous êtes un peu juste en matière de liquidités ou de marges bénéficiaires, votre choix se justifie-t-il par rapport aux risques réellement courus? Existe-t-il d’autres couvertures adaptées à votre situation? Avez-vous bien utilisé les euros provenant d’un contrat? Devez-vous ajuster la nature de vos relations contractuelles avec vos clients ou fournisseurs? Etape par étape, de manière assez mécanique, le suivi régulier de votre couverture de change vous permet d’adapter vos besoins aux risques que vous pouvez prendre. Une approche structurée et en profondeur peut ainsi vous permettre de gérer le risque de change de la manière la plus efficiente possible dans la conduite de vos affaires. En d’autres termes: gérer, voire anticiper les situations, pour ne pas juste les subir.       Eric VautheyDirecteur, responsable de la salle des marchés, BCV le Lire
Mélanie ZimetExperte fiscale diplômée, Tax Advisor chez Bonhôte Services © DR
L'invitée

Quelle fiscalité pour les start-upeurs?

Avec près d’un milliard de francs investis en 2017, selon le Swiss Venture Capital Report, l’attractivité des start-up suisses ne cesse de croître. Mais qu’est-ce qui distingue une start-up d’une autre société? Si les aspects juridiques sont identiques, les considérations fiscales tant pour l’entreprise que pour les investisseurs sont plus pointues et méritent d’être planifiées dès le début de l’activité. En l’absence de définition juridique ou fiscale de «start-up», ce type de société se démarque par un modèle d’affaires basé sur l’innovation et, souvent, par la mise au point d’une technologie nouvelle. Une start-up présente un fort potentiel de croissance et nécessite un financement initial important, par des levées de fonds auprès d’investisseurs. Les principaux aspects fiscaux concernent les entrepreneurs et les investisseurs. Lorsque l’intérêt de l’entrepreneur est principalement le développement de l’activité commerciale de la start-up, celui de l’investisseur est en général l’augmentation de la valeur de ses actions en vue d’une vente. Les questions fiscales sont toutefois similaires pour chacun d’eux. Dans ce contexte, l’évaluation des start-up pour l’impôt sur la fortune fait actuellement l’objet d’intenses discussions. A l’instar de toute société non cotée, la valeur des actions d’une start-up est en effet estimée sur la base d’instructions publiées. Selon ces dernières, lorsque des titres d’une société font l’objet d’un transfert substantiel entre tiers indépendants ou sont souscrits lors d’une augmentation de capital, leur valeur fiscale correspond au prix payé. Dès lors qu’elle ne tient pas compte du résultat comptable souvent initialement déficitaire de la société, cette valeur peut être élevée et ne pas correspondre à la réalité économique. L’investisseur pourrait alors se voir contraint d’utiliser une partie considérable de son revenu afin de payer l’impôt sur la fortune. Certains cantons prévoient déjà des mécanismes de limitation de l’impôt sur la fortune des actionnaires de start-up. Neuchâtel offre à ses contribuables une réduction de 60% de la valeur fiscale des titres de sociétés suisses opérationnelles non cotées. D’autres cantons, tels que Genève ou Vaud, appliquent un bouclier fiscal qui permet de limiter l’impôt sur la fortune et, ainsi, d’éviter qu’il ne devienne confiscatoire pour les investisseurs. En raison des coûts initiaux de développement, la start-up réalise en principe des pertes lors des premières années d’activité. En l’absence de bénéfice, elle reste toutefois redevable de l’impôt sur le capital. Requérir une exonération fiscale temporaire peut ainsi s’avérer pertinent afin d’éviter cette dépense supplémentaire. Aussi, les mesures prévues par la Réforme de l’imposition des entreprises («Projet fiscal 17») devraient permettre d’alléger la charge fiscale des start-up bénéficiaires. Afin de limiter leurs dépenses et d’encourager l’implication des employés dans le développement de l’activité, les entrepreneurs octroient fréquemment des participations (actions ou options) en complément du salaire. La mise en place d’un plan de participation doit alors être soigneusement étudiée, si nécessaire avec un spécialiste, afin de confirmer le traitement fiscal pour les collaborateurs, en particulier en cas de vente ultérieure de leurs titres. Moins d’impôts pour plus d’investissements, voilà ce qui permet aussi à une start-up d’accroître ses chances de succès et de développement. Mélanie Zimet le Lire